Kabila : coup de pied dans la fourmilière économique

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Muzito II est appelé à relancer la machine gouvernementale avec une nouvelle équipe économico-financière. André-Philippe Futa (Economie et Commerce) mort, Athanase Matenda et Michel Lokola remerciés… les nouveaux animateurs du secteur s’appellent Matata Ponyo, Jean-Baptiste Ntahwa Kuderwa et Bulambo Kilosho. A priorité, les trois entrants répondent au profil requis. En principe, Adolphe Muzito ne devrait pas se faire du souci dans le traitement des dossiers économico-financiers du pays.
Ses défis les plus difficiles se situent en effet dans ce domaine, au pays comme à l’étranger. Sa cotation par le souverain primaire, à la mi-juin comme en fin d’exercice, dépendra des résultats qu’il alignera en priorité ici. On aimerait le voir glaner de nouveaux points par rapport aux résultats déjà flatteurs concernant le taux de croissance, le niveau de l’inflation, la mobilisation des recettes, la compression des dépenses, la sécurisation juridique des investissements…et rendre le pays plus fréquentable par les institutions financières  internationale ainsi que les partenaires bi et multi latéraux.

Matata Ponyo est un enfant de la « maison Finances », qui a eu à piloter pendant longtemps, avec autorité et compétence, le BCECO (Bureau Central de Coordination), un instrument stratégique de canalisation des fonds de la Banque Mondiale destinés au financement des projets à impact visible au pays. Sa promotion est une récompense d’une expertise éprouvée.
Le nouveau ministre du Budget est lui aussi un « enfant de la maison », ancien Directeur chef des Services et Secrétaire Général de la Fonction publique de son état, il était en poste depuis le régime Mobutu. Il a ainsi eu à travailler avec François Muamba, Adolphe Muzito et tout récemment Michel Lokola. Il se retrouve, lui aussi, sur un terrain familier.
Quant à Bulambo Kilosho, successeur de Futa au ministère de l’Economie, c’est un ancien mandataire de l’ex-DGC (Direction Générale des Contributions). Député national et membre de la Commission Economique et Financière de l’Assemblée Nationale, il connaît les dossiers de son secteur.
Le trio arrive « au pouvoir » dans un climat de gué-guerre larvée entre le gouvernement et les deux chambres du Parlement. Le contentieux du Budget revu et corrigé au niveau de la rubrique des recettes additionnelles a laissé des séquelles qui appellent des réponses claires face aux attentes de la population. L’opinion voudrait également savoir si le dossier des commissions sur les marchés publics, qui rapportaient entre 30 et 40% à certains membres du gouvernement, et qu’Athanase Matenda n’avait pu clarifié suite au malaise qu’il avait connu au Palais du Peuple, aura une suite.
En tous les cas, que Matenda et Lokola aient été désavoués ou pas, les Congolais voudraient effectivement palper du doigt, en cette année 2010, les signes du début d’un mieux-être, d’une meilleure visibilité des 5 chantiers de la République, dont le « mammouth » des infrastructures, d’une paix consolidée, d’une plus grande offre d’emplois, d’une relance réelle de la production nationale, de la tolérance-zéro face aux impairs de gestion ou d’administration, etc.
La fièvre du Point d’Achèvement de l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) est montée de plusieurs crans, au point que l’homme de la rue à Kinshasa, à Goma, à Mbandaka, Lubumbashi, à Kisangani, à Mbuji-Mayi, à Matadi, à Bandundu, à Bukavu, à Kananga ou à Kindu n’attend plus que l’apothéose de la mi-juin 2010 pour avoir confirmation de la bonne nouvelle en provenance des Institutions de Bretton Wood. Pour l’heure, il ne demande rien d’autre que la bonne gestion des acquis du passé et le respect des derniers indicateurs, parmi lesquels l’amélioration du climat des affaires.
Les Congolais veulent être assurés de la bonne santé économique et financière de leur pays jusqu’à l’échéance de 2010, ce qui leur permettrait de commencer à croire aux chances d’organisation des élections locales, présidentielles, législatives et sénatoriales en 2011. La raison est simple : une RDC économiquement et financièrement malade serait incapable d’organiser des scrutins en 2011.

 

Tshiongo, l’ascension d’un vieux renard

Un des rares mandataires publics à s’être forgé une réputation de gestionnaire orthodoxe sous la Seconde République et à avoir quitté son poste les « mains propres », après plus de 25 ans de mandat à la tête de la Regideso, Gilbert Tshiongo Tshibinkubula wa Tumba prend la direction d’un ministère où il était longtemps attendu. Député National fort discret, l’on souhaite que son arrivée dans le secteur énergétique provoque un électrochoc du côté aussi bien de la Régideso que de la Snel, où les mandataires ont désormais affaire à un partenaire qui connaît les atouts comme les aléas du secteur de l’eau et de l’électricité.
Les consommateurs de ces deux produits stratégiques comptent beaucoup sur ce vieux renard pour qu’il mène le plaidoyer qu’il faut auprès tant du gouvernement que des partenaires extérieurs en vue de doter les deux « entreprises commerciales » en devenir des moyens suffisants pour l’amélioration de la desserte nationale.
Parrain souvent fort peu cité du projet du barrage de Katende, au Kasaï Occidental, le nouveau ministre de l’Energie n’a pas droit à l’erreur dans un secteur où il devrait évoluer comme un poisson dans l’eau.

L’indéboulonnable Mabunda

Jeannine Mabunda figure au nombre des ministres reconduits. A la différence de Kamitatu Olivier, José Endundo, Mbusa Nyamuisi, Raymond Tshibanda, Lambert Mende, Nzanga Mobutu, Mwando Nsimba… elle n’est ni présidente d’un parti politique, ni d’une plate-forme. C’est, pourrait-on dire, son expertise qui continue de plaider en faveur de sa longévité gouvernementale.
Son maintien est d’autant salutaire qu’il intervient au moment du rebondissement judiciaire du dossier Snel-MagEnergy. En sa qualité de ministre de tutelle qui en maîtrise les tenants et les aboutissements, elle apportera certainement aux hommes de droit l’éclairage indispensable à la protection du barrage hydro-électrique d’Inga, ce patrimoine national en danger d’être sabordé sur la base d’un contrat qu’elle avait, elle aussi, frappé en son temps du sceau de « léonin ».
Inga n’est pas le « ligablo » de l’ADG Daniel Yengo, encore moins celui de l’Administrateur Directeur Financier Nicolas Muhiya Lumbu, pour que ceux-ci soient harcelés aujourd’hui comme de petits « chailleurs » du centre-ville de Kinshasa. Jeannine Mabunda n’ignore pas les enjeux cachés de la bataille judiciaire que MagEnergy vient de déclencher contre les deux mandataires de la Snel. On espère qu’elle va continuer à défendre les intérêts de la République, comme elle l’avait si bien fait devant l’Assemblée Nationale, il y a deux ans.

Cure d’amaigrissement

Le gouvernement actuel ne comporte que 43 membres, contre 54 par rapport à l’équipe Muzito I. Même si l’opinion publique salue cette cure d’amaigrissement, elle la juge incomplète. Elle aurait souhaité avoir affaire à une équipe gouvernementale davantage réduite, de manière à permettre à chaque ministre d’être suffisamment occupé et, partant, efficace, et au Trésor public de faire des économies d’argent.
La politique ancienne consistant à éclater le plus possible les ministères pour les besoins de placement des affiliés de l’Alliance de la Majorité Présidentielle présentait le défaut de chevauchement entre eux, ce qui faisait de certains des chômeurs déguisés, beaucoup plus occupés à inaugurer des chrysanthèmes qu’à se rendre utiles à la République.
L’on se réjouit du départ au garage de tous les ministres qui se sont octroyés des grades de Directeurs dans l’administration publique en août 2009 (Botoro de la Fonction Publique, Lokola du Budget et Sulubika de la Jeunesse et Sports), occasionnant du coup un vaste « potopoto » dans les ordonnances de révocation, nominations et mises à la retraire des fonctionnaires. Le temps de leur reclassement a sonné.
S’agissant de la tolérance-zéro, l’on se demande pourquoi le Chef de l’Etat ou le Premier ministre ne donnerait pas un signal fort dans la voie de la tolérance-zéro, en ordonnant des poursuite judiciaires contre les membres du gouvernement sanctionnés, à en croire certaines informations, pour avoir commis des fautes de gestion ou tripoté dans l’application des textes légaux, notamment ceux régissant les mandataires publics ou les cadres et agents de l’administration publique. Ce serait ainsi la preuve que les « Kuluna » en cravate sont logés à la même enseigne que les « Pomba » de nos cités populaires.

                                    Kimp.

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