Journée mondiale des maladies de reins, diabète et hypertension : l’espoir de dépistage gratuit des Kinois réduit à néant à cause de 40 000 USD

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Les atteintes rénales – y compris l’hypertension artérielle et le diabète – font aujourd’hui ravage dans le monde ; non seulement dans les pays développés, mais aussi dans ceux en développement comme ici chez nous en Rd Congo. Des maladies que le quotidien de l’avenue Lukusa a qualifiées de « Tueurs silencieux aux trousses de la population », dans une interview du Pr Nazaire Nseka, Chef de Service au Département de Néphrologie des Cliniques Universitaires de Kinshasa,  publiée dans son édition n° 4750, du 31 janvier 2014. A cette occasion ce médecin a longuement expliqué la nocivité sournoise de cette pathologie qui a conduit le corps médical du monde entier à institutionnaliser, le 13 mars de chaque année, une « Journée mondiale des maladies de reins ». En effet, c’est depuis 2006 que cette journée a été instituée. Le Pr Nazaire Nseka s’est joint à certains de ses collègues du Département de Néphrologie des Cliniques Universitaires de Kinshasa pour former le Comité d’organisation des «Campagnes de dépistage gratuit» qui a pu fonctionner pendant quatre ans, soit de 2007 à 2010.

 Alors que les statistiques confirment chaque jour la montée vertigineuse des cas de maladies rénales (souvent accompagnées de diabète et de l’hypertension artérielle) et malgré les avantages certains que procure un tel dépistage gratuit – car mieux vaut prévenir que guérir pour conjurer des morts et des frais de santé énormes – cette initiative s’est brutalement arrêtée il y a de cela quatre ans. Elle a fait long feu par manque d’un sponsor à même de soutenir l’action, de débloquer au moins 40.000 USD pour prévenir cette nocivité, aider les malades qui s’ignorent en assurant ce dépistage ici dans la capitale avant de l’étendre dans d’autres provinces de la RDC. Dans les années antérieures, ce dépistage était essentiellement financé par la Grèce ; et lorsqu’elle s’est enfoncée dans la crise économique, il était devenu difficile de trouver un sponsor de même niveau, malgré l’apport de quelque société locale comme Airtel. Jusqu’à présent, les pouvoirs publics et les bonnes volontés manquent à l’appel. Mais pour ce médecin et son équipe, cet appel reste plus que jamais ouvert et d’actualité, particulièrement en cette « Journée mondiale des maladies de reins » qui était célébré hier.

 Facteurs environnementaux, malaria, typhoïde et produits traditionnels mis en cause 

Selon le Pr Nazaire Nseka, plusieurs facteurs interviennent dans la survenue et l’aggravation des maladies rénales au sein de la population. Mais les plus importants restent les facteurs environnementaux ; à savoir le mode de vie ; les infections comme la malaria qui reste l’une des grandes causes de l’insuffisance rénale aiguë dans notre population. Il a explique à ce sujet que toutes les personnes qui font la malaria courent le risque de faire une insuffisance rénale. En outre, il a évoqué la fièvre typhoïde et l’infection généralisée comme étant aussi les grandes causes d’une insuffisance rénale aiguë; sans omettre les médicaments traditionnels qui constituent également de grands groupes qui causent une insuffisance rénale sévère. En faisant appel à des statistiques, il a montré qu’une étude faite  en 1976 à montré que 5,4% de la population congolaise adulte souffrait de l’hypertension artérielle ; mais près de dix ans après, la prévalence est passée à 30%. Et pour le diabète sucré, les études faites en 1960 ont révélé au niveaux des hôpitaux que le diabète représentait 0,0001% des malades hospitalisés, mais quelques années après, la prévalence est passée à 5%, tandis qu’actuellement on est à 10%.

Parmi les causes de cette explosion de la maladie, Pr N. Nseka est encore revenu sur l’alimentation et le  style de vie. Contrairement aux habitudes alimentaires anciennes de nos  parents aux villages qui mangeaient sainement (aliments peu salés, peu sucrés, peu d’huile…), aujourd’hui, la population consomme beaucoup de sel, de sucre, de graisse,… Dans notre alimentation d’aujourd’hui, on  ne retrouve que des aliments sucrés, salés ou les deux à la fois. Il y a même des personnes qui ne consomme carrément que la graisse. Tout cela, a conclu Pr Nseka,  expose  à la survenue des maladies de reins, diabète et aux troubles de tension artérielle. Dans le style de vie, il a noté qu’on se déplace très peu : on quitte la maison en voiture ; on arrive au bureau, on prend l’ascenseur ; on passe toute la journée assis au bureau devant la machine ; on rentre à la maison en voiture ; on passe la soirée au salon devant la télévision et puis on va au lit. Bref, beaucoup de sédentarisme qui  favorise les maladies.

 Action bénéfique pour la population, sensibilisation des autorités

Le Comité d’organisation des campagnes de dépistage gratuit compte reprendre cette campagne cette année même, parce que c’est une action bénéfique pour la population qui en demande. Toutefois, il trouve surprenant le manque d’intérêt dont souffre actuellement cette opération qui a pourtant une grande visibilité sur le plan social. Cela s’est vérifié lors du déroulement des campagnes antérieures où, déjà à 08h00 du matin, bien avant le début du dépistage du jour, il y avait déjà environ 300 personnes dans l’attente. Pour les organisateurs, cela prouve à suffisance que cette action est très visible et intéresse la population. En outre, à chaque campagne, ils affirment avoir pris des précautions pour chercher le patronage politique, dont celui des ministères de la Santé et de l’ESURS ; et certains ministres sont venus pour la clôture. Des rapports synthèses ont été diffusés à travers les médias pour davantage sensibiliser et interpeller les autorités à tous les niveaux.

Le suivi des malades constitue aussi une autre préoccupation du Comité d’organisation. Le jour du dépistage certaines personnes qui avaient de problèmes de diabète et d’hypertension avaient eu des médicaments. Il y  en avait d’autres qui souffraient, par exemple, d’atteintes rénales sévères, d’hypertension sévère ou de diabète sévère qui ont eu la chance d’être suivis de près pendant deux mois, gratuitement, mais,  il est vrai qu’après cette période, il aurait fallu une  structure qui devait continuer à les prendre en charge.

Interview résumée par SAKAZ

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