Journée mondiale des consommateurs : la RDC, de poubelle du monde

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Avec ses longues frontières terrestres très poreuses et ses frontières maritimes, fluviales et lacustres très perméables, la RDC continue de servir d’une de plus grandes poubelles du monde. Ce samedi 15 mars 2014, l’humanité célèbre la Journée mondiale des consommateurs. C’est l’occasion de marquer un temps d’arrêt pour nous interroger si dans notre pays, il y a une politique gouvernementale de protection des consommateurs. Est-ce que les droits de consommateurs sont respectés ?  L’Etat dispose-t-il de structures appropriées et des moyens adéquats pour bloquer tout ce qui est avarié, périmé et impropre à la consommation, dont on sait qu’il peut nuire à la santé de nos populations ?

 Certes, il y a eu quelques actions trompe-l’œil. Des lots de chinchards avariés surpris en vente dans chambre froide en panne. Devant les écrans de télévision, ces poissons dégageant une odeur fétide à milles lieues de là, ont été aspergés d’essence et brûlés.

Un regard sur la traçabilité des produits alimentaires d’importation qui atterrissent chaque jour, dans nos assiettes et font malheureusement le bonheur de nombreux ménages, permet de découvrir le pot aux roses. Vivres alimentaires avariés, produits pharmaceutiques de contrefaçon, sous-vêtements usagés, pièces déclassées des automobiles accidentés, véhicules vieux de plus de 30 ans d’âge, appareils électroménagers de « troisième main », tout en effet, passe. Tout pratiquement nous arrive en masse en RDC, par containers entiers.

Un distributeur peut se frotter les mains en mettant en vente, une gamme variée de surgelés, dont des croupions de dinde, des cuisses, des ailes et des abats de volailles, des poissons chinchards, des poulets et de la viande de bœuf congelés, des sacs de riz périmés, du lait en poudre dans des sacs, de la farine de froment souillée par des gouttes de carburant. Il y a aussi des boîtes de conserve avariées, rongées par la rouille naissante, qui ornent certains rayons des magasins et des mini-alimentations. Les restaurateurs en raffolent pour écouler des omelettes.

Hormis les services de contrpôle fonctionnant aux portes officiels d’entrée, de vastes espaces non contrôlés s’offrent aux importateurs de produits de contrefaçon, souvent impropres à la consommation.

La qualité, comme on peut s’en rendre aisément, est douteuse. Et les consommateurs sont sacrifiés sur l’autel de bénéfices. Si sous d’autres horizons, toute cette marchandise est bonne pour l’incinérateur, à Kinshasa, la campagne de sensibilisation de l’Office congolais de contrôle, invitant la population à faire confiance à cette entreprise étatique de contrôle de qualité et de conformité des normes, et attirant son attention sur les dangers que représentent non seulement des vivres alimentaires impropres à la consommation, mais aussi des médicaments contrefaits.

Les associations des consommateurs essoufflées

Le message certes passe, mais les réalités du terrain, la précarité des moyens de subsistance de la majorité de nos populations conduisent inexorablement à ces vivres qui ont poussé certains d’entre nous à se tourner vers les aliments de production locale.

         Seconde structure de l’Etat chargée de veiller à la distribution de produits alimentaires sur le marché local, le Service d’hygiène est quasiment inopérationnel. La traque des aliments avariés ou périmés qui aurait pu constituer l’une de ses principales activités, est rarement effectuée. Pour un agent de ce service interrogé, la réticence des responsables à établir des ordres de mission explique cette léthargie. Pour un vendeur de viande de bœuf, les agents de l’Etat excellent dans des tracasseries de tous genres. Dès qu’une occasion leur est donnée, ils ne manquent pas de rançonner les commerçants.

         Les associations des consommateurs qui devaient constituer le grand rempart, sont à compter sur les bouts de doigts. Toutes semblent avoir fermé boutique à la suite des menaces de mort proférées contre certains activistes de droits de l’homme, par les puissants groupes commerciaux opérant en RDC.

         Quand on cherche à savoir les prix pratiqués en RDC, c’est ici que le gouvernement n’intervient que pour l’homologation des prix de cinq produits considérés comme stratégiques. Ces produits sont le carburant, le ciment, l’eau, l’électricité et le transport. Pour tous les autres produits, les opérateurs économiques fixent les prix en respectant la marge bénéficiaire légale recommandée aux producteurs, aux grossistes, aux demi-grossistes et aux détaillants. Et à la moindre perturbation du marché, le ministère de l’Economie organise des séances de travail avec les distributeurs pour tenter de découvrir les causes de la hausse des prix de certains produits. Le plus souvent, des équipes des inspecteurs des Affaires économiques sont lâchés sur le marché pour faire respecter la législation commerciale en la matière. Sont ainsi sanctionnées toutes violations à la législation, telles que la non transmission de structures des prix de produits ou de leurs marchandises, de manière à permettre à ses services d’effectuer un contrôle à posteriori.

         Une autre chose est que les produits alimentaires sont toujours revendus deux, voire quatre fois plus cher par rapport à d’autres pays de la sous-région. Les consommateurs se plient au « diktat » des commerçants véreux qui fixent les prix comme bon leur semble. Cela est courant avec les produits de consommation courante, tels que le ciment, et les vivres alimentaires, tels que le sucre, le riz, la farine de froment, pour ne citer que ceux-là.

Voilà l’environnement dans lequel les consommateurs de la RDC vivent et qui laissent voir que la RDC est en passe de devenir l’une de plus grandes poubelles du monde, si elle ne l’est pas déjà.

J.R.T. 

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