Journée internationale du droit d’accès à l’information : le Collectif 24 et l’Omec interpellent le Sénat

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 A l’occasion de la célébration, pour la onzième année consécutive, de la Journée Internationale du Droit d’Accès à l’Information, le Collectif 24 et l’Omec (Observatoire des Médias Congolais) ont organisé, le samedi 28 septembre 2013 dans la salle VIP 2 de la paroisse Notre Dame de Fatima, à Gombe, une journée de réflexion à l’intention des membres de la Société Civile et des professionnels de la presse. Le thème retenu pour la circonstance portait comme intitulé : « Garantir l’Accès à l’Information pour promouvoir la Cohésion Nationale, la Paix et la Bonne Gouvernance ».

Dans son mot de bienvenue, Polydor Muboyayi, président de l’Omec, a relevé que cette thématique ramassait les questions de brûlantes actualité au pays, notamment celles liées aux droits fondamentaux des citoyens, à la gestion transparente des affaires publiques, à la lutte contre l’insécurité provoquée par les forces négatives à l’Est mais aussi par les « Kuluna » dans les cités résidentielles de l’ensemble du pays.

Le débat du jour, a-t-il indiqué, visait à attirer l’attention de tous, gouvernants comme gouvernés, sur la nécessité d’accéder librement à l’information publique, soubassement d’autres droits humains. « Savoir est un droit, s’informer est une exigence », a-t-il conclu.

Deuxième intervenant du jour, Me Jean Keba de l’Asadho a examiné le droit d’accès à l’information comme facteur de cohésion nationale, de paix et de bonne gouvernance.

Il a fait remarquer que si l’information publique circule correctement et que les Congolais s’ils ont une identité commune, adhèrent aux mêmes valeurs républicaines, souscrivent aux résolutions en chantier, cela pourrait avoir une incidence positive sur la cohésion nationale. Mais s’il y a ignorance des thématiques dans le chef du grand nombre, incompréhension entre citoyens d’en-haut et ceux d’en-bas, divergences insurmontables au sein de la classe politique, c’est la rupture de la confiance, facteur de division de la société congolaise.

La paix est souvent troublée en RDC, a souligné Me Jean Keba, à cause des conflits d’intérêts entre les détenteurs du pouvoir et ceux qui y prétendent. Certains de ceux qui sont exclus de la gestion des affaires publiques finissent par prendre les armes parce qu’ils n’ont pas d’informations fiables et suffisantes sur l’affectation des ressources nationales dans les secteurs des rémunérations, des infrastructures de base, de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de l’eau, de l’électricité, de l’industrialisation, de la lutte contre la pauvreté, etc. Le sentiment que la «Cité» est mal gérée entraîne des frustrations. Les ruptures fréquentes de paix seraient évitées si le droit d’accès à l’information était garanti à tous. Il a cité, entre autres cas de blocage de l’information, l’opacité du fichier électoral en 2006 et 2011,

Au nom du droit d’accès à l’information, si ceux qui gouvernent vivent sous la contrainte de rendre compte, a indiqué l’orateur, le pays serait rapidement engagé dans la voie de la bonne gouvernance. Tel est le cas présentement dans le secteur minier. Grâce à l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans l’Industrie Extractive), les opérateurs miniers et le gouvernement congolais sont contraints de jouer la carte de la transparence dans les déclarations des revenus et taxes « imposées ». Pour l’exercice 2010, la RDC a été sanctionnée pour n’avoir pas signalé clairement les dividendes que lui a rapportés l’activité minière.

En matière de bonne gouvernance, la RDC traîne le pas alors que l’Afrique du Sud, le Ghana et même le Rwanda sont cités en exemples dans le cercle des bailleurs internationaux.

Tshiombela et le grand flou autour des Concertations

Intervenant à chaud à la demande de Jean-Henri Longendja, Secrétaire exécutif du Collectif 24 et modérateur de circonstance, Jonas Tshiombela, Coordonnateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), a déploré la sous-information dont souffrent non seulement les masses congolaises mais aussi les «Concertateurs» eux-mêmes au sujet de l’évolution des travaux des Concertations nationales. Les organisateurs n’ont prévu ni point de presse, ni communiqué de presse pour renseigner la Nation. Les journalistes, a-t-il relevé, sont obligés de ramasser des bribes dans les couloirs, auprès de leurs amis et connaissances. Aucun «Concertateur» n’est en mesure d’expliquer clairement ce qui se passe dans un groupe thématique autre que le sien.

A cause du manque d’information, a-t-il relevé, tout le monde verse dans la spéculation : cas du perdiem de 450 dollars américains, du gouvernement d’union ou de large ouverture nationale, des causes réelles de blocage des travaux, etc.

Tout ceci arrive, a souligné Jonas Tshiombela, parce que le comité d’organisation n’a aucune obligation de rendre compte. D’où, il a appelé de tous ses vœux la promulgation urgente d’une Loi d’Accès à l’Information, afin de briser le cercle de l’ignorance dans la société congolaise. A l’image d’un pasteur, il a conclu : « Mon peuple périt par manque de connaissance ».

Kabongo Malu : l’impasse informationnelle

Un débat fort animé a suivi les différentes communications. Le prof. Kabongo Malu a fait état de l’impasse informationnelle en RDC, citant au passage le flou persistant autour de l’Accord de Lemera, le limogeage de Kamerhe parce qu’ignorant l’Alliance militaire conclu entre la RDC et le Rwanda en 2009, le refus par la CEI et la CENI de l’audit du serveur électoral, les importations congolaises qui coûtent deux fois plus cher que celles d’autres pays, etc. Aussi a-t-il préconisé une « révolution sociale » contre la rétention de l’information.

Les participants ont appris de Henri Longendja que le projet de Loi sur le Droit d’Accès à l’Information est en souffrance au Sénat depuis 2010. Le président de l’Omec, Polydor Muboyayi, interrogé sur la situation des journalistes emprisonnés, a fait savoir que l’unique action à mener en faveur de ceux déjà condamnés est la sollicitation d’une mesure de grâce. Parlant de la précarité des médias congolais, il a indiqué qu’elle est liée à l’environnement économique général. Toutefois, il a regretté la non application des textes légaux prévoyant facilités tarifaires en matière d’importation d’équipements et intrants liés aux productions médiatiques, de l’eau, de l’électricité, voire du refus de l’exécutif de libérer l’aide publique prévue dans la Constitution. Il a martelé que dans ce pays, on n’aime pas une presse libre, à moindre coût et accessible à tous. Par conséquent, on va à l’encontre de l’article 24 de la Constitution qui garantit à tous les Congolais le droit à l’information.

En réponse à la préoccupation d’un participant qui estime que pour mener un bon plaidoyer en faveur du droit d’accès à l’information, il faut remplir le préalable de l’alphabétisation, Polydor Muboyayi a souscrit à sa position et renchéri que l’éducation se trouve au centre d’une série ininterrompue de colloques à travers le monde car l’on est convaincu qu’on ne peut développer un pays sans une forte scolarisation de sa population. A cet effet, la Constitution contient un article qui prône la lutte contre l’analphabétisme tandis qu’un autre prévoit l’enseignement gratuit au niveau primaire dans le secteur officiel. «Est-ce que le maître d’école d’aujourd’hui répond aux standards internationaux en RDC ?» s’est-il interrogé.

Dans son mot de clôture, le Coordonnateur du Collectif 24, Me Otshudi, a émis le vœu de voir le plaidoyer en faveur du droit d’accès à l’information, lancé en 2009, concerner le plus grand nombre possible des Congolais, afin d’obliger le législateur à ne plus tergiverser. Un communiqué final a été lu à l’intention de l’assistance. Rappelons que M. Karim Bênard-Dendé, représentant de FEI (France Expertise Internationale), a rehaussé de sa présence cette rencontre.

Dans un bref commentaire à la presse, il a déclaré qu’un citoyen a le droit d’être informé sur ce qui va et ce qui ne va pas au pays. L’accès libre à l’information est un combat de tous les jours dans la société.

Dorcas Somwe et Kimp

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