Jeudi noir à l’Unikin : plusieurs morts !

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Le site du campus de l’Université de Kinshasa a été, hier jeudi 13 janvier 2011, le théâtre d’une situation apocalyptique provoquée par la découverte, aux petites heures de la matinée, du corps d’un étudiant pendu à un arbre, entre le Home X et le Home XX, à proximité de la paroisse protestante. Etudiant en 1er graduat/Psychologie et père de 3 ans, le défunt était connu sous l’identité de Fiston Nzomambu et occupait la chambre 1211, au Home X.

    On laisse entendre que le défunt a quitté sa chambre au milieu de la nuit pour aller se soulager dans les installations sanitaires du Home XX, celles du Home X étant fermées sur instruction de l’échevin. Ne le voyant pas revenir après une longue attente, son voisin de chambre a alerté leurs condisciples communs. Les recherches lancées aussitôt n’ont pas tardé à livrer leur macabre secret. Le corps de Fiston pendait sur la branche d’un arbre, sans vie. La même nuit, signale-t-on, trois étudiantes ont été violées par des inconnus.
    C’est dans ce même home, indique-t-on, que résidait Michel Mbayi Ntumba, étudiant de 2me Doctorat en médecine assassiné le 4  janvier 2010 par des hommes en uniforme. Pendant que la communauté estudiantine attendait un signal fort contre l’insécurité, une seconde bavure a été enregistrée, avec la mort par balle de l’adjudant Yamba Yamba dans la nuit du 9 au 10 juin, à l’occasion d’une patrouille policière. Mais c’est l’assassinat de Fiston Nzomambu, qui a été accueilli comme un second crime planifié et maquillé en suicide, qui a fait déborder le vase hier dès la levée du jour, d’autant plus qu’aux dires des étudiants, des traces de violences auraient été détectées sur le corps de leur camarade Fiston.
    Sortis de nulle part, ils se sont rapidement rassemblés sur le campus pour une marche pacifique de protestation qui devait les conduire jusqu’au centre de la ville, vers les animateurs des institutions provinciales et nationales. Selon plusieurs sources, les manifestants se sont butés à un impressionnant barrage des policiers établi au niveau de l’église du pasteur Baruti, sur l’avenue de l’Université, non loin de l’Intendance générale de l’Unikin.
     La police a dû tirer en l’air en guise de sommation. Deux balles perdues, laisse-t-on entendre, ont touché mortellement un étudiant, lui ouvrant les entrailles avant que mort ne s’ensuive, et blessé grièvement une étudiante, conduite d’urgence aux cliniques universitaires où elle aurait succombé à ses blessures. Repoussés en désordre jusqu’au campus, les étudiants ont finalement décidé de déverser leur bile sur tout ce qui bougeait. C’est sur ces entrefaites que certains ont mis le feu à plusieurs véhicules, dont 3 bus de l’Unikin, un de l’ISTM et un de la DGI. D’autres sont descendus à la résidence du Recteur où ils ont brûlé quatre véhicules, avant de mettre le feu à sa résidence.
    Dans leur élan de colère, ils ont pillé un conteneur où étaient entreposés des matériels informatiques  don de la coopération sud-coréenne à l’Unikin. Ils ont cassé ou pillé plusieurs biens meubles et immeubles présentés comme des propriétés de certains membres du gouvernement. Deux stations-services ont été incendiées et celles en en construction réduites en miettes. Des unités de production fonctionnant au niveau de l’Intendance générale, du trafic ont été soit pillées, détruites ou incendiées. Des locaux de la Garde Universitaire et de la police ont été rasés. Parmi les pilleurs se bousculaient pêle-mêle étudiants, policiers et « Kuluna ».
    Peu après ces actes de vandalisme, des renforts de la police sont arrivés sur les lieux. Des tirs à balles réelles ont alors été dirigés contre les manifestants. Trois autres étudiants ont été atteints mortellement par des balles au niveau du rond point dit de « Sentiments ».
    Au terme d’un chassé-croisé sans merci entre policiers et étudiants, un lourd bilan en pertes inhumaines a été enregistré. A en croire plusieurs sources contactées par Le Phare, dont des étudiants, des professeurs et des policiers, les incidents auraient fait, hormis l’étudiant assassiné ou mort par suicide ( ?), 7 morts, dont 5 étudiants et 2 policiers. Mais au regard de la violence qui a déferlé sur le campus de l’Université de Kinshasa et des personnes blessées grièvement, certaines sources indépendantes avancent un bilan compris entre 10 et 15 morts.

La mauvaise gestion de l’assassinat de l’étudiant en médecine

    Parmi les responsables de la police aperçus hier à l’Unikin, il y avait le colonel Kanyama et le général Oleko. L’un et l’autre ont déploré la réaction épidermique des étudiants et d’élements douteux qui se seraient mêlés à ceux-ci. A leur avis, il est difficile de savoir à ce stade s’il y a eu assassinat ou suicide. Le général Oleko a fait remarquer qu’il faut attendre le résultat de l’autopsie et le rapport de la police scientifique avant d’émettre un quelconque avis. Mais d’aucuns pensent que la tragédie d’hier aurait pu être évitée si l’assassinat, il y a dix jours, de l’étudiant Michel Mbuyi de 2me doctorat en médecine, avait été géré avec responsabilité. La communauté estudiantine est restée avec le sentiment que cette mort cruelle avait été banalisée, au regard du caractère flou des décisions annoncées pour sécuriser le site de l’Unikin. Il est principalement reproché au Recteur Labana d’avoir dénié à feu Michel Ntumba Mbayi la qualité d’étudiant.
    Par ailleurs, les étudiants ruminaient une frustration causée par le refus de leur Recteur de les autoriser à marcher pacifiquement après l’assassinat du précité, dans le noble objectif d’attirer l’attention des autorités compétentes sur l’insécurité qui règne à l’Unikin, depuis plusieurs mois, dès la tombée de la nuit. Si cette demande de marche avait été acceptée, on aurait peut-être pu éviter ce qui est arrivé hier.
    S’agissant des événements malheureux du jeudi 13 janvier 2010, des sources étudiantines ont révélé au Phare que le Recteur de l’Unikin aurait été saisi du cas de la pendaison ou du suicide ( ?) de Fiston vers 4 heures du matin. A son tour, cette autorité académique aurait sollicité des autorités politiques et policières de la ville des dispositions urgentes d’encadrement des étudiants, car convaincue que la situation allait dégénérer au lever du soleil. L’on croit savoir que si l’appel du Recteur avait été entendu, la situation aurait pu être maîtrisée en amont.
    En tous les cas, le second crime qui vient d’endeuiller l’Unikin devrait interpeller les gestionnaires de la sécurité dans la capitale et en particulier l’Inspection provinciale de la police. La communauté universitaire a besoin d’être rassurée : tel est l’autre sens du message adressé hier à la société congolaise mais ayant malheureusement eu pour supports les morts et la casse.
    Signalons que pour leur sécurité, de nombreu étudiants ont quité l’Unikin. Il est à espérer que les autorités compétentes vont tout faire pour les remettre en confiance en vue de la reprise des activités académiques.

                            Jacques Kimpozo

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