«Je revendique le respect de l’autre !»

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Heureux lauréat du Grand Prix Léopold Sédar SENGHOR, le jeune artiste congolais Moridje Kitenge Banza considère DAK’ART comme un tremplin. En effet, après son graduat en arts plastiques à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, il est allé à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Nantes pour une licence et un Master en arts plastiques, puis un Master en Développement culturel  de l’Université de la Rochelle, en France.

Quelle est ta réaction à chaud?

Honnêtement, je n’ai jamais rêvé de ce prix pour ne pas me déconcentrer. Être sélectionné, c’est déjà un grand pas pour moi. Mais, en obtenant ce grand Prix, des larmes ont coulé du fond de mon cœur. Recevoir le Prix L. Sédar Senghor si tôt est une bonne surprise. Le Congo a des liens historiques profonds avec le Sénégal. Le chemin de fer entre Kinshasa, ville capitale de la RD Congo, et Matadi, sa ville portuaire dans le Bas-Congo, est l’œuvre des ouvriers sénégalais. En plus, moi-même, je suis adopté par une famille sénégalaise à Nantes où je vis actuellement.

De quoi parles-tu dans ton installation ?

Mon travail comporte deux volets. Le premier consiste à créer une monnaie nommée « Mori », l’abrégé de mon nom. C’est avec elle que je rachète les cuillérées à café dans les comptoirs à Nantes, Bordeaux ou la Rochelle, villes de France construites sur base du commerce triangulaire. Les prix sont fixés par moi. Par là, je montre le système de dépendance des Etats Africains. Lorsque le Congo vend son uranium ou son diamant, la Côte d’Ivoire vend son café ou le Sénégal vend ses arachides, le prix est fixé par l’acheteur et non le vendeur. Mon message est de dire que je rachète votre part de responsabilité. C’est ironique ! Je vous décharge de ce poids assez lourd. Dans le futur, je compte véhiculer le même message en Afrique. 50 ans après ou sommes nous et où allons-nous ?

Le second volet intitulé « Hymne à nous », c’est une vidéo d’une minute où je chante nu. Je me suis filmé trente fois, j’ai enregistré ma voix en différents sons. En effet, le texte chanté est un mélange de l’hymne national congolais, belge, français et un texte de Schiller, un poète et écrivain Allemand dont Beethoven s’est inspiré pour composer de « l’Ode à la joie » appelé autrement « Hymne à la joie ». 

En réalité, quel est le message ? 

En vivant en France, on nous parle de l’intégration. Mais, cette intégration ne prend jamais en compte l’apport culturel de l’autre. L’hymne à nous est une façon de revendiquer le respect de l’autre. La culture belge m’a construit. La culture française m’a permis de me construire et la culture allemande, à travers la musique classique, a forgé mon talent de chanteur. Les cultures congolaises et sénégalaises m’ont procuré l’éducation de base. C’est l’ensemble de ces cultures qui ont forgé mon identité.

 Propos recueillis par Eddy Kabeya, RD Congo

 

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