Isella Natalina sur les traces de Mère Teresa

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Quand on arrive dans la commune de Kadutu, au quartier Nkafu, sur l’avenue Bugabo, dans la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, on découvre un complexe résidentiel imposant, avec vue sur le lac, ayant un nom particulier : « Ek’abana » (« les enfants sont à la maison » en Mashi). A l’origine, Centre de récupération et d’encadrement des enfants rejetés par la société car accusés de sorcellerie, « Ek’abana », jeune œuvre rattachée à l’archidiocèse de Bukavu, étend aujourd’hui ses activités largement au-delà de ses principes fondateurs. Nous l’avons visité le jeudi 20 mai dernier lors d’un séjour organisé par le Bureau de Coordination des Affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) dans la partie Est de notre pays. 

 En effet, des enfants dits « sorciers », aux orphelins, en passant par ceux maltraités, abandonnés et déséquilibrés, ce refuge rassurant s’est fixé comme mission de redonner aux « vulnérables » la chance de réintégrer la société, grâce à la scolarité et à la formation.

 

 Son initiatrice, Isella Natalina, avec son statut de Mademoiselle consacrée, affiche depuis déjà 8 ans, une volonté singulière à s’occuper des enfants « fragiles », à l’instar de la célèbre Sœur Térésa de Calcutta, d’heureuse mémoire. Preuve de son attachement et d’une affection indéfectible, cette ressortissante de l’Italie les connait tous par leurs petits noms, malgré ses 63 ans d’âge. « Auparavant je travaillais dans la promotion des femmes, puis j’ai été interpellée par un constat fait lors d’une rencontre des leaders sociaux sur l’absence d’un tel centre dans notre milieu… » nous confie-t-elle, avant de rappeler que c’est en 2002 qu’elle a d’abord recueilli dans la rue 9 filles, traumatisées pour diverses  raisons. Aujourd’hui, estimé à une cinquantaine, les pensionnaires du centre « Ek’abana » s’adonnent à diverses activités contribuant à leur épanouissement physique et surtout intellectuel (sport, agriculture, chant, danse, coupe-couture, ergothérapie, jardinage, élevage etc.). A en croire Mlle Natalina, ses enfants, qui sont pour la plupart à l’école, ramène des bons points. « Ils entretiennent de bonnes relations entre eux et ne sont jamais agressifs… » se prête-t-elle. Dès qu’ils atteignent leur majorité, ils sont soit orientés vers d’autres lieux d’encadrement, ou encore on leur rend leur liberté en leur remettant un kit d’outils pour permettre un nouveau départ dans la vie professionnel. Néanmoins, elle reconnait quelques difficultés qui s’érigent souvent dans la marche des activités. Il s’agit, entre autres, des difficultés de réinsertion, la mauvaise collaboration des parents, la pauvreté des familles etc.  
 Depuis sa création en 2002, près de 600 enfants se sont faits scolarisés grâce à l’équipe conduite par Natalina. Selon l’un des ses proches, Dieudonné Muhanana, chargé de stage et de visites, les principales sources de revenus sont des dons et legs. Aussi, pour éviter que les accusations telles que celles de « sorcellerie » puissent toujours diviser les familles, le Centre entreprend aussi un travail de sensibilisation dans des paroisses afin de démystifier ce phénomène.
 Résidence entièrement financée, selon les propre termes de Natalina, par la « charité du Seigneur et les gens de bonne volonté», Ek’abana comporte non seulement des dortoirs, mais aussi des salles de formation, une chapelle, une salle des réunions, des latrines et douches etc. « Ces aides et donations viennent souvent de l’Italie » révèle-t-elle aux journalistes.   
 Tranchante, elle récuse formellement l’apport des acteurs humanitaires qui, selon elle, ne « font rien ! ». « Si les humanitaires ne nous aident pas, je fais appel aux amis car mes enfants parfois manquent de l’eau, à manger etc. Seule la réduction de la pauvreté peut limiter les dégâts humanitaires, car c’est la faim qui sort les enfants dans la rue… » conseille-t-elle. Au gouvernement et à l’autorité publique, elle avoue qu’elle n’a pas des conseils à donner car ce sont des intellectuels et des gens instruits qui savent déjà différencier le bien du mal. « Ils ont voté des belles lois telles que celle sur la protection des enfants. Tout ce qui leur reste c’est de les appliquer… »
 Présente en RD Congo depuis 1976, Isella Natalina porte ce pays dans son cœur jusqu’au point de déployer ses énergies les plus extrêmes pour le bien-être de ses fils et filles.
Tshieke Bukasa, envoyé special à Bukavu

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