Interpellation de la société civile congolaise

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Chaque jour qui passe interpelle la Société Civile du Congo dans toutes ses composantes : Eglises, Organisations Non Gouvernementales, mouvements associatifs et autres groupes de pression. En effet, cette Société civile qui a joué un rôle moteur dans la lutte pour
l’avènement de la démocratie dans ce pays semble aujourd’hui plongée dans une léthargie suicidaire piégée par les politiciens toutes tendances confondues, les hiérarchies hésitantes des églises officielles, sans négliger les intérêts des partenaires étrangers dont les divergences se lisent à travers la multiplicité d’ONG sur la scène nationale.

Chaque jour qui passe révèle une Société Civile forte par sa capacité de drainer les fonds des milieux occidentaux et américains, mais faible dans sa capacité d’initier un mouvement de masse à même de changer qualitativement le cours de l’histoire de ce peuple. Nous
découvrons, chaque jour davantage, que les responsables des ONG et autres mouvements associatifs sans oublier les églises sont d’habiles négociateurs de fonds et non des leaders d’opinion.

Chaque jour qui passe met en lumière des plates-formes malades de leadership et qui contrecarrent mutuellement leurs actions au profit de la démocratie de façade ou mieux de la dictature qu’elles veulent combattre. Cette lutte fratricide des composantes de la Société Civile ronge progressivement cette force sociale au point d’en faire une marionnette entre les mains des politiciens et des intérêts étrangers.

Tout ce qui précède donne une face négative de la Société Civile. Mais, il serait injuste de s’arrêter ici. Car, au signe des temps de la décomposition de la Société Civile, s’oppose la volonté manifeste de la reconstruire et de la faire renaître de ses cendres. En effet,
il existe encore des hommes et des femmes, tous, fils et filles de ce pays, qui refusent de laisser la scène politique aux seuls politiciens de ce pays.

Ces hommes et femmes ne sont pas nombreux, mais ils existent et ne
veulent pas baisser  les bras. Ils veulent continuer à croire en la
possibilité de mettre toutes les forces sociales du pays ensemble,
dans la diversité des plates-formes et des philosophies qui les
caractérisent. Ces hommes et femmes veulent aujourd’hui encore, vivre
la réalité d’un mouvement de libération fort parce que libéré de toute
forme d’égoïsme et de cupidité.

1. Reconstruire la Société Civile à partir de quelle structure ?
Plusieurs tentatives de refaire la Société Civile ont été menées par
le passé. Cette partie de la présente analyse se propose d’examiner
ces différentes tentatives et de dégager les problèmes qui ont fait
que, jusqu’à ce jour, la Société Civile n’arrive pas à se refaire.

1.1. La Société Civile des milieux du dialogue de l’OUA et de la CENCO
: une base de relance ?
La question qui surgit ici est celle de savoir si l’on peut
reconstruire ou réorienter la Société Civile à partir des bases qui
ont été créées pour participer aux négociations de l’OUA ou de la
CENCO. La réponse à cette question se trouve dans la nature divisée de
cette même Société Civile. Cette dernière, lors de ces deux
négociations a été politisée par les politiciens conscients du danger
qu’elle représente pour eux.
Aujourd’hui, il existe parmi les négociateurs plusieurs ailes de la
Société Civile, toutes expressions des ambitions des uns et des
autres, mais aussi de l’impuissance et sans doute de l’infidélité de
ses animateurs. En effet, bon nombre utilise la Société Civile comme
tremplin pour des fonctions politiques. Certains sont devenus
ministres, vice-ministres, Haut fonctionnaires de la CENI, du CESAC,
etc. D’autres attendent dans les antichambres des politiques en vue
d’accéder à d’autres postes dans la territoriale ou les entreprises
publiques.
Aussi, engouffrés dans le piège leur tendu par les politiciens, les
animateurs de la Société Civile ont fragilisé le mouvement et empêché
aujourd’hui toute reconstruction ou réorientation sur base des noyaux
conflictuels des deux derniers moments de négociations. Ayant perdu la
confiance de leurs bases, la Société Civile ressemble de plus en plus
à une tête sans corps.

1.2. Les églises « moteur » d’une nouvelle Société Civile ?
Il faut avouer que l’on y a cru et qu’on y croit encore à cause de la
force mobilisatrice que représentent les églises officielles et du
travail réalisé par elles. En effet, la naissance des Commissions
Justice et Paix, la volonté de certains laïcs de se regrouper au sein
de diverses structures (CONEMA, CALCC, MILAPRO, etc.), ainsi que leurs
nombreuses tentatives de jonction avec les autres forces sociales ont
laissé voir la possibilité de la reconstruction de la Société Civile
autour des Catholiques, des Protestants, des Kimbanguistes, des
Orthodoxes et des Musulmans.
Mais encore une fois, cette tentative rencontre d’énormes
résistances. La première vient  des milieux officiels des églises qui,
jusqu’à ce jour, refusent d’entreprendre des actions qui les
placeraient dans une situation conflictuelle ouverte avec le pouvoir
en place. Aussi, le contour des actions de nos Eglises ne semble pas
très clairement défini par les hiérarchies des églises. Pour preuves,
le dernier engagement de l’Eglise catholique dans le cadre des
négociations de la CENCO, sa    ns oublier les déclarations à contre
courant des églises de réveil et de l’église protestante.
Hésitantes si pas souvent complices, les églises officielles ont
progressivement perdu de leur crédibilité au point de ne plus offrir
cette base tant espérée pour la renaissance de la société civile
congolaise. Nos églises apparaissent, aujourd’hui, comme des
structures en conflit entre elles, en compétition meurtrière pour
accéder aux financements extérieurs. Bien plus, toutes nos églises, du
moins les  princes de ces institutions ont peur de s’engager plus
concrètement pour le peuple qui souffre ; devenues complices, elles
s’illustrent par des messages à temps et contre temps vacillant entre
le refus de se mettre les gouvernants sur le dos et la peur du regard
de ce peuple de Dieu dont ils affirment être les « Bergers ».
Face aux autres mouvements associatifs et ONGs, les églises se
retrouvant sur le même marché des projets en quête de financement
auprès des mêmes bailleurs, apparaissent comme des structures rivales.
Aussi, pour les autres organisations de la société civile, il faut à
tout prix empêcher aux églises d’apparaître comme les seules
structures capables de mettre tout le monde ensemble. Il est question
de ne pas drainer tout le financement vers les églises en ce moment où
les bailleurs ne jurent que par les grandes plates-formes d’actions.

1.3. Les ONGs « artisans » de la nouvelle Société Civile ?
Fort de l’appui des partenaires étrangers, les ONGs tant sur le plan
local que régional s’acharnent sans doute sur recommandation des mêmes
partenaires et non par la volonté des Congolais eux-mêmes, de se
regrouper en plates-formes, Consortium ou autres appellations, pour
relancer les actions des forces sociales et tenter ainsi de refaire la
défunte Société Civile.

Les tentatives des ONGs rencontrent des résistances au sein du
mouvement ONG lui-même. En effet, la multiplicité des plates-formes et
autres réseaux voile à peine les querelles pour le financement et le
leadership qui sont monnaie courante au sein de ces organisations.
Contrairement à ce qu’on affirme, ces plates-formes ne sont pas
totalement l’expression de la volonté des Congolais d’œuvrer ensemble.
Il s’agit plus du souci des bailleurs de fonds assaillis par le nombre
de demandes autour des mêmes projets, de mieux les gérer pour éviter
de financer les mêmes projets plusieurs fois et par des organismes
différents.
Il est évident qu’il s’agit, pour les partenaires extérieurs, de
mieux gérer et par conséquent de mieux contrôler les mouvements
démocratiques à la base surtout en ce moment où les ressources
financières sont maigres. Il y va des intérêts des gouvernements qui
financent les ONGs en Occident quand bien même elles affirment être
non-gouvernementales.
Bien plus, la difficulté de se mettre ensemble n’est que la
conséquence d’une mauvaise organisation des plates-formes qui se
créent. En effet, très vite, les secrétariats d’appui de ces grandes
structures se transforment en ONG exerçant les mêmes activités que les
ONGs membres. Ceci a pour conséquence le fait que les ONGs membres ne
parviennent plus à bénéficier d’un financement direct de la part de
leurs partenaires d’Occident étant donné que leurs activités sont
réalisées à travers le secrétariat d’appui de la plate-forme dont
elles sont membres.
Une autre difficulté à se mettre ensemble résulte du manque de
cohésion des partenaires extérieurs, ceux-là même qui poussent à la
création des plates-formes. Aujourd’hui, tiraillés par des intérêts
divergents, Belges, Français, Américains, Suisses, Allemands,
Canadiens, Japonais, Chinois, Coréens, etc., tentent chacun d’initier
sa plate-forme à financer. Résultat, c’est, au pays, à celui qui
réunira la plus grande plate-forme.
Sur le terrain, les ONGs ayant compris le jeu, se livrent à un
vagabondage pourvu que l’on ne rate pas le financement dans l’une ou
l’autre plate-forme. Et au rythme actuel, ces dernières finiront par
apparaître comme des fourre-tout avec des ONGs dont la qualité de
mobilisation dans la perspective électorale ou autre restera longtemps
douteuse.

1.3. Les partenaires extérieurs « bâtisseurs » de la Société Civile ?
Au regard de tout ce qui précède, la tentation est grande dans les
milieux occidentaux d’imposer aux Congolais la reconstruction de leur
Société Civile. Il suffit d’exiger, pense-t-on dans ces milieux, la
reconstruction de la Société Civile comme condition pour bénéficier
d’un financement. Cette condition me rappelle celle imposé au début du
processus démocratique : « Démocratiser et nous vous apporterons
l’assistance économique ».
Nous imaginons que, face à une imposition des bailleurs extérieurs,
le milieu des ONG et des mouvements associatifs joueront la carte
nationaliste ne fut-ce que pour faire du chantage sur les milieux
internationaux des ONG sœurs d’Europe.

1.4. Que dire ?
Il apparaît clairement que la reconstruction de la Société Civile se
fera difficilement à partir des bases examinées ci-dessus. S’il est
vrai qu’un besoin d’agir ensemble se fait de plus en plus sentir, il
est aussi vrai que les modalités de ce regroupement des forces
sociales ne sont pas encore définies de manière à rassurer toutes les
composantes de la Société Civile.
Mais, encore une fois, face à la réalité de la division de la société
civile, le réflexe qui reste perceptible est bien celui du bouc
émissaire. Et pourtant, on ne divise que ceux qui se laissent diviser.
Une des tâches de la présente réflexion sera sans doute de voir
comment mettre fin à cette division qui dessert l’action de terrain
des différentes organisations de la société civile congolaise?
On peut même aller plus loin en posant franchement la question de la
nécessité de la reconstruction de la Société Civile. Faut-il la
refaire ? Faut-il la réorienter ? Si oui, autour de quel projet ? Et
quel est le rôle qui lui serait assigné ? Et surtout quelles
stratégies adopter pour la faire renaître ? Ou encore quelle
configuration prendra-t-elle ?

2. Reconstruire la Société Civile autour de quel projet ?
Le projet central qui, à ce jour, mobilise les forces sociales de
notre pays reste la promotion de la culture civique et démocratique. A
ce projet, il faut ajouter un autre, à court terme, et qui tourne
autour de la préparation de la réalisation des élections libres et
démocratiques. C’est donc, dans le cadre de ces deux projets que les
forces sociales agissent actuellement avec, avouons-le, des résultats
flatteurs dans les rapports pour les bailleurs, mais souvent mitigés
sur le terrain.

2.1. Promotion de la culture démocratique
Ce projet quoique mobilisateur est un projet à long terme. Il est
coûteux et ses effets sont difficilement quantifiables. Ceci explique
sans doute l’agitation des milieux financiers, fatigués de soutenir un
processus qui n’en finit pas.
Néanmoins, au-delà des problèmes financiers que pose ce projet, les
forces sociales reconnaissent la nécessité de ce programme qui sert de
sous bassement à la démocratisation des institutions congolaises et
surtout de la vie de tous les jours. Ce programme connaît l’adhésion
de tous et se déroule souvent sous forme de sessions de formations et
campagnes de sensibilisation autour des thèmes suivants :
1. Droits de la personne humaine
2. Démocratie et développement
3. Non-violence active et promotion humaine
4. Armée et démocratie
5. Engagement politique du croyant
6. Elections libres et démocratiques
7. Genre
8. Leadership féminin
9. Autopromotion
10. Syndicats et esprit syndical
11. Techniques d’animation
12. Formation des mobilisateurs sociaux, etc.

Toutes ces sessions ont, aujourd’hui, un contenu de plus en plus
précis. Et chaque association s’efforce, dans la mesure du possible, à
garder le même contenu pour chacun de ces modules. Aussi, quand bien
même que l’on constate des divergences quant à la manière d’assurer
ces enseignements, il faut avouer qu’un effort réel d’harmonisation
des modules a été accompli à travers tous les réseaux concernés par le
programme de la promotion de la démocratie en RD Congo.
Quant aux résultats de ces sessions de formation, il faut avouer
qu’ils sont mitigés et pas souvent à la mesure des moyens financiers
affectés à cet effet. La première explication vient de la qualité des
formateurs. Les animateurs des sessions de formations dans les
différentes associations ne sont pas toujours des personnes
compétentes. Il faut l’avouer que, devant la possibilité de
financement de programmes sur la démocratisation, beaucoup
d’associations et d’animateurs se sont improvisés dans le secteur avec
des conséquences évidentes au niveau des résultats.
La deuxième explication est à trouver dans le suivi du programme. Le
suivi de l’après formation où les formateurs espèrent un effet
multiplicateur est piégé par la contradiction d’un travail rémunéré
(travail des formateurs œuvrant dans les ONG bénéficiant d’un
financement extérieur) et travail gratuit des formés qui doivent faire
l’effet multiplicateur. Sur le terrain, ces derniers assurent une fois
ce travail, juste le temps de se rendre compte que ceux qui leur
demandent des rapports de suivi utilisent ces rapports d’activités
pour continuer à s’assurer les faveurs des bailleurs. C’est alors que
la chaîne se casse !

2.2. Elections libres et démocratiques
Dans le cadre du processus électoral, les forces sociales jouent un
rôle important en cette période d’avant les élections. Elles entendent
rester présentes pendant et après les élections. En cette période
d’avant les élections, elles s’illustrent par le travail de
préparation de la population, par des actions de conscientisation
autour de la question électorale, sans négliger les contacts avec les
milieux officiels.
Le travail accompli, à ce jour, est appréciable malgré les
imperfections qui trouvent leurs explications dans les raisons
avancées ci-dessus. Mais, il reste encore beaucoup à faire et surtout
en matière de pression afin que les forces sociales prennent les
initiatives qui pourront définitivement déclencher un processus
électoral libre, transparent et crédible  dans notre pays.

3. Stratégies pour une participation efficace

L’effort critique qui caractérise cette communication n’a qu’un seul
but : initier un débat dont le but est de renforcer les actions des
forces sociales dans ce pays. Il est donc question de chercher des
stratégies nouvelles à même d’améliorer la qualité des actions des
acteurs de la société civile. La présente analyse va donc essayer
d’énumérer quelques grandes lignes sans être exhaustifs. Mais, il sera
important d’en examiner ensemble l’opportunité.

3.1. La structure de coordination nationale

S’il est vrai qu’une action efficace nécessite une structure de
coordination, la concrétisation de pareille structure en République
démocratique du Congo connaît des problèmes réels. En effet, il ne
doit plus être question d’attendre que l’unité des forces sociales se
fasse pour agir. Il faut plutôt agir avec celles des associations qui
partagent le même projet et veulent le réaliser dans le cadre d’un
calendrier établi de commun accord.
Aussi, à ce niveau, les forces sociales doivent avoir le courage de
ne réunir au sein de cette structure que les associations qui sont
efficaces sur le terrain. Ce sont ces associations qui seront les «
moteurs » des actions à entreprendre concrètement. Il est temps de ne
plus jouer la carte du plus grand nombre dans les plates-formes ou
dans la structure de coordination. Il sera, désormais, question de la
qualité du travail réalisé pour faire partie de la plate-forme ou de
la structure de coordination.
Cette proposition va sûrement soulever beaucoup de réactions dans les
milieux des ONGs. Qui, en effet, déterminera le degré d’efficacité des
uns et des autres sur le terrain ? Pour contourner cette difficulté,
il serait intéressant de prendre l’exemple des modules qui sont
aujourd’hui utilisés ainsi que la méthodologie Voir – Juger – Agir.
L’adoption de ses modules et de l’analyse sociale ne s’est pas faite
autour de grandes discussions, concertations régionales ou
interrégionales mais bien par le travail et l’adoption progressive des
animateurs qui ont voulu rendre leurs actions plus efficaces
Aussi, en ce qui concerne l’action future, les forces sociales ont
cruellement besoin d’associations pilotes à même de tirer les autres
dans la direction d’un mouvement de libération. Ceci est possible dans
la mesure où des associations têtes de pont ou des plates-formes et
autres réseaux locaux ou régionaux (là où ils existent) pourraient
déjà se voir confier des tâches précises à réaliser dans les délais
préétablis de commun accord.

3.2. Tâches précises durant le processus électoral

Pour être efficaces, les forces sociales devront mener des actions
précises se situant dans les différentes étapes du processus
électoral. A titre illustratif, une plate-forme ou des associations
doivent établir un calendrier pour :
• Contrôler le processus d’enrôlement déclenché par la CENI et qui
n’augure pas d’un avenir apaisé quant à la tenue des élections en
décembre 2017
• Relancer le débat de la participation citoyenne et de
l’appropriation de nos élections à travers la contribution d’1$ par
citoyen pour les élections, la fabrication des urnes, des isoloirs et
autres encre indélébile, la mobilisation de l’Hôtel des Monnaies pour
l’impression des bulletins de vote, le volontariat actif dans
l’observation et la surveillance de tout le processus électoral
• Traduire et vulgariser la loi électorale et la Constitution
• Mener des enquêtes sur les candidats à des postes de responsabilités
• Produire des bulletins d’informations
• Former et conscientiser la population
• Organiser des quêtes pour le financement des actions

Chacune de ces tâches au niveau d’une région peut être confiée à une
ou plusieurs associations compétentes qui seront chargées de les
exécuter dans les délais prévus. Le but de pareilles actions est de
renverser la vapeur et de retirer tous les alibis qui font que les
politiciens retardent la tenue des élections dans ce pays. Il faut
arriver à un moment où les forces sociales et le peuple diront « nous
sommes prêts, allons aux élections » !

3.3. Financement des opérations
Les forces sociales ont tendance à se tourner vers l’extérieur pour
le financement des actions. Si certaines associations parviennent à
tirer leur épingle du jeu, nombreuses sont les associations pourtant
actives qui ne bénéficient pas de la grâce des bailleurs extérieurs.
Ces associations, du moins celles qui sollicitent le financement
extérieur, ont même l’impression que l’on ne finance pas des
programmes mais bien des amis. Il suffit que l’un ou l’autre ami
quitte la plate-forme qu’il amène avec lui tout le financement.
Si l’on veut réussir des actions futures, les forces sociales ne
doivent pas seulement compter sur la solidarité extérieure, elles
doivent trouver les moyens de rétablir la confiance avec la population
afin que celle-ci contribue au financement du processus électoral. Il
y va de leur crédibilité et de leur indépendance. Ici, la demande qui
est faite en direction des partenaires extérieurs est celle de
comprendre le sens de cette démarche car les organisations congolaises
désirent aussi grandir et croire en elles-mêmes. N’est-ce pas le vœu
de nombreux partenaires extérieurs de voir les peuples du Sud se
prendre en charge pour devenir de vrais partenaires ?
A titre d’exemple, pour le processus électoral ou même pour la
réalisation des projets de développement ayant un réel impact dans la
vie des populations, des pourparlers pourraient avoir lieu avec les
églises locales, des pourparlers pourraient avoir lieu à un haut
niveau afin qu’elles participent sur le plan local à la mobilisation
des finances.
Mais, car il y a un mais, toutes ces opérations supposent de la part
des gestionnaires des fonds une transparence à même de rassurer la
population. A titre d’exemple, il n’existe actuellement aucun
mécanisme de contrôle de la population qui permette de voir clair dans
la gestion des projets qui la concerne. Quel est le droit de regard de
la population locale sur le financement obtenu en son nom par les
ONGs, collectifs et églises ? N’est-il pas temps de trouver les
mécanismes qui lui permettront de participer à cette gestion pour
l’inciter à participer avec confiance ?

4. En guise de conclusion
Il est évident que cette analyse n’a pas résolu tous nos problèmes.
Bien au contraire, elle en a créé davantage. Certains sont pertinents,
d’autres perturbateurs. Mais l’essentiel, c’est d’avoir dit tout haut
ce que beaucoup de personnes disent tout bas et qui, sans doute,
constituent un frein à la volonté d’agir ensemble en tant que
partenaires externes et internes. Le but de cette analyse critique est
essentiellement d’amorcer le débat, d’ouvrir à titre indicatif
certaines pistes qui pourraient être écartées, adoptées, améliorées,
etc.
Mais, au-delà de ces interrogations qui s’adressent avant tout aux
organisations congolaises ainsi qu’à leurs partenaires étrangers, le
souhait majeur est de voir émerger, comme du temps de la Conférence
Nationale Souveraine, un mouvement social fort à même de canaliser
l’espérance têtue du peuple congolais pour un changement et des hommes
et du système néolibéral qui a cessé de respecter l’humain de la
République Démocratique du Congo.
Thierry Nlandu Mayamba, Professeur Ordinaire, Faculté des Lettres,
Université de Kinshasa,E-mail : thierrynlandu@yahoo.fr