Insécurité au Kasaï : on s’entretue à Mweka… !

0
272

Alors que la population de l’espace Grand Kasaï ne s’est pas encore totalement remise de la psychose de l’insécurité qui avait fait des milliers de morts entre août 2016 et juillet 2017, voilà la violence qui refait surface dans le territoire de Mweka, province du Kasaï. On
compte déjà plusieurs morts, victimes d’une nouvelle escalade de violences dans cette partie de la République, précisément aux alentours de la cité de Kakenge, située sur la voie ferrée Kananga –Ilebo.

En deux jours, soit du lundi 29 au mardi 30 janvier 2018, le bilan
provisoire fait état de 9 personnes tuées. Les victimes appartiennent,
pour la plupart, à deux villages proches de la cité Kakenge, en
l’occurrence Bata Isham et Mpiang.

Des sources sur place rapportent que les assaillants, membres des
milices locales, opèrent avec des fusils de chasse calibre 12 et des
machettes. Certains porteraient des bandeaux rouges autour de leurs
têtes.
Par ailleurs, apprend-on, des dizaines de maisons ont déjà été
incendiées dans ce conflit qui commence à prendre des proportions
inquiétantes. On signale que l’hôpital de la cité de Kakenge n’a pas
été épargné. Suite à cette nouvelle montée de l’insécurité, des
résidents des contrées touchées par le conflit vivent actuellement
dans la peur. La plupart d’entre eux ont trouvé refuge dans la
paroisse catholique Christ-Roi de la cité de Kakenge, où ils sont
rassemblés à l’intérieur de l’église.
Selon des témoignages de plusieurs autochtones à Kakenge, le conflit
oppose les « Bena Kalamba » du village Kalamba aux occupants des
villages Bangende et Mpiang. Les premiers cités sont de l’ethnie
Bakete ; tandis que les seconds appartiennent à l’ethnie Kuba. Les
deux « peuples » sont originaires du territoire de Mweka.
Concernant l’origine du conflit, on a jusqu’ici du mal à en déceler
les véritables causes. Toutefois, on laisse entendre que deux
politiciens de l’ethnie Bakete – dont un sénateur et un député
provincial – auraient instrumentalisé les habitants du village Kalamba
lors de leur passage par là, en donnant une somme importante d’argent
au chef du village pour une basse besogne. Des menaces auraient été
même brandies à l’endroit des ressortissants des villages voisins au
cas où des sujets Bakete qui étaient aux arrêts au chef-lieu du
territoire n’étaient pas libérés.
On renseigne qu’à cause d’un meurtre qui avait eu lieu quelques jours
plus tôt, des ressortissants du village Kalamba, présumés en être les
auteurs, ont été mis aux arrêts et placés en détention préventive à la
prison de Mweka. Depuis lors, les rapports étaient devenus tendus
entre les autochtones de la contrée. C’est ce climat de tension et de
méfiance qui serait à la base des atrocités qui replongent
malheureusement, une fois de plus, l’espace Grand Kasaï dans le cycle
des violences !
S’agissant des violences ayant secoué l’espace kasaïen au lendemain
de l’assassinat du chef Kamuina Nsapu, des analystes continuent à
soutenir qu’aussi longtemps que leurs vrais auteurs et commanditaires
ne seront pas clairement identifiés et déférés devant les instances
judiciaires, afin de répondre de leurs actes, on aura du mal à imposer
une paix durable dans cette partie de la république. Certes, des
enquêtes de la justice militaire congolais ont permis l’arrestation de
plusieurs criminels, civils comme militaires, et l’ouverture des
procès, tant à Kinshasa qu’à Kananga, mais les autochtones restent
avec le sentiment d’une entreprise inachevé, ce qui entretient des
frustrations chez des millions de Kasaïens.
On rappelle que les atrocités déclenchées en septembre 2016 au
lendemain de la mort du chef Kamuina Nsapu, tué le 16 août de la même
année, avaient fait plus de 3.000 morts et poussé plus d’un million de
personnes sur le chemin de l’exil, selon le rapport de l’église
catholique et des organisations non gouvernementales chargées de la
défense
des droits de l’homme.
Dom