Inga n’est pas à vendre

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La firme canadienne MagEnergy est en procès avec la Société Nationale d’Electricité (Snel) à la Cour d’Appel de Kinshasa voici trois semaines. Sous prétexte de poursuivre l’Administrateur Délégué Général, Daniel Yengo, et l’Administrateur Directeur Financier Muhiya Lumbu, deux des quatre membres du Comité de gestion de cette entreprise publique à caractère commercial, elle cherche en réalité à arracher le contrôle et la gestion du barrage hydro-électrique d’Inga à la République Démocratique du Congo.

C’est ici que se situe l’enjeu principal d’un dossier judiciaire où l’accusation donne l’impression de ne s’attaquer qu’aux individus alors que la souveraineté nationale est lourdement hypothéquée sur l’autel d’intérêts obscurs. L’opinion publique ne cesse de s’interroger sur les mobiles de l’action judiciaire engagée par MagEnergy contre les deux mandataires de la Snel, dès lors qu’en mai 2008, lors de sa session ordinaire, l’Assemblée Nationale avait clairement établi le caractère léonin de la Convention liant les deux « partenaires », au préjudice de l’Etat congolais, propriétaire du barrage d’Inga. Des voix s’étaient élevées à l’époque à l’hémicycle de Lingwala pour clamer haut et fort que le barrage hydro-électrique d’Inga n’était pas à vendre.

Bloquée par l’Assemblée Nationale, après audition de toutes les parties – ministres de l’Energie et du Portefeuille, délégué de MagEnergy, mandataires de la Snel, Commission Economique et Financière – MagEnergy aurait-elle découvert un maillon faible du côté de l’appareil judiciaire congolais pour exhumer un dossier clos, car puant la magouille ? L’on est en droit de se le demander.

L’on sait une chose dans le contrat Snel-MagEnergy : la firme canadienne n’a jamais fourni la preuve de sa participation financière dans les charges de réhabilitation en cours du barrage hydro-électrique d’Inga. Les 110 millions de dollars américains qu’elle était censée mettre dans la balance semblent relever d’une nébuleuse.

Qu’à cela ne tienne ! Si MagEnergy réussit, par un tour de passe-passe judiciaire, à « s’approprier » Inga, plusieurs générations de Congolais vont trinquer. En effet, le pays va devenir prisonnier d’une firme étrangère qui serait en droit de vendre le courant d’Inga à qui elle veut, en positionnant sa source d’approvisionnement dans un territoire étranger (la ville de Pointe Noire pour le cas d’espèce), sans avoir déboursé le moindre sou. Mais, en plus, la « colonisation » d’Inga par MagEnergy aurait comme autre effet négatif de compromettre tous les plans de commercialisation, par la RDC, de son potentiel énergétique à travers les pays de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe), de la CEEAC (Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale), de la CEDEAO (Communauté de Développement de l’Afrique de l’Ouest).

Ce sont des milliards de dollars de rentrées en devises fortes, sur plusieurs décennies, que la RDC est en passe d’hypothéquer. On avait connu, au lendemain de l’indépendance, le fameux contentieux belgo-congolais. Tout le monde sait quel gâchis économique avait induit, pour notre pays, sa mise entre parenthèse. Tout récemment, un contentieux congolo-chinois a failli germer à partir des contrats miniers, n’eut été la vigilance de certains compatriotes en embuscade à l’Assemblée Nationale et des Occidentaux, visiblement inquiets de voir le peuple congolais intégrer un nouveau cycle de surendettement.

Les Congolais ne veulent pas d’un contentieux Snel-MagEnergy ayant pour soubassement le bradage du barrage hydro-électrique d’Inga. Il appartient donc aux magistrats congolais de dire le bon droit, en pensant d’abord aux intérêts de la République. La pire des erreurs qu’ils commettraient serait de se tromper de cible, Inga est un patrimoine national à ne pas vendre aux enchères.

                                                                                                                                Kimp.

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