Inga 3 : nouvelles inquiétudes de la société civile

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Inga-2La dynamique des organisations et acteurs de la société civile congolaise dénommée «Synergie de la société civile sur Inga», a tenu un point de presse hier mercredi 02 décembre 2015 au siège du Conseil National des Organisations Non Gouvernemental de Développement (CNONGD) situé dans la commune de Limete. A cette occasion, elle a exprimé ses inquiétudes quant au processus de mise en œuvre du projet Inga 3, qui, selon elle, est entaché d’un certain nombre d’irrégularités, en plus de la pauvre communication dont ont fait montre ces gestionnaires.

En tant que défenseur et gardien du respect des droits des communautés et des populations, la «Synergie de la société civile sur Inga» a, dans sa déclaration lu par Me Eric Kasongo, déploré sa mise à l’écart lors de l’examen du contenu et des commentaires du document d’appel d’offre relatif au projet soumis aux développeurs de ce dernier. Ce qui soulève, a-t-elle fait remarquer, des questionnements en ce qui concerne la bonne gouvernance, la transparence dans les contenus des contrats, les bénéfices que tire la population congolaise dans la construction de ce barrage, mais aussi, l’évaluation des impacts environnementaux et écologiques sur la faune et la flore sur cet espace de savane, en plus de l’incidence sur les populations, celle-ci étant appelé à être délocalisée au profit du barrage.

            On signale que la construction de Inga 3 est la 1ère phase de la construction du Grand Inga, un ensemble de six barrages qui vont êtres érigés, en différentes phases et séquences, en plusieurs centrales à ajouter au fil des étapes, sur les rives du fleuve Congo dans le site actuel d’Inga avec l’ambition d’atteindre une production totale de 44 000 MW pour constituer la plus grande centrale hydroélectrique de l’Afrique. Elle sera alors destinée à fournir l’énergie électrique à la moitié du continent.

            Le projet Inga 3 basse chute qui doit démarrer en 2017 et dont le coût de construction est estimé à 8,5 milliards de dollars ambitionne quant à lui, de fournir un nouvel accès à l’électricité à 7 millions d’habitants de la région métropolitaine de Kinshasa, grâce aux 1000 MW qui lui seront attribués sur les 4 800 MW que devra produire le barrage. Techniquement, il consiste en une inondation de la vallée de la Bundi sur une quinzaine de kilomètres, avec un débit de 40 000 mètres cubes par seconde.  Elle n’implique   pas un barrage sur le fleuve Congo, mais une prise d’eau sur son affluent, pour produire une électricité à coût très attractif selon le gouvernement.

            Vu la hauteur de ce méga projet qui serait une première pour la RDC, le CNONGD a rappelé le rôle important de la société civile dans sa mise en œuvre. Elle a ainsi formulé des questions aux intéressés sur le sort de la cellule de gestion INGA3, CGI3, après la création de l’ADPI (Agence pour le Développement et la Promotion du site d’Inga) par le chef de l’Etat en date du 13 octobre 2015, et à la tête duquel un chargé des missions relevant directement de la Présidence de la République a été placé. En plus de multiples autres zones d’ombre sur lesquelles la Synergie désire être éclairée, elle s’est interrogée également sur le contenu des contrats signés par les consultants étrangers, lesquels demeurent encore inconnus de la SC, alors que la Banque mondiale est supposée travailler dans la transparence.

            Raison pour laquelle, elle a appelé les bailleurs de fonds qui assistent la RDC dans le cadre de ce projet (groupe BM et BAD) à ouvrir un espace de dialogue permanant pour faciliter les échanges avec la société civile et permettre de structurer les négociations légitimes liées à une sérieuse prise en compte des droits des communautés et autres personnes susceptibles d’être affectées par le projet. Et aux institutions étatiques mises en place par le gouvernement (CGI3, ADPI), de garantir une participation effective des OSC à toute discussion, toute réunion, en vue de se mettre à l’abri de tout soupçon de corruption, d’abus et de mauvaise gouvernance.

Myriam Iragi