Infections  en milieu hospitalier : Kinshasa 19%, arrière-pays 33%

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« L’impact des maladies nosocomiales ( infections contractées en
milieu hospitalier)  en RDC : Risques et mesures d’éradication » est
l’intitulé du thème débattu le mercredi 28 juin 2017 au Centre
Wallonie Bruxelles  par un panel des spécialistes de l’hygiène
hospitalière composé de  Jacques Zandibeni, Hyppolite Situakibanza et
Lys Kwimi.
La journée d’information animée par ces 3 orateurs  et destinée à la
corporation médicale et au public est une initiative conjointe  de
l’ong «Collines de Selembao» et la Délégation Wallonie Bruxelles.
Appelé à ouvrir le bal, Zandibeni, professeur assistant à l’Unikin, a
défini l’hygiène hospitalière comme une science qui étudie les
pratiques et mesures censées être mises à la disposition du personnel
de santé en vue de réduire de manière drastique les infections
nosocomiales.
Phénomène peu documenté jusqu’ici en RDC, il n’épargne aucun hôpital.
Il est à la base d’un taux élevé de mortalité maternelle, néonatale et
d’autres cas de morbidité. Selon cet intervenant, les études menées
récemment sur des cas  des décès liés aux maladies nosocomiales  dans
divers coins du monde  font état des taux de prévalence inquiétants :
Méditerranée  Orientale et  Asie du Sud Est 11, 8 %, Europe 7,7 % ;
Afrique 10 à 60 % (selon les  régions du continent noir).

Chiffres inquiétants
En RDC,  les études menées   sont jusqu’ici parcellaires et donnent
des chiffres suivants : Kinshasa 19% et 33 % en provinces.
A  l’en croire, les docteurs Kahindo (Kinshasa) et Kasongo (
Lubumbashi) qui ont publié cette année des résultats des enquêtes sur
les décès survenus au terme des séances de réanimation dans les 2
villes sus évoquées, la prévalence des cas de morbidité  est de 23,5 %
pour la capitale et 33% pour Lubumbashi.
Quant aux facteurs qui favorisent la montée en puissance des
pathologies nosocomiales, il a cité le brassage intense entre patients
infectés, le personnel soignant et les visiteurs ainsi que le
regroupement dans un espace réduit des malades atteints de diverses
infections et parfois graves, l’utilisation des techniques invasives……
Les infections associées aux soins, a soutenu cet intervenant,
peuvent survenir au cours ou pendant la prise en charge d’un patient.
Egrenant les problèmes d’hygiène qui se posent dans de nombreux
hôpitaux, il a épinglé la problématique des eaux usées, des bâtiments
inadéquats et mal entretenus, les carences d’eau potable,
d’électricité, des produits de désinfection, des consommables ainsi
que les problèmes de literie, des laborantins travaillant à mains
nues.
L’hygiène doit être au cœur du fonctionnement quotidien des hôpitaux,
a-t-il insisté. Revenant aux aspects spécifiques des infections
nosocomiales dans les pays à faibles revenus, il a ciblé le taux élevé
d’occupation des lits, le comportement des gardes malades, les
pesanteurs culturelles.

Négligence coupable
D’une manière générale, les médecins semblent se désintéresser de
l’hygiène dans les hôpitaux, laissant ce problème aux paramédicaux.
Evoquant quelques articles de la Constitution relatifs à la nécessité
d’avoir    un environnement  sain  en milieu hospitalier, il a indiqué
que la loi en la matière devrait être appliquée. Zandibeni a préconisé
la constitution des comités d’hygiène hospitalière  comprenant des
médecins et des paramédicaux pour mieux s’attaquer aux infections
nosocomiales.
Il a exhumé une récente disposition du gouverneur Kimbuta sur le
problème d’hygiène en milieu hospitalier.
Situakibanza a mis un accent particulier sur le mode de transmission
des infections nosocomiales,  expliquant en détail comment un patient
peut  infecter le personnel soignant et vice versa et  le système auto
door peut éviter l’infection de nombreuses personnes. Chaque patient
devait avec lui sa flore des bactéries à l’hôpital, a-t-il conseillé.
Aux USA, a précisé ce professeur de l’UNIKIN, un patient sur 136 a
des  chances de contracter des infections nosocomiales.  Répondant aux
questions des infirmiers et médecins, et abordant celle du rasage
pratiqué avant une opération chirurgicale, il l’a déconseillé au motif
qu’il peut provoquer des entailles. Selon lui, coiffer la partie
ciblée avant une opération est une très bonne chose.
Infirmière de formation et diplômée d’une école de Toulouse en
hygiène hospitalière,  Kwimi a décliné à l’intention du public les
caractéristiques des tenues personnelle et professionnelle d’une
infirmière ou d’une femme  médecin.
Il a insisté  sur la nécessité pour des centres de santé d’être dotés
des douches appropriées et de plusieurs vestiaires  pour permettre au
personnel soignant de se changer sans difficulté. Ces mesures,
a-t-elle précisé, sont censées les protéger contre des infections
nosocomiales.
«Collines de Selembao» est une ong créée par Cécile Edungu, qui
réside à cheval entre la RDC et la Belgique.
Jean-Pierre Nkutu