Indépendance Cha Cha Cha : témoignage d’un photographe

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Le Centre culturel « Les Monts des arts » poursuit la série de conférences-débat instaurée dans le cadre de l’année jubilaire de 50 ans d’indépendance de la RD Congo. Etaient invités à croiser leurs regards, jeudi 27 mai dernier, les artistes de la génération cinquantenaire: Me Liyolo Alfred, un sculpteur de facture internationale et le photographe Kuhanuka Constantin. Le premier cité n’a pu se présenter au rendez-vous. Mais, le public n’a pas regretté de s’être déplacé au Centre « Les Monts des arts » où le photographe Kuhanuka l’a enrichi sur les péripéties de la photographie en RD Congo. Né un certain 18 octobre 1943 à Kisandji, une mission catholique située au sud de la Province de Bandundu, Kuhanuka Constantin est fils d’un enseignant. « Nous recevions des visiteurs à tout moment. Bon nombre d’entre eux cherchaient des conseils auprès de mon défunt père considéré comme un model de sagesse. Il possédait un appareil photo Box Agfa 6×6 avec lequel j’ai commencé à immortaliser les souvenirs.» Ses œuvres de grande qualité artistique étaient exposées tout autour de l’espace d’échanges. 

Débuts à 14 ans !

Dans sa curiosité d’enfance, Kuhanuka s’est accroché à la prise des vues dès l’âge de 14 ans, soit en 1956. « Un jour, j’ai fait connaissance d’un photographe ambulant du nom de Shapidi. S’apercevant de ma passion pour la photo, il m’adopta. C’est avec lui que j’ai appris à développer les photos avec une lampe tempête ! J’ai exercé ce métier depuis l’école primaire jusqu’à ce jour. »

En effet, pour parfaire son métier, Kuhanuka a quitté son village natal pour  Léopoldville (Kinshasa). « Comme mon ambition était de devenir un portraitiste  à l’instar d’une célébrité de l’époque, Alberto, un sujet portugais qui fut domicilié au building Alimentation Express sur le Boulevard du 30 juin, j’ai fréquenté des collègues expérimentés. D’autre part, mon frère aîné Makasinga Gregoire m’a persuadé de faire du reportage. Il m’a convaincu dans ce sens car lui-même s’était procuré sa première voiture Opel grâce à un reportage et du labo. A cette époque, seuls quelques expatriés dont notamment des Angolais possédait des studios à l’exemple de Photo Pedro, Santos, Diogo, Dieu ne dort pas, etc. »      

Ouverture d’esprit

Pour l’orateur du jour, le métier de reporter lui a ouvert beaucoup d’horizons. « J’ai pu approcher des Rois du monde, des Chefs d’Etats, des ambassadeurs, des ministres, des hommes d’affaires, des religieux, des malades, des riches et des pauvres, des vieux, des jeunes et des artistes. Grâce à la photo, j’ai découvert la beauté de toutes nos provinces, de Moanda à Libenge, en passant par Goma, Lubumbashi et Mbuji-Mayi. »

Avec l’avènement de la photo instantanée Polaroïd, Kuhanuka dit s’être adonné à cœur joie avec son collègue Tangundu, vers 1967, à des prises jusqu’aux petites heures du matin. « Après quelques heures de repos, nous reprenions nos rondes à Funa Club pour boucler le soir aux concerts musicaux. »

Carrière professionnelle

En 1980, le reporter du Parlement Ndjoko Patrice alias Photo Gentil est mis à la retraite. C’est le reporter Kuhanuka qui lui succède, jusqu’à ce jour. Il est pratiquement de tous les voyages officiels. « Ce qui m’a marqué le plus, c’est d’avoir voyagé 4 fois à l’extérieur. Durant mes reportages, j’ai dû côtoyer et même dîner avec des Chefs d’Etats. Ce qui m’a choqué le plus, c’est l’incendie qui avait décimé toutes mes archives. C’était cinq jours après l’arrivée de l’AFDL à Kinshasa, le 22 mai 1997 ! »

En outre, Kuhanuka a publié dans plusieurs journaux de la place. Nous citons, par exemple, Elima, Salongo, Le Progrès, la revue culturelle Lokolé, Renaître, Deux éditions du Ciciba, Eclairage, Africa News, les Deux Rives ou encore l’édition spéciale sur Luambo Makiadi et dans la revue du Sénat.

Conclusion

L’artiste photographe Kuhanuka déplore  le manque des structures d’archivage pour l’histoire de notre pays. Et, pourtant, poursuit-t-il, « les applications de la photo nous collent à la peau depuis la formation du fœtus (Echographie) à la naissance jusqu’à  la pierre tombale. Dans l’enseignement, la médecine (Radiologie), dans les sciences (les photos de l’espace), dans le commerce (les panneaux publicitaires et tissus), dans la politique (les campagnes électorales), dans la police (recherche des criminels), dans la presse (TV, Internet), la liste est longue. Dans notre pays, il n’existe pas une académie où la photo est enseignée d’une façon scientifique. Nous sommes en  retard. »

Constat de regret que le public a mis AU PASSIF du gouvernement qui ne manifeste aucun intérêt pour la sauvegarde du patrimoine national. 

Eddy Kabeya     

 

 

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