Hypertension : le ministre de la Santé préconise un front commun

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 « Il est enfin temps que l’on mette un accent particulier sur l’hypertension, cette maladie qui décime de nombreuses vies humaines déjà fragilisées par de multiples agressions », a insisté hier à l’Hôtel Memling, Victor Makwenge Kaput, à la cérémonie d’ouverture du Séminaire international d’enseignement pour la prévention et le contrôle de l’hypertension. Le ministre de la Santé qui s’est réjoui de voir d’éminents professeurs de médecine venir à Kinshasa partager leurs connaissances et expériences sur l’hypertension avec les professionnels de la santé en Afrique, a plaidé pour une prise de conscience de la maladie, et encouragé la formation du personnel soignant, ainsi que les recherches entreprises autour de la maladie.

Des assises de Kinshasa, il attend qu’elles nous apprennent de nouveaux moyens de dépistage de la maladie, et nous aident à mettre sur pied des stratégies de prévention et de lutte contre l’hypertension. Aussi a-t-il souhaité de fructueux échanges entre les spécialistes et des débats enrichissants pour les participants venus de l’Afrique et de l’Europe.

Auparavant, le président du comité d’organisation a souhaité la bienvenue et un séjour agréable à Kinshasa, à tous les congressistes au rang desquels il a signalé la présence de René Fagard, président de la Société internationale d’hypertension, le président de la Société européenne de nephrologie, la Ligue mondiale contre l’hypertension, la Fédération mondiale du cœur et le délégué de l’OMS. Le représentant du recteur de l’Université de Kinshasa, le doyen de la Faculté de médecine, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le président du Conseil national du Synamed, des médecins-directeurs de grands hôpitaux de Kinshasa, notamment le Dr Tshiamala des Cliniques Ngaliema, de nombreux professeurs et étudiants des facultés de médecine des universités publiques et privées, ainsi que des médecins intéressant par les questions de l’hypertension, assistaient également à cette conférence.

L’objectif de cette rencontre, a indiqué le Prof. Dr René Mbuyamba, est d’accroître les capacités des professionnels de la santé dans la prise en charge des personnes souffrant d’hypertension, mais aussi de comprendre l’importance et arrêter des stratégies pour réduire les conséquences de cette maladie en Afrique noire. En effet, selon une étude, la prévalence de l’hypertension en Afrique est de 30 %. Cela est dû entre autres, à l’obésité, au manque d’exercice physique, aux disparités sociales et  à la pauvreté.

Pour lui, guérir les conséquences de l’hypertension coûte plus cher que la prévention, surtout lorsqu’on sait que l’hypertension entraîne plusieurs risques dont l’accident vasculaire cérébral et l’insuffisance rénale. D’où l’importance d’informer et de sensibiliser les médecins africains pour une meilleure prise en charge des malades et améliorer la santé des personnes atteintes d’HTA.

Le président de la Société internationale d’hypertension estime que l’hypertension est un problème majeur de santé publique dans le monde entier, par sa forte prévalence, les décès prématurés de suites de l’accident vasculaire cérébral et des complications cardiaques et rénales. R. Fagard préconise pour réduire les complications de l’hypertension, qu’il faille absolument former le personnel soignant et éduquer les malades. Telle est pour lui, la raison majeure de ces assises.

Père de l’hypertension en Afrique, le professeur Seedat a relevé pour sa part qu’autrefois rare en 1929, la maladie devient de plus en plus fréquente dans tous les pays. Evoquant les causes de l’hypertension, il cite entre autres, l’urbanisation due à l’exode rural, l’absence d’exercices physiques caractérisée par la sédentarité, la consommation excessive de sel, d’alcool, de tabac, la pauvreté et les stress.

Les populations en Afrique et dans les pays sous-développés vivent avec moins d’un dollar par jour. Ce qui, à ses yeux, rend les maladies coûteuses, alors que dans les pays développés, les dépenses vont dans les parfums, la cigarette et les guerres.

1ère session sur l’épidémiologie et la prise de la mesure de la pression artérielle

La première session du séminaire international a démarré avec l’intervention du professeur Damasceno sur « L’épidémiologie de l’hypertension artérielle et des facteurs de risques associés en Afrique.

Le professeur Damasceno a saisi cette occasion, pour présenter un tableau de la situation épidémiologique de l’hypertension dans quelques pays, notamment au Kenya, au Mozambique, en Afrique du sud, au Cameroun et au Mexique, faisant ressortir en même temps le rapport entre les hommes et les femmes souffrant de la maladie. L’hypertension est devenue un problème de santé publique en Afrique à la suite du taux élevé de mortalité et de morbidité de son, et de nombreuses études menées sur le terrain. Depuis 1929 jusqu’en 2009, on a vécu pendant près d’un siècle avec la maladie et c’est aujourd’hui qu’une prise de conscience s’est manifestée dans tous les pays pour sensibiliser les hypertendus sur leur état et accroître les capacités du personnel soignant pour une prise en charge des malades.

Un survol du catalogue des causes de l’hypertension, le professeur Damasceno s’est ensuite étendu sur le tableau comparatif entre les zones urbaines où le mode de vie favorise la maladie, et les zones rurales qui sont bonnes pour préserver une santé saine. De la disparité entre la pression systolique des migrants kenyans et celle de Kenyans restés dans leurs villages, il a fait remarquer que le problème de l’urbanisation devient de plus en plus un problème mondial. Car, de plus en plus, des gens qui vivent en villes, sont obèses, connaissent des excès de poids, consomment excessivement le sel, l’alcool et sont stressés.

En Afrique, a noté l’éminent professeur, les femmes sont plus obèses que les hommes, étant donné que ces derniers préfèrent les femmes plus charnues. Et par cette culture, les femmes minces sont assimilées aux personnes souffrant du VIH.

Les études récentes montrent que les femmes sud-africaines sont plus obèses que les Mexicaines et les Américaines, et souffriraient plus de l’infarctus du myocarde. Au Cameroun, a relevé l’étude du chercheur Jean Mbanya, plus vous restez en ville, plus vous devenez obèse avec des risques élevés de d’attraper l’hypertension et le diabète.

En Afrique subsaharienne, fait ressortir une étude de l’OMS, dans la population des adultes âgés de plus de 30 ans, 18 millions souffrent de diabète. En 2005, cette institution du système des Nations unies a noté que 80 % des maladies chroniques, cardiaques, le cancer et autres sont enregistrées dans les pays en développement où vivent les populations urbaines.

Le professeur Damasceno a relevé d’autre part, de cette étude qu’il y aura dans les dix prochaines années, une augmentation des maladies chroniques et 137 millions de personnes en mourront.

En Afrique, des gens qui vivent dans les villages sont protégés des maladies chroniques.

Le prof. Mbuyamba recommande l’utilisation du matériel de prise de la tension

C’est par une série des recommandations que le professeur Jean René Mbuyamba a sensibilisé les participants sur l’intérêt de la prise régulière de la mesure de la pression artérielle tant au cabinet médical qu’à domicile et dans quelques positions. Pour minimiser les risques importants d’erreurs pouvant fausser la décision quant à la médication, il a attiré l’attention de ses collègues médecins sur le choix judicieux du type, de la qualité et de la fiabilité des appareils de mesure aussi bien par le personnel soignant que par les malades eux-mêmes ou d’autres personnes, avant de conseiller un tensiomètre automatique.

Comment prendre la pression artérielle dans les milieux modestes ? C’est à cette interrogation qu’il a répondue en donnant une panoplie des étapes.

Cette démarche doit débuter par la recherche de l’histoire médicale ( l’anamnèse), l’histoire familiale du malade et se poursuivre avec l’examen médical clinique, les investigations utiles( la modification de la mode de vie) et le traitement médicamenteux.

Quant à l’évaluation du sujet hypertendu, a fait observer le président de la CHL, il recommande un tensiomètre validé avec un brassard approprié et a attiré l’attention des participants sur les spécifications requises pour un bon matériel, notamment les dimensions des brassards et la manière d’effectuer l’examen physique. Toutefois, il a prévenu sur les erreurs éventuelles dans la prise de la mesure de la pression artérielle. Entre autres, le professeur Mbuyamba Kabangu cite un tensiomètre dysfonctionnel, des fuites, un sthétoscope défectueux et brassard disproportionné par rapport au bras du sujet hypertendu. Les erreurs peuvent aussi provenir de l’examinateur qui serait mal voyant ou mal entendant, inattentif. Il mérite d’être lui-même examiné. Enfin, il y a des erreurs liées au patient, telles que les positions couchée, assise et debout, celles du bras par rapport au niveau du cœur. Et des facteurs biologiques comme l’anxiété, le repas, le tabac, l’alcool.

Dans le paquet des conseils pour un contrôle de la pression artérielle à domicile, il relève l’automesure, la surveillance de la réponse au traitement et l’identification de l’hypertension «blouse blanche».

Le chef de l’unité d’hypertension à l’hôpital universitaire de Kinshasa a formellement déconseillé le tensiomètre à mercure qui est polluant et comporte des risques de contamination au cancer, bien qu’il a été utilisé pendant plus d’un siècle. Les principaux problèmes sont notamment que le tensiomètre soit disponible, accessible du point de vue de prix et facile à maintenir.

2ème session : complications cardiovasculaires de l’HTA en Afrique

Cette session a été ouverte avec l’exposé du professeur R. Fagard de l’université de Leuven sur «  L’importance de la mesure ambulatoire de la pression artérielle ». A partir des graphiques, il a montré l’évolution des mesures prises sur des sujets vivant en villes et dans les villages, les Noirs et les Blancs, les femmes et les hommes.

Aussi pour se faire mieux comprendre, le président de la Société internationale d’hypertension a rappelé quelques définitions, le diagnostic de cette maladie, l’évaluation et la stratification du risque chez le patient hypertendu. Ses explications ont été illustrées avec des mesures de la pression systolique et celle de la pression diastolique, prises au cabinet médical et hors cabinet.

Il a donné par la suite le type d’hypertensions. La tension normale ou normotension, la tension «blouse blanche», l’hypertension masquée et l’hypertension soutenue.

De ce discours scientifique hermétique, seuls les « initiés » ont saisi la quintessence de l’examen d’événements cardiovasculaires, au regard de l’analyse statistique qu’il a développée et qui a suscité un intérêt croissant pour les nephrologues avertis et les étudiants en médecine.

Dans sa conclusion,  le professeur Fagard a donné un aperçu de la méta-analyse en insistant sur la valeur prédictive de la pression artérielle pendant la journée et pendant la nuit. A ses collègues, il a dévoilé les méthodologies et les critères d’évaluation de la mortalité totale, la morbidité cardiovasculaire, les maladies coronariennes, l’accident vasculaire cérébral et les maladies cardiovasculaires.

Pour lui, il faut tenir compte lors de ces démarches scientifiques, des variables tels que le tabagisme, l’alcool, le sexe, l’âge, le cholesterol total, le diabète et traitement, avant de souligner les avantages et les désavantages de l’autoprise de la pression artérielle.

La deuxième session s’est poursuivie avec comme orateurs, le professeur Stéphane Laurent avec «  Définition, diagnostic, évaluation et stratification du risque chez le sujet hypertendu », son collègue G. London a entretenu l’assistance sur les complications cardiovasculaires de l’HTA en Afrique. Le professeur N. Lameire a planché sur «  Les complications rénales de l’HTA et leur prise en charge » et le professeur S. Laurent est revenu sur des questions essentielles : «  Quand, qui et comment doit-on traiter ?

Les travaux se poursuivent aujourd’hui avec d’autres exposés médicaux de haute portée scientifique.

J.R.T.

 

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