Hypertension : 30 % des Kinois adultes concernés

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C’est une véritable sonnette d’alarme que le Prof. Dr Jean-Réné Mbuyamba Kabangu, président de la Congolese Hypertension League et vice-président de l’International Forum Hypertension In Africa, a tirée hier après-midi, au journal Le Phare, qui le recevait en compagnie de son collègue Dr. Marc Twagirumukiza de l’Université de Gand et professeur de pharmacologie clinique à l’Université nationale du Rwanda : « 60 % des malades d’hypertension dans la ville de Kinshasa ignorent leur état. Ce pourcentage est pratiquement le même pour les autres villes du pays, voire les villages » !

Selon les études réalisées à Kinshasa en 2008, a indiqué le chef de l’unité d’hypertension aux Cliniques universitaires de Kinshasa, 30 % de la population kinoise comprenant des adultes âgés de 20 ans et plus sont atteints par la maladie. 60 % des malades ignorent leur état. Et sur les 40 % qui savent qu’ils sont malades, seuls 20 % sont bien traités. Voilà le tableau sombre de l’évolution de l’hypertension dans une ville de Kinshasa abritant plus de six millions d’âmes. 

A l’invitation de Polydor Muboyayi Mubanga, l’éditeur-directeur général du Phare, le Prof. Dr Jean Réné Mbuyamba a accepté de venir sensibiliser les membres de notre rédaction, et à travers eux, des millions de Congolais et d’Africains sur l’évolution de la maladie, l’ignorance presque généralisée des malades de leur état, des problèmes de prise en charge, de l’économie de l’hypertension, ses facteurs de risques et les dangers qu’elle présente.

Le président de la CHL en a profité pour livrer quelques recettes sur la prévention de la maladie et prodiguer des conseils quant au régime alimentaire et à l’activité physique susceptibles de nous éviter l’hypertension artérielle que l’éditeur directeur général du Phare qualifie de «  tueur silencieux ».

Mais pourquoi ce congrès et pourquoi Kinshasa ? A cette question de Polydor Muboyayi, le président de la CHL a tenu à rappeler l’historique de ce congrès qui a vu le jour à l’issue du Forum international pour la prévention et le contrôle de l’hypertension en Afrique ( IFHA) tenu en 2003 à Bruxelles, avant de donner quelques réalisations positives. Entre autres, il a cité la formulation des recommandations pour bien prendre en compte l’HTA et tous les autres facteurs des risques. Plusieurs réunions préliminaires se sont succédées pour aboutir à l’organisation du congrès. Le premier s’est tenu en 2005 à Yaoundé, au Cameroun, et le deuxième congrès a eu lieu en 2007 à Nairobi, tandis que le troisième s’est déroulé à Abuja, au Nigeria, en septembre 2009. A ce dernier congrès, la décision fut prise pour que le congrès se tienne chaque année.

Pourquoi Kinshasa ? La capitale congolaise a été choisie, a fait remarquer le Prof. Dr Jean-Réné Mbuyamba, parce qu’elle a participé aux travaux de recherche de l’IFHA et dispose des données sur l’évolution de la maladie, telles qu’elles ont été rassemblées par VITHARA ( Visite de la THA en Afrique). En outre, les spécialistes ont un ensemble d’informations à communiquer aux professionnels de la santé. Enfin, Kinshasa coordonne une autre étude sur la maladie appuyée par l’organisme NOA.

Mais quelle est l’évolution de la maladie à Kinshasa et pourquoi la sensibilisation traîne le pas ? a cherché à savoir l’éditeur-directeur général du Phare.

Pour le président de la CHL, les malades ne sont pas informés de leur état. Car, la maladie ne donne pas des symptômes. Tout le monde peut l’attraper, général d’armée, parlementaire, éditeur de journal et même des journalistes. C’est seulement lors de la prise de la tension à l’hôpital que l’on se rend compte qu’on est malade, constate le chef de l’unité d’hypertension à la clinique universitaire de Kinshasa. Il a insisté sur le caractère asymptômatique de ce «  tueur silencieux » qui fait beaucoup des ravages. Les malades ne se soignent pas. Il n’a pas manqué de lâcher au passage un principe qui fait frémir. «  Une hypertension d’un jour est une hypertension de tous les jours. Et a déploré la négligence face à cette maladie qui tue plus que les autres.

Le Prof. Dr Mbuyamba Kabangu a alors abordé l’économie de la maladie, en parlant des difficultés de prise en charge des malades congolais qui avec leurs minables revenus, ne peuvent suivre les soins jusqu’au bout. Les médicaments coûtent très cher.

Dans le cadre de VITHARA, une étude a été menée dans la ville de Bukavu et dans la chefferie de Kasika où l’on a enregistré des proportions semblables à Kinshasa, notamment 27 à 30 %. Ce qui laisse penser que l’hypertension artérielle n’est pas seulement une maladie de la ville, mais aussi des villages.

Si le 1/3 de la population est atteint de la maladie, qu’en est-il de la prise en charge et des véritables causes de cette maladie ?

A cette préoccupation d’un membre de la rédaction du Phare, le chef de l’unité d’hypertension aux Cliniques universitaires de Kinshasa répond d’emblée qu’il y a deux catégories d’hypertension artérielle dont pour la première, les causes sont connues et pour la seconde, elles sont inconnues. Il relève que si les facteurs de risques sont identifiés, la lutte pour la prévention commence dès le bas âge. Souvent quand la maladie se manifeste, elle peut provoquer l’invalidité.

Aussi pour une bonne prise en charge, il est recommandé de recourir à la prévention, afin que la maladie ne se manifeste pas. Et quand elle est là, qu’elle ne dégénère pas.

Quelles sont alors les précautions à prendre ?

C’est ici que le Prof. Dr Mbuyamba Kabangu a développé quelques notions de médecine préventive. Pour lui, l’hypertension artérielle est aussi une maladie cardiovasculaire grave qui peut toucher le cerveau, le coeur,  les reins, les yeux et d’autres organes.

Dévoilant quelques facteurs des risques, il a épinglé d’abord l’excès de poids qui aboutit à l’élévation de la pression artérielle et la consommation excessive du sel de cuisine. Pour ce dernier cas, le chef de l’unité d’hypertension aux Cliniques universitaires a fustigé la campagne de consommation de sel iodé qui minimise ce facteur de risques. Il ne faut pas déshabiller Saint Pierre pour habiller un saint inconnu, a-t-il fait observer.

Il a poursuivi son énumération en citant la consommation excessive d’alcool, le stress de la vie et la consommation incontrôlée des graisses animales. Dans la ville de Kinshasa, le Prof. Dr Mbuyamba s’est dit étonné de voir des gens raffoler des croupions de dinde, des brochettes des graisses animales surnommées «  Ya Jean » et autres mets.

Pour lui, l’obésité et l’absence d’exercice physique régulier sont des facteurs à la genèse de l’hypertension artérielle. A ce sujet, il préconise l’éducation des gens, en commençant par celle de la femme ou de la mère et de l’enfant dès le bas âge.

A l’occasion de ce 4 ème congrès, un reporter du Phare a déploré l’absence d’une campagne de sensibilisation de la population sur les facteurs de risques, notamment le régime alimentaire. Dans sa réponse, l’enseignant de la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa tranche que la prise de décision sur le régime alimentaire ne doit pas être une loi. Il faut des examens de démonstration, l’éducation de la femme et de l’enfant. Car, c’est elle qui doit donner une nourriture saine et équilibrée à sa famille et inculquer cette culture.

Lors d’une conférence qu’il a animée à Kananga, il a soulevé cette question alimentaire en invitant les gens à consommer le « matamba » et non le « pondu ». Où est donc la différence ? Avec un sens particulier de l’humour, il a fait savoir que le matamba est préparé à partir des feuilles de manioc finement coupées et moins écrasées au pilon. Ensuite, assaisonnées avec des tranches d’aubergines, une pincée de sel, une larme d’huile de palme, avec quelques termites. Le tout préparé dans une casserole en argile. Le « pondu » par contre, ce sont les feuilles de manioc pulvérisées à la machine, préparées dans une marmite en aluminium, dans laquelle ont été déversés une bouteille d’huile de palme, un kilo de pâte d’arachide, un kilo de pieds de porc et des tranches de poissons fumés.

Pour ce médecin défenseur de l’alimentation bio, il faut consommer «vert». Il a toutefois relevé que d’une étude réalisée en 2007 et 2008 dans la ville de Kinshasa, il a été curieux de constater que ceux qui consomment le régime vert, constitué des feuilles, souffraient plus de diabète, d’hypertension artérielle et d’autres maladies. L’explication de cette situation ne s’est pas faite attendre. Le Prof Mbuyamba est d’avis que les légumes sont mal conservés, même si les légumes et les fruits viennent de la même terre.

Que faut-il pour un régime alimentaire sain et équilibré ?

Un autre journaliste du Phare, Jacques Kimpozo Mayala, s’est intéressé aux conséquences de l’utilisation de l’huile de palme. Dans sa réponse, il a fait remarquer que l’huile de palme était jadis réputée protectrice. Aujourd’hui, on est arrivé à constater qu’elle provoque des plaques, d’où il faudrait reconsidérer cette dimension et préconiser d’autres huiles.

Dr Mbuyamba a déconseillé le recours aux acides gras polysaturés, aux graisses et huiles animales. Et comment améliorer son régime alimentaire ? Reconnaissant l’expertise d’autres techniciens, il recommande que pour ce genre des questions, il faille recourir aux nutritionnistes. C’est eux qui doivent nous proposer à la lumière de leurs études et recherches, les aliments pouvant constituer notre régime alimentaire sain et équilibré.

A la question de savoir la différence entre les facteurs des risques liés au diabète et à l’hypertension artérielle, l’invité du Phare a présenté leur similitude. Il reconnaît toutefois que ces deux maladies se manifestent avec l’obésité, l’inactivité physique, l’élévation de la pression artérielle. Le diabète se singularise par la production insuffisante de l’insuline. Il y a aussi la résistance à l’insuline qui est sous-djacente aussi à l’HTA et au diabète et que l’on surnomme l’insulino-résistance.

Cet entretien avec le chef de l’unité d’hypertension aux Cliniques universitaires de Kinshasa, a tourné par moment en une sorte de séance académique. Le Prof. Dr Mbuyamba a expliqué de temps à autre le fonctionnement de certains organes affectés par la maladie. Tel est le cas de l’occlusion des vaisseaux sanguins par les huiles animales. Ce qui entraîne l’absence d’alimentation des cellules en oxygène et conduit à une mort inéluctable. Quand il s’agit des cellules du cerveau, on aboutit à l’infarctus du cerveau. Et pour le cœur, c’est l’infarctus cardio-vasculaire. Voilà pourquoi il recommande la consommation des huiles non animales et sans cholésterol.

Et qu’en est-il des reporters qui pour leur collecte d’informations font une longue marche à pied ? Le Prof. Dr Mbuyamba retient qu’à la genèse de l’HTA, il y a deux catégories de facteurs de risques modifiables et non modifiables. Pour les facteurs non modifiables, il a cité le sexe en soulignant le fait que le sexe masculin prédispose à la maladie, l’âge avance et la tendance à l’HTA arrive. Enfin, il y a l’hérédité. Pour ce clinicien de renom, l’enfant de sa mère a bénéficié de cette dernière, une dotation génétique qui le prédispose à certaines maladies. Ce sont là des facteurs de l’environnement. Parmi les facteurs modifiables, le président de la CHL cite l’exercice physique en recommandant 30 à 45 minutes par jour. Plus est intense cette activité, plus on réduit les facteurs de risque. Il faut faire la mesure de la tension et des examens. Car, c’est dans les urines qu’on décèle quelques témoignages de la maladie.

Enfin, un autre reporter a demandé les conséquences du réchauffement climatique sur la maladie. Tout dépend de la vie de la communauté, a-t-il fait savoir, avant de relever que la température s’élève et elle est vécue comme un stress. Des études pourront montrer dans chaque pays, l’impact du réchauffement climatique sur les personnes et sur l’évolution de certaines maladies.           

                                   J.R.T.

 

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