Hôpital du Cinquantenaire : nouveau site touristique ? : le ministre de la Santé devenu guide des visiteurs

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Hôpital du cinquantenaire à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John BompengoDepuis l’inauguration de l’hôpital du Cinquantenaire par le chef de l’Etat lui-même, il ne se passe plus un jour sans que de hautes personnalités politiques, des délégués des entreprises commerciales privées et étatiques, du monde culturel et scientifique ne soient conviés à une visite guidée de ces lieux. Le calendrier à ce sujet fait état des journées consacrées à telle ou telle organisation. Tradition congolaise aidant, l’on va bientôt voir déambuler les mamans maraîchères, les pionniers de la révolution AFDL, les jeunes de tel ou tel parti de la MP, les compagnons de tel héros national, les délégués des veuves des guerres de l’Est, les amis de tel ou tel leader politiques, bref, tous ceux qui voudraient en tirer un bénéfice politique. Et le plus cocasse, c’est que le ministre de la Santé en personne joue le rôle de guide des visiteurs, comme si ces lieux étaient devenus un site touristique de la ville. 

Les travaux de finition ayant pris du temps, l’on s’attendait à ce qu’une fois terminés, les activités puissent démarrer en trombe pour répondre aux attentes des kinois qui avaient perdu toute confiance de voir un jour ces lieux revêtir leur chapeau de prédilection. Les bâtiments originels ont été érigés depuis 1954 et plus d’une fois, des autorités officielles s’y étaient succédé pour annoncer le démarrage des travaux de finition pour commencer l’accueil des malades. Pendant plus de quinze ans, ce site avait été transformé en lieu de refuge pour des inciviques portant des tenues militaires et qui, la nuit aidant, se livraient aux rackets, extorsions des biens des passants et des habitants des quartiers environnants, aux viols et même à des tueries.

Koweït City

 Surnommé « Koweït City», il était déconseillé aux automobilistes de s’arrêter dans ce périmètre au risque de se voir dépouillés de leurs ses biens, notamment argent, bijoux et appareils de téléphonie cellulaire et parfois de véhicules que l’on allait retrouver deux jours plus tard cannibalisés et jetés quelque part dans un dépotoir ou aux environs d’un marché ou terrain de football. Ceux des automobilistes qui avaient eu le malheur de tomber en panne sèche, de pneu ou de moteur entre le Rond-Point Moulaert et le bâtiment de la RTNC avant la construction de l’Université Protestante au Congo ont payé le prix le plus lourd. Le véhicule était ravi pour servir de moyen de transport à ces inciviques dans leurs opérations de vol à main armée ou à des viols à travers la ville. Les plus chanceux ont pu récupérer leurs véhicules deux ou trois jours après mais dans un état de cannibalisation complète.

C’est ainsi que le démarrage des travaux de finition ont été frénétiquement applaudis par les Kinois, surtout ceux qui habitent les communes de Bandalungwa, Ngiringiri, Selembao, Makala, Binza, Kintambo car devant emprunter l’avenue ex-24 Novembre pour regagner leurs domiciles respectifs à n’importe quelle heure car rassurés de ne plus tomber dans le traquenard de ces « koweitiens ».

Il est donc étonnant de constater que cet hôpital du Cinquantenaire est devenu un site touristique au moment où des centaines des milliers des malades rongent leurs freins pour pouvoir bénéficier des soins de santé appropriés au regard des infrastructures ultra modernes installées dans ce bijou de dernière technologie. Les gens sont très impatients de vivre de leurs propres yeux les merveilles scientifiques tant vantées par le guide de ce site et ceux qui ont pu visiter tous les pavillons, salles de traitement et surtout les infrastructures médico-sanitaires de haute technologie. Car s’il faut attendre que le ministre de la Santé en finisse avec les visites guidées de ce site, après la capitale, ce sera bientôt le tour des visiteurs en provenance des dix provinces du pays et ceux de la diaspora disséminée à travers les cinq continents. On est alors parti pour dix ans avant de voir les malades se faire soigner dans ces lieux. Entretemps, le ministre qui tient à jouer au guide n’aura plus le temps de s’occuper des dossiers de son ministère.

F.M.

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