Hommage à Papa Wemba : Ode et élégies à l’égérie de la musique mondiale

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FEMUA9-Papa-Wemba-0006(1)Quel temps où l’on voit, dans le ciel congolais,  s’évaporer tant des muses !

Sale temps qui voit s’effilocher les références absolues de la création et de la re-création d’un monde en mieux !

Malgré tout, et contre vents et marées, l’homme qui vainquit les ténèbres gothiques à la glorieuse bataille de l’art universel a ajouté, avec sa mort, une gamme à sa bombance culturelle. Comme si son succès ne suffisait pas, il a voulu faire plus grand : même sa mort semble relever du grand art ! La mise en scène avait été révélée par lui-même au cours d’interviews. Avec un scénario digne d’un Francis Coppola, d’un Woody Allen, d’un Roman Polansky.

Wemba mort, c’est une voix en faveur des démunis qui se tait

Wemba mort, c’est une voie qui mène aux cimes qui s’éteint

Wemba mort, c’est une croix qui barricade la brèche vers le nirvana

Wemba mort, c’est une goutte en moins pour le monde, mais qui s’en va désormais parfumer l’océan de l’éternité

Wemba mort, c’est la chronique d’une culture qui va à vau-l’eau, son étoile du matin s’étant étiolée

Wemba mort, c’est la mort elle-même qui se tourne en dérision : elle ose  attenter à l’éternité. En effet, tous les diamants, à l’instar de la gemme qu’était Wemba, sont éternels.

Wemba, en tant qu’égérie et symbole d’une success story, est une source d’inspiration pour les désespérés de la terre. Wemba, c’est la culture en majuscule qui édifie l’identité d’un peuple. Il est facteur de soft power : il bonifie le pouvoir de séduction qui embellit l’image d’un pays. A l’instar du Brésil pour son football, de la Jamaïque pour son reggae et son athlétisme, le Congo déploie sa splendeur et sa bonhomie au monde par sa rumba millénaire. Wemba, sociologiquement déterminé, est en même temps le produit de la société congolaise qu’il féconde de sa sève musicale de très haute saveur.

Une noble expression du nationalisme congolais

Wemba est un élément du patrimoine culturel du Congo. Maintenant qu’il est mort, alors qu’il était déjà panthéonisé de son vivant, il a acquis le statut d’immortel. Wemba, un élément et une expression du nationalisme congolais. Voilà un Lumumba culturel qui ne s’offusque pas d’exalter tout ce qui est à la nation congolaise : la femme congolaise, la beauté de son écologie, sa monnaie, son économie, sa politique…  Wemba pousse le toupet en se présentant comme le porte-étendard d’un Congo nouveau à fière allure. Wemba lègue à la nation ce qu’il a reçu en héritage, le talent exprimé au besoin à travers la fierté de sa culture tetela (à travers Analengo et Ufukutanu), luba (Mukaji wanyi), swahili (Safari), et surtout la culture populaire de Kinshasa, la capitale de la musique africaine. Le fils prodigue de Matonge fait la promotion de la culture. Il n’entend nullement se soumettre à la domination étrangère (Otetela ke mafumbe). C’est son folklore qui déploie un ample tableau de luxuriance. Il hisse au sommet le drapeau du pays à chaque prestation à l’étranger comme un grand médaillé d’or aux Jeux olympiques. Le Congo est un produit socio-historique. Notre pays est constitué de plusieurs apports. Celui de sa musique a acquis ses lettres de noblesse depuis belle lurette. Le Congo est donc riche, pas seulement de sa géographie ou de son écologie, il l’est aussi et surtout d’autant des créations culturelles de ses fils et filles. Les représentations et les modèles qui s’affichent dans le commerce inter-générationnel, sont autant de preuves que le Congo est voué à un avenir de puissance.

La culture des peuples est ce que les hommes en font. Si les Congolais ne célèbrent pas à bon escient leurs richesses culturelles, il ne sera jamais du devoir des autres à psalmodier en faveur de notre culture. L’apport culturel de Wemba est indéniable ; reste à discuter de sa pérennisation. Wemba est un apport en totale rupture avec un élitisme culturel à travers la popularisation de l’art et la démocratisation du capital culturel en permettant d’influencer la culture d’en-haut par les créations d’en-bas et la créativité des gens de peu ou de gens de rien… donnant ainsi à la culture sa pleine définition qui exclue les penchants hiérarchisants. La vraie culture est, en effet, ce qui est commun, ce qu’un peuple a en partage avec toutes ses composantes catégorielles sans exception, le réservoir collectif de ce que les hommes font et qui ne relève pas de la nature.

Avec Wemba, le nationalisme culturel prend de l’ampleur : il trimballe la création congolaise sur toutes les scènes du monde, surtout dans la beauté d’une langue africaine, le lingala. Chaque peuple a un rôle historique à accomplir. Ce qu’il devient dépend de ce qu’il est. Et ce qu’il est… est, avant tout, culturel. Célébrer Wemba mort ou vivant c’est exprimer sa fierté d’être Congolais.

Le plus « mondialisé » des artistes congolais

Par sa prestation culturelle, Wemba devient un ferment et un adjuvant qui aménage notre avenir de puissance à travers la fascination qu’il suscite chez plusieurs groupes sociaux du monde en faveur de la nation congolaise. La mondialisation, le temps mondial, le grossissement d’événements par les médias sociaux, amplifient l’œuvre de Wemba dans toutes les cultures du monde et toutes les strates sociales des Etats du monde. De la papauté à l’Empire du soleil levant, de l’Himalaya aux escarpements des Montagnes Rocheuses, du Cap au Golfe persique, de CNN à France 24, de BBC à l’agence Xinhua. Wemba semble occulter la mort du chanteur américain Prince.

Par son art et par sa mort, Wemba engrange des bénéfices et des médailles, des lauriers et des palmes au profit de son Congo chéri. Aussi, la grandeur du Congo devrait-elle être à la mesure des apports et des talents de tous ses fils quelles que soient leurs conditions et leurs origines sociales. Wemba en est la preuve et maintenant, après sa mort, le symbole. Aujourd’hui, Wemba mort est encore plus grand que de son vivant.

Le nationalisme congolais s’exprime et s’extériorise notamment par la culture. La chanson congolaise du cru a été portée aux nues et les langues nationales en ont été bonifiées d’une cure de jouvence grâce à la chanson populaire et à la rumba qui trouve en la mort de Wemba un moment d’apothéose pour sa mondialisation. Le temps mondial s’est exprimé ces derniers jours aux sons de la rumba. Tous les peuples du monde voudront savoir de quoi il retourne lorsqu’on leur parle de cette musique qui a porté Wemba au Panthéon des Immortels.

Loin du dualisme ruineux de ceux qui voulaient distinguer la culture des nantis de celle prédestinée aux laissés-pour-compte, Wemba se charge de nouer en gerbe, les particularités sociales pour présenter le peuple congolais en un tout cohérent et harmonieux à travers la chanson que tous entonnent à l’unisson. C’est alors une flamboyante manifestation de l’extase du vivre ensemble, un engouement qui, goulûment, ingurgite la sève vivifiante qui coule des sources. C’est la dévotion et la dévolution qui alternent ; comme les Barbudos de la Sierra maestra qui s’égayent à la salsa fusils au poing et malgré la guerre, Wemba met sa musique au service du bien-être de ses compatriotes, des Africains et tous les prolétaires du monde entier. Il laisse ainsi une leçon : autour de nos icônes, il nous faut construire une nouvelle image de pays ; réapprendre, à travers Wemba, la fierté et la dignité nationales, l’allégresse d’exprimer son identité et la liesse de proclamer sa singularité culturelle face au monde entier. Le sentiment de l’appartenance à une culture riche et millénaire, rayonnante et expansive, luxuriante et profonde s’en trouve revigoré.

Au-delà du lyrisme, au-delà du prestige, notre culture nous aide à développer les valeurs positives de la congolité, à offrir au monde et aux générations subséquentes, notamment la paix, la joie de vivre, l’accoutrement, la recherche du beau, l’exaltation de l’excellence, la promotion de l’harmonie, etc. Comme le disait Ernest Gellner, « il faut convenir que le nationalisme utilise la prolifération des cultures et des richesses culturelles préexistantes que l’histoire lui laisse en héritage, même si son utilisation est très sélective et qu’il procède très souvent à leur transformation radicale. Il peut faire revivre des langues mortes, fabriquer des traditions, réhabiliter des objets dont la pureté et la perfection sont tout à fait fictives. L’ardeur nationaliste a, du point de vue culturel, un caractère créatif, imaginatif et très inventif. » (Nations et nationalisme, Paris, Payot, 1989, p. 11).

Des gloires communes dans le passé, dans le présent et avec l’espoir d’en produire davantage dans le futur, voilà qui fonde le socle du nationalisme. Wemba participe à ce jeu et peut jouer le rôle d’une des grandes références pour l’unification de la société, par endroit et par moment, très polarisée. La construction de la société congolaise dans l’avenir passe par la reconnaissance des géants qui en constituent le fondement. Wemba est une des pierres d’angle du nouveau Congo fier de ses apports au patrimoine commun de l’humanité. Wemba est d’ailleurs parmi les premiers Congolais non politiques à entrer dans le Dictionnaire.

Entre tradition et modernité

Notre auto-définition collective n’ignorera jamais ce chef de village Molokaï en ce qu’il aura porté jusqu’aux confins de la terres les banalités de notre vécu quotidien tiré du carquois des bas-quartiers et exprimé dans les créativités langagières du patois kinois. Pour Wemba, la modernité ne passe pas nécessairement par une sorte de « detraditionnalisation » de notre culture. Il faut un savant mélange entre tradition et modernité. Aussi ose-t-il, dans un élan d’orgueil nationaliste, présenter au monde ce qui apparaît comme autant d’oripeaux de la société archaïque, qu’il remet au goût du jour.

En pleine métropole kinoise, Wemba joue aux iconoclastes en se proclamant chef coutumier d’un village au sein de la ville. Et à la queue-leu-leu, les jeunes s’enrôlent par millions dans cette armée qui obéit au doigt et à l’œil à toutes les fantaisies du Maître : style et prestance, habillement et (parfois) accoutrement, langue et langage, marche et démarche, mode et philosophie de vie, dictons et jargons, vocalises et slogans, cris et dandysme, rêves et rêveries, ambitions et intentions, présentations et représentations, vécu et projections, réalités et perceptions, sentiments et sensations, sens et grilles de lecture, surréalisme et dadaïsme, etc.

Il devient le moule qui forge tout caractère autant qu’il était le creuset qui inspire tout jeune en quête de félicité et d’âge d’or pour son existence. Belles âmes et mauvaise foi cohabitent dans son entourage. Mais il fond tout cela dans le chaudron de son art gargantuesque en conviant tout le monde à la danse et à l’exaltation. Il est l’artisan du décentrement du foyer de création culturelle : les gens de la classe dominante vont boire comme des lamantins à la rivière où coule l’eau d’une source pure à Matonge et non plus à la Gombe. C’est une poignante dissonance pour les possédants qui doivent se baisser pour se mettre au diapason de la musique populaire, musique de la rue. Ils doivent s’abaisser car Wemba les titille jusqu’à leurs atours et accoutrements. Il apparaît comme une pierre dans le jardin des grands en allant s’habiller chez les grands couturiers dans des créations hors de prix.

Espoir aux  gens de peu et de rien

Avec Wemba, tout le monde peut accéder à la culture. Ayant pulvérisé les barrières sociales, le voilà allant par monts et par vaux, arpenter les chemins les plus abrupts et escaladant les pentes escarpées qui mènent au haut de la montagne pour, enfin, trôner sur la crête des collines. Vaillamment, il monte les cimes de toutes les forteresses du monde. Wemba va, par ce biais, à la conquête du monde. Dans sa besace, dans son escarcelle, dans son carquois, dans sa gibecière en bandoulière, il amène des chansons. Il en revient avec encore plus de chansons. Mais cette fois-ci, elles sont mâtinées de toutes les saveurs qu’il a rencontrées chemin faisant. Wemba ne s’est pas renié en mêlant rumba et rythmes exotiques ; il s’est enrichi de toutes ces expériences. Il en a, en même temps, enrichi son peuple en en exposant les meilleurs atouts et les meilleurs atours devant l’humanité toute entière.

L’ancienne opinion qui s’est avérée une opinion trompeuse par la suite s’en trouve chamboulée : Wemba était un visionnaire. Tout le monde finit par suivre les foulées et les travées du Maître d’école. Jeune éternel, il s’adapte à toutes les époques et se déguste à toutes les sauces. Il connaît moult transhumances et transcendances. Il renaît toujours de ses cendres tel le sphinx et phénix.  On peut insidieusement suggérer de considérer que Wemba fit un pied de nez à la grandiloquence et à la désinvolture des maints prétentieux. Par son humilité et sa jovialité, Wemba redonnait de l’espoir aux gens de peu et les gens de rien trouvaient en lui une boussole. Tous trouvaient grâce à ses yeux car il s’identifiait à eux.

Aujourd’hui, stupeur et consternation car sa voix s’est tue, sa voix s’est éteinte. Toute la jeunesse perd, pour le coup, ses repères. Désormais, elle bourlinguera sans boussole car celui qui remettait à l’endroit ce que l ‘injustice des hommes renversait dans sa rage, a entrepris le grand voyage sans retour. L’envers du décor a pris le pas sur l’endroit. Le revers avait pourtant trôné outrageusement pendant des lustres, Wemba est venu remettre de l’ordre dans la boutique de la bien-pensance. Dans les salons feutrés des dominants règne aujourd’hui la culture populaire grâce au génie de Wemba.

Bras en l’air : symbole mythique  de la crucifixion

Il n’abusait personne tant il était vrai. Ceux qui se flattent d’être des connaisseurs du cœur humain devraient venir quêter l’aumône et quérir l’obole auprès de l’œuvre géante de Wemba. Il avait le mal en proie et le pourchassait à tout vent pour laisser régner le bien, l’ultime horizon. Dorénavant, il faudra apprendre à naviguer à vue, à voyager sans victuaille, arpenter le viaduc sans viatique ; sans armure, il faudra s’offrir en holocauste. En rassembleur, Wemba assemblait autour de son génie les êtres de quatre coins du monde pour conjurer la mauvaiseté de la nature humaine. La junte luxueuse et la foule juvénile, aujourd’hui hagarde et hirsute, tous entonnent à tue-tête les mélodieuses mélopées de Wemba et ses mélancoliques airs chaloupés. Les malheureux affamés et dépenaillés ainsi que ceux qui nagent dans l’opulence, à l’unisson, chantent des hymnes à la gloire de Wemba. Ce n’est pas pour rien. Les bras en l’air comme s’offrant à la crucifixion pour imiter la sémiologie devenue, désormais, emblématique d’un Wemba triomphant.

Sa langoureuse musique sollicite les sentiments enfouis aux tréfonds des âmes. Les méandres de la sensualité s’animent d’une brusque effervescence quand la voix de Wemba sonne les premières notes de musique. Il est fort à l’aise à la table des grands de ce monde ou autour des tisons de feu qui assaisonnent la viande vendue à la sauvette à Matonge. Voilà une pièce passe-partout. Il a traversé sans peur tant de calamités et d’orages qu’on croit qu’il s’inscrit désormais dans l’éternité. La gloire indéniable agite toutes les contrées du monde et à sa mort les hommages se déversent en torrents et affluent de partout. Les mots et les lettres creusent encore davantage les sillons que le succès de Wemba avait tracés.

Mais la plus grande louange lui vient de son peuple chéri, le cœur battant de son public fait de toutes ces personnes de basses conditions, les gavroches qui pullulent dans toutes les grandes villes d’Afrique. Là, il s’agit d’un hommage vrai, sincère, sans calcul ni arrière-pensées. Les autres peinent à se rendre lestes et nets dans leurs éloges empreints de vil commerce. Pour peu qu’ils ont de la sympathie pour celui qui s’acharna sur sa vie durant à faire flotter l’oriflamme de la culture congolaise sur les hauteurs du monde, ils devraient battre leur coulpe.

Wemba avait traversé le Rubicon culturel et les autres n’avaient qu’à suivre le Maître-marcheur. Qui découvrit plein des choses par lui-même. Comme dit le poète : « Caminante no hay camino, se hace camino al andar » (Marcheur, il n’y a point de chemin, le chemin se trace en marchant).

L’image que garderons de Wemba est celle de ses rires et sourires légendaires. Parce que rire est le propre de l’homme, comme pensait Rabelais, Wemba ne s’en privait pas. Rires homériques et sourires enjôleurs, Wemba en avait fait tout un art. Il contaminait de son rire tous ceux qui l’approchaient. Ses rires et ses sourires étaient irrémédiablement contagieux, et ravageurs. Son humour était encore plus séducteur. Et quand il pensait prolonger la beauté du cœur par des dehors enchanteurs, c’était le style vestimentaire qui en prenait un coup d’esthète et se vautrait dans une cure de jouvence. Avec Wemba, l’artiste complet, s’habiller est plus qu’un besoin primaire ; il relève du grand art, de la recherche effrénée du beau, du vrai, du bon, de l’agréable et du chatoyant. Il faut tout régler en quête d’harmonie car, pour lui, s’habiller frise un tableau des grands maîtres, un met des grands cordons et une musique symphonique des grands ensembles philarmoniques.

Pour toutes les raisons évoquées, Papa Wemba mérite une spéciale dédicace. Pas seulement en prose mais aussi en poème. Mon choix va vers le poème « Caminante no hay camino » du grand poète espagnol Antonio Machado. Je privilège la version « Cantares », chantée par Juan Manuel Serrat :

«Caminante, no haycamino… « (Antonio Machado)

Caminante no hay camino [Toi qui marches, il n’existe pas de chemin]

Todo pasa y todo queda, [Tout passe et tout reste,]

pero lo nuestro es pasar, [mais le propre de l’homme est de passer,]

pasar haciendo caminos, [passer en faisant des chemins,]

caminos sobre el mar. [des chemins sur la mer.]

Nunca perseguí la gloria, [Je n’ai jamais cherché la gloire,]

ni dejar en la memoria [ni cherché à laisser dans la mémoire]

de los hombres mi canción; [des hommes ma chanson ;]

yo amo los mundos sutiles, [j’aime les mondes subtils,]

ingrávidos y gentiles, [légers et aimables,]

como pompas de jabón. [comme des bulles de savon.]

Me gusta verlos pintarse [J’aime les voir se peindre]

de sol y grana, volar [de soleil et de rouge, voler]

bajo el cieloazul, temblar [sous le ciel bleu, trembler]

súbitamente y quebrarse… [soudainement et se rompre…]

Nunca perseguí la gloria. [Je n’ai jamais cherché la gloire.]

Caminante, son tus huellas [Toi qui marches, ce sont tes traces]

el camino y nada más; [qui font le chemin, rien d’autre ;]

caminante, no hay camino, [toi qui marches, il n’existe pas de chemin,]

se hace camino al andar. [le chemin se fait en marchant.]

Al andar se hace camino [En marchant on fait le chemin]

y al volver la vista atrás [et lorsqu’on se retourne]

se ve la senda que nunca [on voit le sentier que jamais]

se ha de volver a pisar. [on n’empruntera à nouveau.]

Caminante no haycamino [Toi qui marches, il n’existe pas de chemin]

sino estelas en la mar… [si ce n’est le sillage dans la mer…]

Hace algún tiempo en ese lugar [Il fut un temps dans ce lieu]

donde hoy los bosques se visten de espinos [où aujourd’hui les bois s’habillent d’épines]

se oyó la voz de un poeta gritar [on entendit la voix d’un poète crier]

«Caminante no hay camino, [«Toi qui marches, il n’existe pas de chemin,]

se hace camino al andar…» [le chemin se fait en marchant…»]

Golpe a golpe, verso a verso… [Coup après coup, vers après vers…]

Murió el poeta lejos del hogar. [Le poète mourut loin de chez lui.]

Le cubre el polvo de un país vecino. [Il est recouvert de la poussière d’un pays voisin.]

Al alejarse le vieron llorar. [En s’éloignant on le vit pleurer.]

«Caminante no hay camino, [Toi qui marches, il n’existe pas de chemin,]

se hace camino al andar…» [le chemin se fait en marchant…]

Golpe a golpe, verso a verso… [Coup après coup, vers après vers…]

Cuando el jilguero no puede cantar. [Quand le chardonneret ne peut chanter]

Cuando el poeta es un peregrino, [Quand le poète est un pèlerin,]

cuando de nada nos sirve rezar. [quand il ne sert à rien de prier.]

«Caminante no hay camino, [«Toi qui marches, il n’existe pas de chemin,]

se hace camino al andar…» [le chemin se fait en marchant…»]

Golpe a golpe, verso a verso. [Coup après coup, vers après vers.]

 

Hommage du professeur

                        Henri MOVA Sakanyi