Histoire-connaissance comme conscience du présent

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L’ensemble de réflexions contenues dans les pages précédentes montre, qu’après tout, l’histoire/ connaissance est un outil indispensable pour la reconstruction permanente du passé des sociétés au service du présent. Elle fournit les matériaux qu’on ne peut négliger, au risque de se perdre, pour la fécondation de l’imagination créatrice de la société en termes de « conscience historique », loin du romantisme et du conservatisme illusoire ; et aussi loin des excès des idéologies souvent présentées comme « savoirs universels ». Avec elle, écrit avec raison G. Roupnel dans Histoire et destin, la vie en sociétés humaines devient réellement historique, une vertu collective et une force générale où s’accumule l’énergie silencieuse des temps humains.

Mémoire des sociétés humaines, comme le dit Théophile Obenga dans «Pour une nouvelle histoire», l’histoire devient réellement « la conscience du présent ». L’expression « temps de l’histoire » se comprend bien dans ce contexte ; ce temps qui rend le passé un « sédimenté actif. » ; ce temps qui « attentive » le passé et qui le fait entrer dans l’ordre du savoir historique ; ce temps qui, finalement, est « désir et plénitude ». Plus loin, Th. Obenga
reprenant B. Croce dans Histoire comme pensée et comme action et C.

Antoni dans L’historicisme, dit, comme il faut, que l’histoire, c’est « l’acte par lequel on crée sa propre action, sa propre pensée, sa propre poésie, en se mouvant à partir de la conscience présente du passé, un passé assumé tendu vers l’avenir qui, lui-même, devient
présent.

Et l’histoire africaine ? Où se situe-t-elle dans ce contexte, elle
qui est si souillée par l’européocentrisme ethnocentriste vivace?
Telle qu’elle est enseignée en Afrique, elle n’atteint même pas le
niveau d’être « faculté humaine », le niveau d’être héritage qui
gravite autour de la culture africaine propre. Gabriel Hanotaux a
écrit un excellent livre dans ce sens intitulé De l’Histoire et des
historiens.
Telle qu’elle est enseignée en Afrique, encore une fois, elle veut
dire aux Africains, qu’elle est « don de l’Histoire occidentale… » ;
cette histoire écrite par les vainqueurs, devenue aujourd’hui «
universelle » et « classique ». A cause d’elle l’Afrique continue à
souffrir cruellement des jugements péremptoires des « savants » de «
l’Europe occidentale et de ceux que Frantz Fanon qualifie de « peau
noire masque blanc ». Oui, l’histoire africaine aujourd’hui en Afrique
est bien celle de l’Europe africaine ». Ainsi, gadgétise-t-elle les
Africains selon des lois d’airain sur lesquelles ils n’ont aucune
prise, ni la victoire de la chance et du hasard.
Et plus que ça dure, plus c’est la même chose. Comment, dans
l’ignorance de son passé, un peuple pourrait-il maintenir sa
performance, son incarnation et sa légitimation dans le temps. C’est
toute la problématique du formatage culturel de l’être africain. La
lutte pour désaliéner la culture africaine consistera donc à, non
seulement déformater mais aussi et surtout à rompre avec la forme et
la façon d’être acculturée.
Professeur
KAMBAYI BWATSHIA