Henry Safari Shamavu : « L’électrification des villages, un remède contre l’exode rural »

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Jusqu’à preuve du contraire, l’énergie électrique demeure encore la base du développement de toute société moderne. Malheureusement en RDC, l’attention est plus focalisée sur les grandes villes, oubliant totalement les populations rurales. Soucieux de changer les choses dans son territoire natal, un compatriote a réagi face à cette injustice. Il s’agit d’Henri Safari Shamavu. Avec un projet révolutionnaire, il a réussi à fournir du courant électrique à plusieurs villages de sa province d’origine, le Sud-Kivu, grâce à trois micros-barrages érigés avec le concours de Initiative des Jeunes pour le Développement (I.J.D) et la collaboration des  populations rurales. Spécialiste en hydroélectricité et développement rural, et président de cette asbl, il a livré les détails de ces réalisations dans cette interview accordée au Phare lors de l’exposition au Forum pour le Développement des Energies renouvelables organisé à Kinshasa, du 20 au 21 novembre 2014, au Grand Hôtel Kinshasa.

Le Phare : En quoi consiste le projet exécuté par votre association ?

Henry Safari Shamavu : L’association IJD est une asbl basée au Sud-Kivu dans le territoire de Kabare, spécialisée dans la production et la distribution de l’énergie électrique en milieu rural. Nous concevons et exécutons des projets d’aménagement des micro-barrages. Actuellement, nous avons déjà aménagé trois turbines : la première d’une capacité de 62,5 KVA soit 50 KW,  est érigée sur la rivière Mushuva, dans le groupement de Bushuma, et alimente trois villages (Mulengeza, Muganzo et Tshirogole). Elle nous a coûté environ 36.000 dollars et sa durée de vie est estimée à 10 ans. La deuxième de 64 KW soit 80 KVA, est celle de la rivière Langa, dans le groupement de Miti. Les dépenses engagées pour ce micro-barrage tournent autour de 50.000 dollars.   Le dernier micro-barrage de 40 KW se situe sur la rivière Cizimololo dans le village Kajeje à Mudaka. Avec une durée de vie estimée à 7 ans et environ 20.000 dollars de dépenses engagées. Mais avant cela, nous avons eu à dépenser environ 10.000 dollars pour les tout premiers essais avec le premier barrage.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour concevoir un tel projet ?

Etant moi-même paysan, j’ai connu plusieurs difficultés en milieu rural, notamment, l’utilisation de bois pour la lecture la nuit. C’est suite à ça que je m’étais décidé à faire quelque chose pour que la jeunesse future ne soit pas butée aux mêmes problèmes que ceux de mon temps. Surtout que ladite jeunesse ne faisait que fuir le village pour aller à la recherche du bonheur en ville, bonheur qui n’était rien d’autre que le courant électrique. L’électrification des villages est donc un remède contre l’exode rural des jeunes.

 Comment avez-vous fait pour matérialiser ce projet ?

Ce projet est le résultat de l’apport des experts de l’association et des populations rurales. Là où nous nous sommes sentis limités, nous avions fait appel à l’expertise extérieure comme par exemple, les ingénieurs de l’Office de routes  et de la SNEL. Etant donné que les moyens financiers ne sont pas très importants, nous minimisons les dépenses en recourant aux moyens purement locaux, avec du matériel de récupération. Par exemple, à la place de 6 mètres  de tuyau de diamètre 50 qui reviennent à environ 1.500 dollars, nous utilisons 6 tonneaux vides métalliques pour 60 dollars au total, et les rassemblons avec de la soudure.  En plus d’être moins chers, ces tonneaux vides sont facilement accessibles sur le marché. Sur des terrains accidentés, on utilise des bois comme échafaudages pour supporter les tuyaux.

D’où provient le financement ?

Comme je l’ai indiqué ci-haut, ces actions sont essentiellement financées par l’association IJD et les populations rurales. Jusque là, nous n’avons encore bénéficié d’aucune contribution extérieure. C’est ainsi que lorsqu’il est question d’installer le courant dans un village donné, nous rassemblons les paysans et invitons les chefs locaux et les leaders de la société civile. Ces derniers sensibilisent les villageois et les invitent tous à cotiser pour l’œuvre. Et à la fin du mois, chaque ménage paie 1,5 dollar juste pour la maintenance et le soutien des activités.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans l’exécution de vos actions ?

La première difficulté était celle de la confiance des paysans qui pensaient que nous n’étions que des farceurs. Dans leur entendement, il n’y avait que l’homme blanc qui pouvait être capable de concevoir un tel projet.  Ensuite, il s’est posé un problème de conflit de leadership. A notre arrivée, ceux qui se disaient agents de développement, avec dans leur palmarès, aucune action menée au profit de la population, ont vu leurs intérêts menacés. Etant donné qu’ils bouffaient l’argent des bailleurs et leur présentaient ensuite de faux rapports. Ils se sont mis alors à démoraliser la population pour nous discréditer. L’autre difficulté est celle du manque de moyens financiers. Le pouvoir d’achat de la population est très faible, pourtant nous avons déjà du courant capable d’alimenter plus de 1.500 ménages.

Myriam Iragi Maroy

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