Guerre de l’Est : révélations de James Kabarebe, pourquoi maintenant ?

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Les autorités rwandaises donnent la nette impression de chercher à brouiller les cartes. Cela tombe curieusement au moment où le Conseil de Sécurité s’apprête à frapper, après que son Comité de sanctions ait auditionné, le mercredi 29 août, le ministre congolais des Affaires Etrangères, Raymond Tshibanda, son homologue rwandaise, Louise Mushikiwabo, ainsi que le Coordonnateur du panel des experts des Nations ayant produit, en juin dernier, le rapport accusant le Rwanda d’être de mèche avec la rébellion du M23.
Pendant que son pays se trouve à court d’arguments aux Nations Unies, le ministre rwandais de la Défense, le général James Kabarebe, a décidé de s’attirer les projecteurs de l’actualité à travers une interview-fleuve accordée à Colette Braeckman, pour le compte du quotidien belge « La Libre Belgique ». Cet officier spécialisé dans l’exécution des plans de déstabilisation de la République Démocratique du Congo depuis 1996, s’est subitement découvert l’âme d’apôtre de la paix. Et, pince sans rire, il a globalement accusé le gouvernement congolais de porter la responsabilité non seulement de la guerre qui fait présentement rage au Nord-Kivu mais aussi celle de toutes les rébellions qui y naissent.
James Kabarebe soutient, sans la moindre retenue, que les autorités congolaises n’ont jamais respecté les engagements, qu’il s’agisse de ceux pris avec les mouvements rebelles internes et étrangers ou de ceux conclus entre Etats. 
 
Le bras droit de Paul Kagame a accusé les autorités congolaises de soutenir souvent une chose et son contraire, citant au hasard les cas des généraux Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda, protégés au départ comme leurs alliés avant de réclamer leur arrestation au moment où cela n’était plus possible. Le même avocat du diable s’est permis d’affirmer que le Nord-Kivu est pris dans l’engrenage d’un nouveau conflit armé à la suite de l’entêtement de Kinshasa à vouloir absolument anéantir le CNDP puis le M23 par les armes, alors que la crise aurait pu être réglée facilement et rapidement par le dialogue.
Très critique, James Kabarebe a martelé que la RDCongo souffre d’un grave déficit de leadership, que ses gouvernants ne maîtriseraient rien, voilà pourquoi le pays va mal, sur tous les plans. Il a donné tellement de détails qu’on serait tenté de croire qu’il réside au Nord-Kivu.
 
Pourquoi maintenant ?
 
A la lecture des révélations de James Kabarebe, le commun des Congolais se pose l’unique et même question : pourquoi maintenant ? Si l’objectif poursuivi par l’ancien chef d’état-major général de l’armée congolaise sous le régime de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) est d’informer correctement le peuple congolais sur les causes réelles de la guerre de l’Est, il devrait leur expliquer le mystère de la mort d’Augustin Katumba Mwanke, député national et ancien conseiller spécial du président Kabila en matière de sécurité, au lendemain d’une mission secrète au Rwanda.
James Kabarebe devrait leur donner le maximum de lumière sur la réunion secrète ayant regroupé le 08 avril 2012 à Kigali des responsables militaires et des services de sécurité rwandais avec des officiers et politiques rwandophones venus de l’Est du Congo, lesquels allaient lancer, trois semaines après la rébellion du M23.
James Kabarebe doit des explications aux Congolais au sujet du ballet des défections d’officiers et soldats de l’ex-CNDP entre avril et mai 2012, au Nord comme au Sud, en vue de rejoindre la rébellion déclenchée par Sultani Makengo.
 
Puisque l’heure serait à l’éclatement de la vérité sur l’insécurité récurrente dans la partie Est de la République Démocratique du Congo, James Kabarebe devrait fixer l’opinion congolaise sur les complots militaires ourdis contre Mobutu en 1996 (feuilleton AFDL) Mzee Laurent Désiré Kabila en 1998 (feuilleton RCD), le Régime 1+4 en 2004 (feuilleton Nkunda et Mutebusi), Joseph Kabila en 2008 (nouveau feuilleton Nkunda), 2009 (feuilleton Ntaganda) et 2012 (feuilleton M 23 avec Sultani Makenga).
Les congolais aimeraient savoir pourquoi les officiers et soldats Tutsi des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) n’ont jamais voulu du « brassage », préférant le « mixage » et exigeant de n’être déployés ailleurs que dans la partie Est de notre pays.
A bien lire les propos de James Kabarebe, les patriotes congolais, les vrais, constatent qu’il est animé de l’intention malveillante de discréditer les autorités congolaises aux yeux de l’opinion aussi bien interne qu’externe. Ce bonimenteur cherche visiblement à les fragiliser afin de déblayer le terrain pour le fameux dialogue réclamé par le Conseil de Sécurité ? Le ministre rwandais de la Défense trouve-t-il les Congolais si naïfs qu’ils seraient prêts à souscrire à son discours et à favoriser la congolisation du M23 sans frais, plaçant du coup  le régime de Kigali dans le box des innocents par rapport à la guerre de l’Est.
 
L’une des leçons à tirer de cette sortie médiatique de James Kaberebe est les nombreuses initiatives solitaires menées à l’Est sous prétexte de rechercher une paix durable, les alliances militaires contre nature conclues dans le même cadre ainsi que la privatisation des dossiers sensibles de l’Etat ont montré leurs limites. Pour éviter de retomber dans les erreurs du passé, la mobilisation générale lancée il y a quelque temps ainsi que le lobbying diplomatique en chantier devraient être l’affaire de tous les Congolais. Mais, dans le souci de l’émergence de la cohésion nationale, la traque des ennemis de la patrie devrait être repensée et clarifiée. Enfin, chacun se rend compte que tout finit par se savoir.
 
Kimp

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