Guerre de l’Est du Congo : l’interminable business

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Les FARDC en patrouille dans l'Est de la RDC. Photo MONUC/Marie Frechon
Les FARDC en patrouille dans l'Est de la RDC. Photo MONUC/Marie Frechon
Les FARDC en patrouille dans l’Est de la RDC. Photo MONUC/Marie Frechon

C’est depuis plus de vingt ans que la poudre fait sa loi à travers les localités, territoires et villes des provinces situées à l’Est de la RDC. On dirait que cette partie du Congo a été abandonnée aux seigneurs de guerre qui font ce qu’ils veulent car ne craignant aucune sanction. Malgré la présence sur papier des autorités politico-administratives, pourtant nommées par le pouvoir central et confirmées par les différents gouvernements provinciaux, la paix et la sécurité n’existent plus dans le vocabulaire des langues parlées à
travers ces contrées. Chaque seigneur de guerre installe ses lieutenants et règne sans partage ni respect des lois de la République et encore moins des instructions provenant du pouvoir central.
En d’autres termes, l’Est de la République vit sous le rythme des
seigneurs de guerre locaux et ceux qui représentent les forces
d’occupation téléguidées par les Etats voisins, sous divers prétextes
de guerre préventive contre les génocidaires.

Complot international
Avec le recul du temps, il a été établi que la RDC est victime de la
convoitise des groupes maffieux internationaux qui se cachent derrière
des Etats voisins de l’Est pour piller les richesses minérales du
pays. Ce, avec la complicité des officiers supérieurs nationaux et
étrangers, des milieux affairistes étrangers agissant derrière des
collaborateurs internes, notamment des acteurs et décideurs
politiques. Il fallait alors trouver des prétextes et des complicités
dans les milieux politiques et sécuritaires. Tant sur le plan local
qu’international. D’où la fameuse guerre pour détruire les poches
encore occupées par des génocidaires Hutu rwandais réfugiés en RDC.
Le plus cocasse, c’est que malgré toutes les preuves matérielles,
militaires, diplomatiques et humaines irréfutables dénoncées avec
forces détails dans des reportages réalisés par des envoyés spéciaux
des organes de presse internationale et surtout des rapports rédigés
par des experts des Nations-Unies et ceux des Ong internationales de
défense des droits de l’Homme, la communauté internationale se cabre
dans un silence inquiétant et suspect. Alors que le nombre des morts
par massacres, viols répétitifs, destructions méchantes, pillages ne
cesse de s’alourdir chaque jour.
Sous prétexte de pourchasser les génocidaires Hutu, les armées
rwandaises et ougandaises ont occupé huit provinces de l’Est, à
savoir, les deux Kasaï, la Province Orientale, les trois Kivu,
l’Equateur et le Nord du Katanga. Cela depuis 1997 et cette nébuleuse
question des génocidaires n’a jamais été réglée en RDC. Pourtant,
quatre mouvements rebelles créés, armés, entrainés, dirigés et
bénéficiant des appuis diplomatiques de Kigali et de Kampala ont
occupé tout le Congo. Il s’est agit tour à tour de L’AFDL, du RCD et
ses jumeaux, le MLC, le CNDP et le M 23 se sont déployés sur les
territoires de l’Est sans pour autant en finir avec les génocidaires.
Que des massacres des populations civiles non armées, pillages des
ressources minérales, à savoir l’or, le diamant, le coltan,
destructions méchantes, déplacements forcés des villageois, viols
massifs des femmes, bref un véritable génocide qui dépasse de très
loin celui de 1984 que Kigali utilise comme fonds de commerce pour
camoufler les pires crimes contre l’humanité, les crimes de guerre que
ses armées commettent chaque jour en RDC.
La preuve que cette guerre de l’Est n’est qu’un interminable business
se remarque par rapport aux milliers des cas de pillage des matières
précieuses où sont impliqués des officiers supérieurs des armées
rwandaises, ougandaises et burundaises. L’un des cas concerne un sujet
rwandais dénommé Bosco Ntaganda, aujourd’hui déféré devant la Cour
Pénale Internationale pour crimes de guerre, contre l’humanité,
pillages et massacres des populations civiles. Recherché par un mandat
d’arrêt de cette cour pénale, le pouvoir de Kinshasa avait refusé de
le livrer sous prétexte qu’il était un élément du maintien de la paix.
Jusqu’au jour où il fut l’une des pièces maitresses d’un trafic
illicite et illégal d’un tonnage de l’ordre de 450 kgrs d’Or avec des
trafiquants en provenance du Nigéria. Le marchandage s’effectua au
grand jour dans la ville de Goma. Dans un premier temps pour tromper
l’opinion, les principaux éléments matériels du crime furent
confisqués par la justice congolaise. Notamment les 450 kgrs d’Or, la
fameuse somme de six millions de dollars Us ainsi que les six
trafiquants dont une dame furent placés en détention préventive.
Quelques jours après sur instruction provenant de Kinshasa ces
éléments du crime furent libérés sans autre forme de procès. Bosco
Ntaganda ne fut jamais inquiété, mais bien au contraire, il fut nommé
commandant militaire du territoire de Masisi avant de se retrouver à
la tête des troupes du M 23, lui que Kinshasa  avait présenté comme
élément du maintien de la paix.
Cette guerre a eu comme effet néfaste d’instaurer l’impunité de tous
ceux qui se livrent aux trafics illicites  des ressources minérales.
Car travaillant pour les comptes des seigneurs de guerre qui eux-mêmes
agissant au nom et pour le compte des Etats voisins, à savoir le
Rwanda et l’Ouganda. Moralité : la paix est impossible, car no war, no
job.
Par ailleurs, comme le Congo a été classé par d’innombrables
spécialistes comme étant l’un des plus grands scandales miniers au
monde, il est à craindre que d’autres rébellions armées ne puissent
naitre à travers d’autres provinces du Centre, de l’Ouest et du Sud du
pays. Sous divers prétextes et comme toujours commanditées par des
multinationales maffieuses avec la complicité des autres  Etats
voisins. Dès lors que les deux voisins de l’Est n’auront pas été
sanctionnés pour les crimes de guerre et contre l’humanité
régulièrement commis depuis plus de vingt ans en RDC.
F.M.