Guerre de l’eau : tout le monde doit savoir

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lac-tchadLes pays riverains du lac Tchad et leurs sponsors sont prêts à tout – même à faire la guerre à la République Démocratique du Congo – pour obtenir le transfert des eaux du Bassin du fleuve Congo vers cette fosse d’eau salée sérieusement menacée de disparition. A en croire les dernières statistiques, cette étendue d’eau salée a subi un « amaigrissement » drastique, passant d’une superficie de 22.000 km2 à environ 2.500 km2.

 Ce qui étonne plus d’un observateur, c’est le calme que continuent d’afficher les décideurs politiques congolais pendant que la menace d’une guerre d’un genre particulier se précise à nos frontières. Discutée dernièrement à l’Assemblée Nationale, à l’occasion d’une question orale adressée au ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme, la question des eaux douces congolaises convoitées par les pays riverains du lac Tchad (Cameroun, Nigeria, Niger et Tchad) n’est pas nouvelle. Vieille de plus de quatre décennies car remontant à l’époque du projet « Transaqua », elle ne peut plus être présentée comme une surprise pour les gouvernants de la RDC, d’autant plus que notre pays est membre, à titre d’observateur de la CBLT (Commission du Bassin du Lac Tchad) et héberge le siège du Cicos.

L’affaire étant archiconnue, l’on ne comprend pas pourquoi elle continue d’être traitée comme l’exclusivité d’un groupe restreint d’initiés. Compte tenu de gros intérêts financiers et environnementaux qui se bousculent dans ce dossier et de sa haute sensibilité sur l’avenir immédiat et lointain de tout un peuple, l’opinion nationale devrait être largement informée de son évolution. Car, au stade où se trouvent les montages financiers en vue du lancement des travaux d’aménagement d’un grand canal devant charrier les eaux du Bassin du fleuve Congo vers le lac Tchad, à partir de la rivière Oubangui, en province de l’Equateur, notre pays risque de subir la dynamique africaine et internationale du sauvetage de cet espace d’eau.

            Au lieu que ceux qui devraient agir pour défendre énergiquement et avec succès les intérêts de la communauté nationale donnent l’impression d’avoir jeté l’éponge, ils seraient bien inspirés en suscitant un large débat aux quatre coins du pays, à commencer par la représentation nationale. Notre peuple a besoin d’être clairement et largement informé sur les tenants et aboutissants d’un projet qui risque de désarticuler complétement des ouvrages aussi stratégiques que le barrage hydroélectrique d’Inga, l’alternance naturelle des saisons, la pluviométrie, l’environnement, l’agriculture, la pêche, l’élevage, etc.

            Pourquoi ceux qui gèrent les affaires publiques en RDC se réfugient-ils derrière les secrets d’Etat ou les secrets-défense chaque fois qu’il s’agit de débattre des questions qui touche à l’avenir et au devenir des millions de compatriotes ? C’est le cas des contrats miniers et pétroliers, où une totale opacité est entretenue, pour des raisons inavouées, autour des richesses potentielles dont la propriété revient à toutes les filles et tous les fils de ce pays.

            Il est bizarre que dans un Etat où l’on enregistre un tas de déclarations d’intention au sujet de la bonne gouvernance, de la tolérance-zéro contre la corruption, de la transparence dans la passation des marchés publics, du devoir des élus de rendre compte au souverain primaire, ceux qui gèrent les dossiers sensibles de la République refusent de les porter à la connaissance de la représentation nationale.

            S’agissant du passage en force auquel semblent avoir opté les Etats proches du lac Tchad pour faire main basse sur les eaux du Bassin du fleuve Congo, l’heure est venue de faire suffisamment du bruit au niveau du Parlement afin de dresser l’ensemble du peuple congolais contre les prédateurs de son patrimoine. Une contestation populaire massive du projet « Transaqua » aurait l’avantage de les décourager ainsi que les chasseurs des pots de vin sous forme de « commissions », qui ne visent que la satisfaction de leurs tubes digestifs, au lieu de tenir compte des intérêts vitaux de la République.

Kimp

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