Guerre de l’eau : le Tchad, le Nigeria et le Cameroun contre la RD Congo

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Une nouvelle conférence vient de se tenir à Abuja, au Nigeria, le lundi 26 février 2018, avec un point unique à l’ordre du jour : le sauvetage du lac Tchad. Des experts de trois pays seulement étaient autour de la table : le Tchad, le Cameroun et le Nigeria. Comme c’est souvent le cas dans des rencontres organisées sur fond de « complot », la République Démocratique du Congo était la grande absente du jour.

Et pourtant, toutes les réflexions ont tourné autour du fleuve Congo et de la rivière Ubangi, dont les eaux, selon les participants, devraient impérativement être transférées vers le lac Tchad, à partir des points de captage qui devraient se situer le long de la frontière
entre la RDC et la République Centrafricaine.

A en croire des échos échappés de la « Tripartite » d’Abuja, le Tchad, le Cameroun et le Nigeria ont levé l’option de mener un lobbying fort et de mobiliser d’importants fonds – on parle d’une dizaine de milliards de dollars américains – pour placer le gouvernement
congolais devant le fait accompli. Des voix se sont élevées, à l’occasion, pour soutenir que le fleuve Congo et la rivière Ubangi
étant considérés comme des patrimoines de l’humanité, la notion de
souveraineté de la RDC était sans objet dans le dossier.

De l’avis de nombreux observateurs, la guerre de l’eau se trouve aux
portes de Kinshasa. Les trois pays cités, laisse-t-on entendre,
seraient prêts à passer outre l’avis des autorités congolaises dans
leur détermination à sauver le lac Tchad. Hormis les options
diplomatiques et financières, celle de l’agression du grand Congo par
les armes ne serait pas exclue. L’Arabie Saoudite et l’Egypte,
signale-t-on, seraient derrière l’exhumation du dossier de l’eau de
fleuve Congo à Abuja.
Des lobbyistes occidentaux, semble-t-il, soutiendraient la thèse
selon laquelle l’assèchement du lac Tchad hypothéquerait sérieusement
l’agriculture et l’élevage, ce qui exarceberait la montée du
terrorisme à l’intérieur des territoires du Cameroun, du Tchad et du
Nigeria. Par conséquent, son approvisionnement régulier en eaux douces
en quantités suffisantes, en provenance du fleuve Congo et de la
rivière Ubangi, serait la thérapie de choc à appliquer contre
l’insécurité.
A dire vrai, le projet d’interconnexion entre le lac Tchad, le fleuve
Congo et l’un de ses principaux affluents, à savoir Ubangi, n’est pas
nouveau. Du temps de Mobutu déjà, dans les années ’70, on parlait du «
fameux Pipe Line de Salomon ». Il était question, à l’époque, de
financer la construction d’un grand oléoduc qui devait transporter
l’eau du fleuve Congo jusqu’au Moyen-Orient, sur l’axe
Zaïre-Soudan-Egypte-Israël/Palestine.
Deux thèses s’affrontaient alors, à savoir aménager le point de
captage en amont, entre Kisangani et Mbandaka, ou en aval, entre Boma
et l’embouchure. Le grand risque que présentait la première était la
perturbation du cours du fleuve, avec des dégâts collatéraux sur le
barrage d’Inga, un ouvrage cher à Mobutu Sese Seko, son bâtisseur.
Quant à la seconde, elle avait l’avantage de ne poser aucun problème
de débit au fleuve Congo, étant donné que les eaux à soutirer allaient
se perdre dans l’Océan Atlantique. Très avantageux pour l’ex-Zaïre, le
captage des eaux du fleuve Congo au niveau de l’embouchure et leur
transport vers le Moyen-Orient représentait un coût qui refroidissait
les ardeurs des bailleurs, même ceux détenteurs de fameux «
pétro-dollars ».
Mu par un sentiment nationaliste digne d’éloge, le «
Président-Fondateur » avait réservé une fin de non recevoir au projet
de soutirage des eaux du fleuve Congo au niveau de l’ex-province de
l’Equateur.
Depuis lors, les données hydrographiques n’ont pas changé. Les
autorités congolaises ont le choix entre sauver le lac Tchad et signer
l’arrêt de mort du fleuve Congo ou préserver les eaux du fleuve Congo
de la prédation et laisser les pays riverains du lac Tchad réfléchir à
une thérapie qui ne porte pas préjudice aux intérêts du peuple
congolais. La guerre de « l’or bleu » est à percevoir, dès lors, comme
une question de vie ou de mort pour la RDC, qui doit prendre les
dispositions requises pour sa protection, comme le font la Jordanie
pour le Jourdain et l’Egypte pour le Nil, que personne n’a jamais osé
proclamer « patrimoine de l’humanité ».
Kimp