Guerre de l’eau : silence radio à Kinshasa

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Même si le Lac Tchad, qui avait perdu jusqu’à 90% de son eau a remonté autour de la moitié, soit de 2000 km2 à 4.500 km2, le projet de transfert de l’eau douce du Bassin du fleuve Congo vers cette « mer intérieure » n’en est pas moins d’actualité. Baptisé « Transaqua » lors de son lancement en Italie dans les années ‘80, à l’occasion d’une conférence internationale convoquée expressément à cet effet, ce projet visait à convaincre les bailleurs de fonds à mettre la main à la poche d’une part et, d’autre part, les pays ayant en partage le Bassin du fleuve Congo (RD Congo, Congo/Brazzaville, Centrafrique, Cameroun) à accepter la construction d’un canal long de 150 km entre la rivière Oubangui, un des affluents du Congo, et le Lac Tchad.

Bien que fortement soutenue par le Tchad et spécialement son régime actuel dirigé par Idriss Deby, l’idée butte encore contre les réticences des experts en hydrographie et économie des deux Congo et de la République Centrafricaine. Du côté de Kinshasa, l’effet le plus redouté est celui de la baisse du débit du fleuve Congo et ses conséquences sur le barrage hydroélectrique d’Inga, sans oublier des dégâts écologiques et agricoles. Le Congo/Brazzaville et la République Centrafricaine craignent de provoquer l’assèchement progressif de la rivière Oubangui et peut-être sa disparition pure et simple, alors qu’elle représente une « autoroute » naturelle pour les mouvements des personnes et des biens, mais aussi pour les activités d’import et export.
Ce qui continue d’intriguer de nombreux congolais est que face à la polémique qui s’enfle autour de l’eau douce du fleuve Congo et d’un de ses affluents, entendez l’Oubangui, que certains Etats voudraient absolument verser dans le « patrimoine universel », comme l’air ou l’eau de pluie, Kinshasa affiche un inquiétant silence radio. Pourtant, des indiscrétions échappées des experts du CICOS (Commission Internationale du Bassin Congo-Oubangui-Sangha) signalent que la RDC aurait déjà marqué son accord, depuis 2005, pour l’exécution du projet « Transaqua ».
Compte tenu du flou qui entoure le dossier, l’équivoque mérite d’être levée à travers une prise de position ferme du Parlement ou du gouvernement contre une initiative suicidaire pour le pays. Par ces temps où le financement du projet Inga III est presqu’acquis, avec l’Afrique du Sud comme première cliente à l’achat de l’énergie électrique à produire, la RDC ne devrait pas rester aphone. Sinon, ceux qui tiennent à l’eau douce du fleuve Congo comme à leur dernière bouée de sauvetage risque d’opérer un passage en force, par le biais des armes, en profitant des faiblesses conjoncturelles de notre système de défense. Il n’est pas impossible que les Etats qui n’ont aucun droit sur notre « or bleu » s’en accaparent de force, comme cela arrive avec nos ressources minières dans la partie Est du pays.

L’eau douce pour fléchir Boko Haram ?

Tout récemment, un compatriote doté d’une forte expertise en biodiversité des poissons d’eau douce d’Afrique, a tiré la sonnette d’alarme sur le réchauffement climatique, à partir de Londres, sous le label de la fondation WWF, de l’idée de connecter à tout prix le Lac Tchad au Bassin du Fleuve Congo. Ses partisans fondent leur argumentaire sur le fait que le remplissage de ce gouffre naturel, menacé par le désert, par une quantité substantielle d’eau douce, serait la thérapeutique contre la montée du terrorisme dans cette partie du continent.
A les en croire, l’insécurité créée au Nigeria et au Cameroun par les Djihadistes de Boko Haram, avec des velléités d’extension vers le Niger et le Tchad, aurait pour soubassement les mauvaises conditions d’existence touchant plus de 30 millions de personnes, qui vivaient de la pêche et de l’agriculture depuis plusieurs décennies. Ils soutiennent que les opérations militaires menées par les armées nigérianes, camerounaise et tchadienne resteraient sans lendemain, si une solution économique n’était pas trouvée, à savoir le transfert de l’eau du Bassin du Congo vers le Lac Tchad. Ainsi, une source de pression s’exerce sur Kinshasa, pour l’entrainer à adhérer au vieux projet d’aménagement d’un canal d’eau douce entre les territoires congolais et tchadien.
Heureusement pour le Grand Congo, il se trouve, au sein de l’Union Européenne notamment, des décideurs qui estiment que pratiquer une quelconque « incision » sur le fleuve Congo en amont, avant Matadi et Banana, c’est mettre en péril l’avenir des millions de populations de la RDC, du Congo/Brazzaville et de la République Centrafricaine. Par conséquent, s’il y a nécessité d’aller absolument dans cette voie, il faudrait requérir leurs avis, si possible par voie référendaire.
Kimp