«Griffonia», la nouvelle escroquerie qui fait des ravages à Kinshasa

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 « Griffonia », un nom inconnu du commun des mortels, serait pour les membres d’une bande d’escrocs, la dénomination de certaines semences améliorées très recherchées dans les milieux de l’agriculture. A la suite de la crise sur le marché, le prix aurait pris l’ascenseur. Non seulement toutes les livraisons sont achetées cash, mais des commandes ne cessent de pleuvoir auprès des paysans, des commissionnaires et des revendeurs, comme on le fait croire.

            Avec des prix rémunérateurs affichés sur le marché, affirment les escrocs, la vente de ces «  Griffonia » constituerait une belle opportunité d’affaires qui pourrait ouvrir de nouveaux horizons dans le commerce. C’est pour réaliser de gros bénéfices, que le promoteur d’une boutique de vente du matériel de quincaillerie, une vendeuse des tissus wax et un pasteur sont tombés dans le panneau.

            M. Papy Bundi, le jeune commerçant, a été contacté au téléphone par un homme qui paraissait le connaître parfaitement, tellement il lui rappelait quelques événements du passé. De cet entretien téléphonique, il retiendra que l’on voudrait lui confier une belle affaire des racines qui rapporte plus. Par ces temps qui courent, s’est-il convaincu, ne pas sauter sur cette occasion en or, ne serait qu’une erreur à ne pas commettre.

            Très intéressé, Papy Bundi a alors accepté de tisser des relations d’affaires avec ces inconnus et a promis de se mettre à leur service. Un deuxième escroc est entré en scène, toujours au cours d’un contact téléphonique, pour lui vendre d’abord des échantillons. A cette occasion, il avait rencontré en lieu et place du vendeur des racines résidant dans le Bas-Congo, son fils Makengo qui habite à Selembao.

            Un quatrième escroc lui recommandé dans cette affaire, s’est présenté à lui comme le technicien spécialisé dans les tests scientifiques des produits. Deux jours plus tard, il a confirmé que les racines possédaient une forte teneur  et que le prix de vente serait revu à la hausse.

            Dans cette ambiance, Papy Bundi ne rêvait plus que de bénéfices plantureux. Mais auparavant, il devra fournir à partir de 100 Kg de racines. Entretemps, ce sont des coups de téléphone le pressant pour livrer vite, une grande quantité de ces plantes médicinales.

A son tour, il va harceler le producteur Lutonadio à disponibiliser la quantité de 100 KG au prix de 30 $ le kilogramme.

            C’est après avoir déboursé 3.000 dollars qu’il attendra une hypothétique livraison qui ne viendra plus. Curieusement, tous les numéros des escrocs ne répondaient plus, et personne ne l’appelait. La bande avait disparu de la circulation. Même le fils de Lutonadio, Makengo, était introuvable à Kinshasa.

Des victimes roulées dans la farine regrettent leur naîveté

            La même mésaventure est arrivée à un serviteur de Dieu à qui une bande d’escrocs a proposé des semences améliorées  «  Griffonia ». Compte tenu du harcèlement dont il a été l’objet de la part de ces malfaiteurs, il n’a pu débourser que près de 500 dollars.

            Ayant découvert à temps l’escroquerie, il a fixé des conditions aux malfrats qu’ils n’ont pas pu respecter. Mais voilà qu’aucun membre de la bande n’est joignable. Par contre, c’est lui qui après une semaine, reçoit des appels du matin au soir, lui proférant des menaces d’enlèvement. Le pasteur s’en est référé à la police, afin de déjouer le plan des malfaiteurs.

            A la lumière de ces cas et de tant d’autres, on a cru à tort que traqués de toutes parts par les vaillantes unités de la police, les escrocs dont certains purgent de peines d’emprisonnement dans les prisons, au terme de poursuites judiciaires, et les autres encore en liberté, avaient fini par renoncer à leur sale métier. Que non !

            Ces malfaiteurs sont toujours là dans la ville, aux aguets, et en quête des victimes naïves dans les milieux des hommes et des femmes d’affaires. Et même dans les milieux des serviteurs de Dieu. A part celles qui résistent au chant des sirènes, de nombreuses victimes cèdent et achètent des produits inconnus. Des racines, des graines et même une poudre bleuâtre ou blanchâtre. Proposés dans plusieurs laboratoires de la place, les échantillons n’ont pas été acceptés, parce que ne représentant aucune valeur marchande, ni ne possédant pas des propriétés thérapeutiques. C’est en ce moment-là que les victimes réalisent la mésaventure et les pertes  non seulement des centaines, voire des milliers de dollars, mais des biens importants.

            Comme modus operandi, les malfaiteurs à col blanc qui opèrent par bandes organisées, utilisent des téléphones portables pour joindre leurs victimes dont ils détiennent au préalable, quelques informations essentielles sur l’identité, l’adresse, les activités présentes, et un passé récent. Tout part d’une communication téléphonique qui met en contact un membre de la bande à partir d’un numéro de téléphone de l’étranger et la victime restée à Kinshasa. Un rappel sur quelques faits du passé, en guise d’introduction, met cette dernière en confiance. D’autres escrocs citent même tous les noms des enfants, ainsi que celui de l’épouse pour faire sérieux. L’entretien va tourner ensuite autour du commerce des plantes médicinales qui sont très prisées dans les industries pharmaceutiques du monde entier. D’autres malfrats proposeront des graines rougeâtres auxquelles ils attribueront des vertus curatives contre certaines maladies.

            A l’étranger où il réside, l’escroc fera remarquer à son interlocuteur que ces produits rapportent beaucoup. Pour cette occasion en or lui offerte, la balle est dans son camp. Et qu’il a tout intérêt à livrer les fameux produits en grande quantité.

            Aujourd’hui, on ne compte plus à Kinshasa le nombre des victimes de ces malfaiteurs à col blanc.

J.R.T.

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