Grâce au mandat d’arrêt de la CPI : Bosco Ntaganda, le nouveau James Kabarehebe

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Le bout de phrase contenu dans le mandat d’arrêt international lancé par la Cour Pénale Internationale présentant le sieur Bosco NTAGANDA comme un ressortissant du Rwanda continue à faire couler pas mal d’encre et de salive dans tous les milieux de la République et même dans les pays étrangers. Des commentaires vont dans tous les sens alimentant ceux déjà entendus il y a belle lurette mais que le régime en place considérait comme des ragots répandus par des officines spécialisés de l’Opposition en mal de positionnement. 
Comment un ressortissant du Rwanda a pu monter tous les échelons de la hiérarchie de l’armée nationale jusqu’au grade de général de Brigade sans que les services de sécurité ne s’en aperçoivent ? Comment un ressortissant du Rwanda a pu être chargé par l’Etat Major Général des FARDC de commander des régiments entiers de l’armée nationale dans des zones où se déroulent des opérations militaires les plus sensibles car situées dans la partie où le sort du pays est en jeu ? A part l’accord signé en secret pour les opérations militaires conjointes rwando-congolaises en 2008, Kigali et Kinshasa ne sont liés par aucun traité militaire. De ce fait, le ressortissant rwandais Bosco NTAGANDA ne pouvait pas être placé à la tête des régiments des FARDC en qualité d’expert militaire provenant d’un Etat voisin qui n’a pas signé de traité militaire liant son pays d’origine et la RDC. Cependant, des cas de ce genre ont existé, notamment celui du Colonel marocain LOUBARIS qui avait été placé à la tête du corps expéditionnaire marocain pour aider les Forces Armées Zaïroises lors de la guerre du Shaba en 1977-79. A l’époque, rappelle-t-on, le Zaïre était l’objet d’une agression en provenance de l’Angola par des éléments des Forces Nationales de Libération du Congo (FNLC) dirigées par le général MBUMB Nathanaël assistées par des experts militaires cubains et ceux du MPLA d’Agostino NETO.
 
L’affaire Bosco NTAGANDA constitue un véritable cas de conscience aussi bien pour les dirigeants politiques et militaires de haut rang que pour la nation toute entière. C’est une honte, une trahison, un désaveu et une humiliation difficile à digérer. Le Congo apparaît comme un fourre-tout, une passoire et un refuge de tous les aventuriers et autres desperados qui peuvent y entrer et y foutre la pagaille sans que les autorités politiques, militaires et administratives ne s’en rendent compte jusqu’au jour où c’est une institution judiciaire internationale qui va les réveiller sur leur véritable identité comme c’est le cas aujourd’hui avec Bosco NTAGANDA. 
 
Un autre James KABAREHEBE ?
 
Le mérite de ce mandat d’arrêt international lancé par la Cour Pénale Internationale est de remuer le couteau dans la plaie encore saignante du cas du général rwandais James KABAREHEBE. Tout au début de l’aventure de l’AFDL, un officier supérieur du nom de James KABAREHEBE avait été présenté comme un sujet MUNYAMULENGE ou tutsi congolais originaire des plateaux de Minembwe dans le territoire de Fizi au Sud Kivu et qui avait été dans la légion étrangère du Front Patriotique Rwandais en qualité de mercenaire. C’est sous cette casquette que les dirigeants de l’AFDL le présentèrent pour lui coller le grade de chef d’Etat Major Général de l’armée congolaise. C’est lors de la rupture de la coopération militaire entre le régime de feu Mzee L.D. KABILA et le Rwanda que le pot aux roses fut découvert. A la surprise générale, celui que l’on présentait à l’opinion comme le chef d’Etat Major Général de l’armée nationale fut contraint de céder sa place à un certain Josué KIFWA à la suite d’un décret signé par le chef de l’Etat de l’époque. Une cérémonie qui se déroula dans un climat de méfiance. Toute honte bue et sans vergogne ni gêne, les officiels au sommet de l’Etat rivalisèrent d’ardeur et d’ingéniosité sur les médias tant locaux que périphériques pour dénoncer James KABAREHEBE comme un sujet rwandais en oubliant que ce sont eux-mêmes qui l’avaient porté à la tête de notre armée sous les habits d’un tutsi congolais originaire de la même contrée que Me Azarias RUBERWA, Elie BIZIMA Kahara, Me Moïse NYARUGABO et autres. Apportant ainsi sans le savoir de l’eau au moulin des gens qui avaient dès le départ dénoncé cet officier généralcomme l’un des chefs historiques des forces armées du Front Patriotique Rwandais aux côtés de Paul KAGAME, feu Fred RWIGEMA, Charles KAYUMBA Nyamwasa, Patrick KAREGEYA, etc.
Il y a quatre ans, un député de Masisi au Nord Kivu pour le compte du Mouvement de Libération du Congo du nom de Jean-Paul DUNIA avait été arrêté et jeté en prison au Rwanda pour des actes d’abus de confiance et des biens sociaux. Alerté, le parlement sous Vital KAMERHE dépêcha un autre député du MLC en la personne de Thomas LUHAKA Losendjola pour aller s’enquérir auprès des autorités rwandaises sur le cas de son collègue. La réponse pleine de mépris, de condescendance et d’arrogance fut foudroyante : la justice rwandaise s’est saisie d’une infraction commise par l’un de ses ressortissants. L’envoyé spécial ou « missus dominici » retourna à Kinshasa la queue entre les pattes et ce dossier fut classé dans les archives sombres de la chambre basse sans autre forme de procès. Quelle honte ! Quelle humiliation additionnelle ! 
 
Moratoire sur la nationalité congolaise 
 
Ironie du sort ! C’est toujours tout au début de la législature 2006-2011 présidée par Vital KAMERHE qu’à la suite d’une intervention d’un membre du MLC qui dénonçait le refus de valider la candidature du député Alex KANDE Mupompa à l’élection du Gouverneur du Kasaï Occidental pour suspicion de détention de la nationalité belge, que l’opinion retint son souffle. José MAKILA convoqua la presse pour menacer de mettre sur la place publique les listes des personnalités politiques et militaires détenant des nationalités étrangères. Cela provoqua un branle-bas de combat dans le microcosme politique qui contraint le bureau de l’assemblée nationale à voter un moratoire sur la nationalité congolaise. Celui-ci a expiré depuis belle lurette sans que les détenteurs des nationalités étrangères aient déposé les preuves de leur renonciation. 
Qu’à cela ne tienne ! Le cas des Congolais ayant acquis une autre nationalité n’est pas à mettre sur le même pied d’égalité que celui de Bosco Ntaganda sous examen. Car ici, il s’agit, selon la Cour Pénale Internationale qui en a fait la révélation publique d’un étranger qui se serait permis d’usurper la nationalité congolaise pour non seulement semer la désolation dans le pays à travers les rébellions de l’UPC et du CNDP version Laurent Nkunda, mais surtoutr, d’exercer des fonctions militaires exclusivement réservées aux nationaux. Il faudra du temps pour évaluer les dégâts causés à la nation par cette intrusion dans notre secteur de défense d’un cheval de Troie au service des intérêts qui ne peuvent pas être congolais.
On comprend mieux aujourd’hui le sens du combat de Bosco Ntaganda voir les troupes du CNDP bénéficier d’une mesure spéciale de mixage au lieu d’être brassées avec les autres forces armées pour servir le pays dans n’importe quelle partie du territoire national. 
F.M. 

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