Gouvernorat du Bas-Congo : l’heure de vérité

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Aussitôt après la publication, par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), du chronogramme de l’élection des gouverneurs et vice gouverneurs, l’heure de vérité a sonné pour le Bas-Congo. La fièvre électorale, déjà latente dans cette dernière entité, est montée de plusieurs crans, à la suite de la volonté clairement exprimée par les Ne Kongo de voir leur province être dirigée autrement. Dans leur entendement, l’ « autorité morale » de la Majorité Présidentielle devrait revisiter les résultats de la présidentielle de 2011 avant de donner la consigne de vote aux députés provinciaux de sa famille politique. A ce propos, les observateurs soutiennent que le Bas Congo avait très mal élu le « Candidat n°3 », à cause essentiellement de la mauvaise gouvernance ayant élu domicile, pendant cinq ans, au sein de l’exécutif provincial. 
Le sentiment de ras le bol se ressent d’ailleurs à travers la lettre de remerciement adressée au Chef de l’Etat par la plate-forme Forum « Sauvons le Congo », en date du 23 août 2012, et dans laquelle cette structure de la Société Civile « souhaite que le futur Gouverneur de la Province du Bas Congo soit un homme ou une femme intègre, de bonne moralité, communicateur, respectueux de la loi et des valeurs culturelles Kongo, formé, expérimenté, ayant vécu au moins cinq ans dans la Province, avec une large connaissance de celle-ci et maîtrisant un des dialectes du Bas-Congo ».
Pour les analystes politiques, la saisine du Chef de l’Etat signifie que la Société Civile du Bas-Congo veut mettre une croix, à travers les urnes, sur un exécutif provincial dont le leadership a déçu tous les espoirs placés en lui en février 2007. D’où, l’on attend de Joseph Kabila une consigne de vote en harmonie avec les attentes de ses compatriotes de cette province.
 
Les amoureux des statistiques vont jusqu’à exhumer, dans les archives, les scores réalisés à cette occasion par Kabila dans chaque territoire. Cela donne, en vrac, 29,73 % pour Tshela,28,78% pour Moanda ; 27,86% pour Lukula ; 26,86% pour Boma, 17,13% pour Seke-Banza dans le Bas-Fleuve ; 70,86% pour Kimvula ; 18,95 pour Kasangulu ; 11, 34% pour Madimba dans la Lukaya ; 16,79% pour Mbanza-Ngungu ; 10,51% pour Songololo ; 6,48% pour Luozi dans les Cataractes et enfin 14,27% pour la ville de Matadi.
 
 Opposition : le temps des électrons libres
 
  En 2007, l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur du Bas-Congo s’était déroulée sous la haute surveillance de deux « autorités morales », Joseph Kabila pour la défunte AMP (Alliance de la Majorité Présidentielle) et Jean-Pierre Bemba pour l’UN (Union de la Nation). Même si, au finish, c’est le ticket Mbatshi-Nkusu qui l’avait emporté au détriment de la paire Fuka-Nsemi, l’Opposition n’avait pas manqué de crier à la trahison dans ses rangs.
Cette fois, cette famille politique se présente sans « autorité morale », ce qui fait de ses candidats des électrons libres.
Bien que juridiquement, le dernier mot revienne aux députés provinciaux, qui constituent le collège de « grands électeurs », au plan politique cependant, ceux-ci sont prisonniers des consignes des chefs des plates-formes et partis. Sur ce terrain, les candidats de l’Opposition paraissent avoir les coudées plus franches parce que jouissant d’une totale liberté de manœuvre par rapport à leur famille politique. Pour ne prendre que l’exemple des candidats les plus cités du moment au sein de l’Opposition, à savoir Gilbert Kiakwama, Jean-Claude Vuemba, Jacques Lungwana, Anatole Matusila et Fabrice Puela, aucun d’eux n’a des comptes à rendre à quiconque. S’il y a un ticket de l’Opposition à ficeler, ce serait sur la base d’un deal entre deux personnalités.
 
Majorité : pourquoi le monopole du PPRD ?
 
A la veille du défilé des députés provinciaux devant les urnes, un grand malaise est constaté dans les rangs de la Majorité Présidentielle (MP). Dans les différents états-majors des partis ayant soutenu le Chef de l’Etat à l’élection présidentielle de l’année dernière, la « gourmandise » du PPRD dans la territoriale commence à déranger. En effet, sur onze provinces de la République, ce parti aligne onze gouverneurs « full » ou intérimaires. Pourquoi ce monopole du PPRD et qu’est-ce qui le justifie ? S’interroge-t-on.
Si la situation peut trouver une explication ailleurs, ce n’est pas le cas au Bas-Congo, où les scrutins présidentiel comme législatifs de novembre 2011 ont traduit la suprématie de l’Opposition sur la Majorité Présidentielle. Certains cadres du PPRD, tétanisés par la vague du « changement », n’avaient pas eu le courage de s’afficher comme «kabilistes». Non seulement Joseph Kabila avait été mal élu, mais en plus l’Opposition s’était tapée 30 sièges de députés contre 12 à la Majorité Présidentielle.
 
Les leaders des partis de la MP autres que le PPRD, qui avaient dû mouiller sérieusement le maillot pour atténuer son échec électoral dans cette province, ne demandent qu’une chose : le partage équitable et équilibré des dividendes tant politiques que financiers. Puisque la situation du Bas-Congo est celle là, l’élégance politique devrait commander au PPRD de s’abstenir de récolter là où il n’a pas moissonné. Persister dans sa logique suicidaire de vouloir contrôler un gouvernorat où ses représentants sont rejetés par la majorité des forces vives provinciales risque de paraître comme une volonté délibérée d’écorner davantage l’image de l’autorité morale de la MP.
L’une des possibilités de réparer les dégâts électoraux de novembre 2011 et d’empêcher l’Opposition de consolider ses positions dans un Bas-Congo jusque-là anti-Kabila est de donner aux Ne Kongo un gouverneur capable de faire oublier, dans le meilleur délai, le mandat controversé de Mbatshi, qui a eu l’honnêteté de s’effacer sans se faire prier, et son colistier Deo Nkusu, dont les 4 premiers mois de gestion post-Mbatshi sont jugés catastrophiques, à en croire le mémorandum déposé au Bureau du Chef de l’Etat par Forum « Sauvons le Congo » en juillet.
Des millions de Ne Kongo ont les yeux braqués sur Joseph Kabila et forment le vœu de le voir donner aux députés provinciaux de la MP une consigne de vote qui tienne compte de la « vérité des urnes » au Bas-Congo, telle que révélée par les résultats de novembre 2011.
 
Kimp

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