Gouverneurs de provinces : non et non aux pilleurs !

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Selon le calendrier électoral réaménagé de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des 26 provinces du aura lieu le dimanche 27 mars 2019. Il s’agira de scrutins dits « indirects », dont les « grands électeurs » seront les députés provinciaux. Pour l’heure, c’est la bousculade entre candidats à cette fonction fort juteuse pour ceux qui l’exercent, en raison des opportunités d’enrichissement facile qu’elle leur offre.

Le constat malheureux à faire est que de 2007 à 2019, durant le
mandat élastique des gouverneurs et vice-gouverneurs aussi bien des 11
provinces d’avant le démembrement que des 26 provinces issues du
découpage territorial de 2015, aucune entité n’a progressé dans la
voie du développement. Le pillage aussi bien des fonds découlant de la
rétrocession des 40% que des ressources provenant de taxes diverses
(impôts fonciers, immobiliers, assurances, mines, commerce, industrie,
péage, publicité, manifestations festives, état-civil, etc.), était la
règle du jeu.
        Après 12 ans d’une gestion calamiteuse assurée par les mêmes
gouverneurs (cas d’André Kimbuta à Kinshasa, de Julien Paluku au
Nord-Kivu, d’Alphonse Ngoy Kasanji au Kasaï Oriental) ou par la flopée
de gouverneurs qui se sont succédé à leur tête, au grès des motions de
défiance articulées contre eux par les députés provinciaux, aucune
province n’a décollé économiquement. Dans toutes les provinces, les
comptes sont au rouge, et les caisses vides. A l’inverse, leurs
gestionnaires terminent leurs mandats sous le statut de millionnaires
impunis.
        Beaucoup de ceux qui viennent de postuler la direction des provinces
ne caressent qu’un rêve : entrer eux aussi dans le club fermé des
millionnaires. D’où, pour barrer la route aux hommes et femmes qui
pensent prendre le raccourci des gouvernorats pour garnir leurs
comptes en banque, s’aménager des empires immobiliers, des parcs
automobiles et des fermes agro-pastorales, il n’y a qu’une thérapie :
la vigilance des députés provinciaux.
        On connaît le modus operandi pour passer gouverneur de province. Il
suffit d’acheter les voix de la moitié des députés provinciaux plus
un. On sait que l’argent va abondamment circuler dans les milieux de
ces « grands électeurs ». Ce que l’on attend d’eux, ce n’est pas un
choix lié au volume des enveloppes qui vont leur être distribuées par
les vautours qui lorgnent le juteux fauteuil de gouverneur de
province, mais plutôt un choix utile, dicté par le souci de confier
ces entités administratives de base à des patriotes réellement animés
de la volonté de les sortir de la pauvreté.
        S’ils trahissent la confiance des électeurs qui, le 30 décembre 2019,
avaient voté pour la rupture avec l’ancien système, qui avait érigé la
prédation en mode de gestion des affaires publiques et l’impunité des
pilleurs en valeur cardinale, les provinces vont repartir pour cinq
nouvelles années de pillages. Le spectacle du moment est celui des
provinces dotées des villes poubelles, sans routes asphaltées ni
carrossables pour l’évacuation des produits agricoles, sans eau
potable ni électricité, des chefs-lieux de provinces et de territoires
sans hôpitaux de référence, ni écoles et universités viables, sans
industries de transformation, sans petites et moyennes entreprises,
etc.
        La conséquence de la descente aux enfers des provinces est la ruée de
leurs populations de tous les âges et des deux sexes vers Kinshasa,
qui ressemble à la plus grande décharge publique de notre planète,
sans unités de production et sans emplois à offrir à ses millions de
citadins.
        L’ironie du sort avait voulu qu’en 2006 au Kongo Central, sur un
total de 29 députés provinciaux, 15 se prononcent pour le ticket
Mbatshi-Nkusu et 14 pour Fuka-Ne Muanda Nsemi, ce qui avait
terriblement compliqué le calcul car cela ne faisait pas la moitié +
1. Qu’à cela ne tienne, le duo Mbatshi-Nkusu était passé. On a encore
frais dans les mémoires le coup fourré de Kimbuta contre Adam Bombole,
pourtant crédité d’une large majorité de députés provinciaux MLC, pour
la course au gouvernorat de Kinshasa.
        Ces deux feuilletons renvoient en fait à des victoires électorales
arrachées sur le fil, grâce aux espèces sonnantes et trébuchantes. Il
serait malheureux que l’avenir des provinces et de leurs résidents
soit hypothéqué par une poignée d’inciviques mus par le gain du lucre,
alors qu’ils ont l’occasion de casser l’antivaleur du pillage des
entités politico-administratives décentralisées.                        Kimp

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