Gouvernement Matata: inquiétante distraction

0
58

matata-palais-du-peupleLa vie s’est pratiquement arrêtée dans les cabinets ministériels et, par ricochet dans les entreprises publiques, depuis la sortie, en novembre 2013, de la lettre du Premier ministre décrétant l’entrée de l’exécutif national dans la spirale des affaires courantes. Cette décision a eu pour conséquence de plomber toute initiative non agréée par le chef du gouvernement. Résultat : le pays tourne au petit trot, la plupart des ministres étant davantage occupés par leur maintien en poste qu’à l’analyse profonde des dossiers de leur secteur.

Certains sont tentés de recréer une ambiance normale de travail mais cela devient difficile en cette période où des moutures des « ministrables » circulent dans tous les sens. C’est presque tous les jours que l’on apprend que Matata Ponyo aurait pour successeurs tantôt Léon Kengo wa Dondo, tantôt Aubin Minaku, ou encore Evariste Boshab… quand ce n’est pas Jean-Claude Masangu ou Gilbert Kiakwama. S’agissant des ministres en fonctions considérés comme proches du Chef l’Etat, ils sont annoncés à la tête des méga-ministères stratégiques tels que les Affaires Etrangères, l’Intérieur, les Finances, le Plan, les Travaux Publics, la Justice, etc.

Quant aux « chômeurs » de la République fichés dans la Majorité Présidentielle comme dans l’Opposition, ils sont cités et disqualifiés tous les jours dans les moutures ministérielles, au point que certains d’entre eux, las de vivre un interminable suspense et convaincus d’avoir été lâchés par Kengo ou Minaku, co-présidents des Concertations Nationales et « informateurs » de fait, n’hésitent pas à brandir des menaces de traversée de rue pour le camp ennemi.

De nombreux compatriotes ont pris goût au jeu des moutures ministérielles, dont ils se délectent avec la ferme conviction que le fameux « Gouvernement de cohésion nationale » serait imminent. Des cabinets fantômes sont à pied d’œuvre aux quatre coins de la ville de Kinshasa, dans l’attente de la confirmation des nominés par le Chef de l’Etat.

En dépit de la clôture de la session ordinaire de mars-juin 2014 au Parlement, l’espoir de convocation d’une session extraordinaire et donc d’investiture de futurs membres de la nouvelle équipe ministérielle demeure. Annoncée avec fracas comme le délai-butoir de levée du suspense par le Président de la République, la date du 30 juin 2014 risque de surprendre la RDC avec le même Premier ministre et les mêmes ministres que ceux placés aux affaires depuis mai 2012.

Depuis sept mois, une inquiétante distraction semble se développer au niveau de l’équipe ministérielle, tant et si bien que de nombreux dossiers de la République sont pris en mains par les fameux animateurs du « pouvoir parallèle », soit pour le blocage, soit pour exploitation dans des conditions nébuleuses. Certes, on voit plusieurs ministres s’investir dans des actions médiatiques, dans le dessein bien arrêté de montrer à l’opinion tant nationale qu’internationale que la continuité de l’Etat est bien assurée. Mais, dans le fond, on sent qu’un ressort s’est cassé au niveau de la machine gouvernementale.

Il faut siffler la fin de la récréation

 Après une longue et vaine attente de la publication de la liste du nouveau chef du gouvernement et de ses nouveaux collaborateurs, les Congolais sont fatigués de voir le pays fonctionner sous le régime des affaires courantes. D’aucuns pensent que le Chef de l’Etat aurait intérêt à siffler la fin de la récréation, en fixant les ministres en fonctions et les candidats ministrables sur leur sort.

Si les conditions de mise en place d’un Gouvernement de cohésion nationale ne sont plus réunies, il serait plus juste d’abandonner l’idée. A ce stade, tout le monde peut constater que ceux qui avaient prétendu représenter l’Opposition agréés aux Concertations nationales ne pèsent pas. Les Envoyés spéciaux des Nations Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, des Etats-Unis d’Amérique et de la Grande-Bretagne dans les Grands Lacs ont fait la part belle à la véritable Opposition lors de leur dernier passage à Kinshasa, ce qui peut être interprété comme un désaveu à l’endroit de ceux qui se sont positionnés en interface de la Majorité Présidentielle dans le seul but de résoudre le problème de leurs tubes digestifs.

La situation étant ce qu’elle est, les Concertations nationales ne peuvent plus être brandies comme la voie royale devant mener à la communion des cœurs et des esprits entre Congolais. L’on croit savoir que le message envoyé par la Communauté internationale en direction des hommes au pouvoir à Kinshasa va dans le sens d’invitation à la tenue d’un dialogue inclusif, dans l’esprit de la Résolution 2098 des Nations Unies et de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. La République ne perdrait rien à mettre une croix sur le gouvernement de cohésion nationale, impossible à mettre sur pied dans un environnement où la véritable Opposition est laissée au bord de la route.

                                                                                  Kimp

LEAVE A REPLY

*