Gouvernement – M23 : Kampala, dialogue des sourds… et après ?

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Les délégués du gouvernement congolais ainsi que ceux de la rébellion du M23 ont poursuivi, le samedi 19 janvier 2013, le difficile exercice d’évaluation de l’Accord du 23 mars 2009. En dépit de l’apparente disponibilité des deux parties à dialoguer, il a été constaté des divergences profondes entre elles, même sur des questions de détail.

          En effet, quand le M23 affirme que les autorités de Kinshasa n’ont pas respecté leurs engagements dans l’intégration de ses représentants dans l’armée et les services publics, ces dernières soutiennent avoir rempli leur part du contrat, avant de relever que dans l’exercice des charges publiques, l’expertise des rebelles laissait à désirer. S’agissant de la reconnaissance des grades des officiers du M23, le banc gouvernemental est formel : un colonel réputé criminel ne peut prétendre aux galons de général de l’armée.

            Lorsqu’on l’analyse la réplique du gouvernement aux préoccupations sécuritaires, politiques, sociales et économiques telles que consignées dans son cahier de charges, l’on se rend compte que les officiels de Kinshasa n’entendent rien concéder à leurs interlocuteurs dans la corbeille des sujets qui fâchent, notamment l’exigence de l’annulation des élections du 28 novembre 2011, de la dissolution du Sénat et des Assemblées provinciales, de la mise en place d’un Conseil National et d’un Gouvernement de Transition, de la révision de tous les contrats miniers, forestiers et pétroliers jugés léonins, de l’amélioration du climat des affaires, du social des agents de l’Etat, des militaires, des policiers et des membres des services spéciaux, etc.

Le M23 va-t-il accepter de rentrer bredouille ?

            Au vu des positions diamétralement opposées qu’affichent les participants aux négociations congolo-congolaises à Kampala, il y a lieu de craindre que celles-ci ne se terminent dans l’impasse. Dans l’hypothèse d’un blocage définitif, la question que se posent nombre d’observateurs est de savoir si la délégation du M23 va accepter de rentrer bredouille à Bunagana. Car, à bien lire son cahier de charges, cette rébellion semble décidée à arracher, à partir de la capitale ougandaise, un accord de partage du pouvoir avec le gouvernement congolais, dans le pur style de Sun City/bis, sur pied d’une nouvelle « Transition », régie par une nouvelle Constitution et gérée par un Conseil National de Transition. Cette méga-institution devrait, comme on le devine, consacrer la mise en place d’un nouveau gouvernement, la dissolution du Sénat et des Assemblées provinciales, la démission des gouverneurs et vice-gouverneurs de provinciale, une nouvelle phase de «mixage» des combattants du M23 avec les troupes de l’armée régulière, la présence des mandataires de la rébellion dans les entreprises du Portefeuille, la diplomatie, la territoriale, l’administration publique, etc.

            Convaincu que le temps est venu pour eux de co-gérer la République Démocratique du Congo avec le pouvoir en place à Kinshasa, les rebelles du M23 risquent de recourir à leur sport favori, à savoir la guerre, laquelle déchire le pays depuis dix mois et a déjà causé d’énormes dégâts humains, matériels et financiers.

            Si la rébellion décide de quitter la table des négociations et de tenter d’obtenir, par les armes, ce qu’elle n’a pas pu se faire offrir sur le plateau d’or par le dialogue, le gouvernement congolais dispose-t-il des moyens militaires, politiques et diplomatiques à même de faire échec à l’option militaire de son adversaire ? Les autorités politiques, civiles et militaires congolaises ont-elles suffisamment tiré les leçons des revers militaires d’avril à décembre 2012 et arrêté des stratégies réellement dissuasives de riposte contre les velléités guerrières d’une rébellion instrumentalisée par ses voisins rwandais et ougandais ?

            L’autre inconnue est à chercher dans l’attitude de la communauté internationale, qui donne l’impression de se répandre en déclarations de bonnes intentions pour le retour de la paix au Congo, la sauvegarde de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, sans pour autant franchir le pallier de la chasse effective aux forces négatives qui désarticulent la partie Est du pays. Encore une fois, des millions de Congolaises et de Congolais baignent dans l’incertitude du lendemain, en raison des incertitudes qui continuent de planer sur le « mixage » entre la Monusco et la Force Internationale Neutre, la surveillance de la frontière congolo-rwandaise par des drones et de l’absence totale de sanctions contre le Rwanda et l’Ouganda, pourtant épinglés de longue date comme sponsors du M23. Les Nations Unies et l’Union Africaine sont-elles prêtes à aider Kinshasa à gérer les ambitions pôlitiques et militaires du M23? La question reste posée. Tant que des dirigeants rebelles et leurs parrains resteront impunis, l’éventuel échec du dialogue de Kampala risque d’être lourd de conséquences pour l’avenir du Congo et des Congolais.

Kimp

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