Glissement : la Majorité devant un boulevard

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majorité parlementaireAprès le cuisant revers qu’elle avait subi en janvier 2015, avec la tentative de révision de la Loi électorale mise à l’échec par des manifestations violentes de rue à Kinshasa comme dans les principales villes du pays, la Majorité Présidentielle est en train de réaliser, en douceur, le « glissement » tant décrié du calendrier électoral. Elle a planifié à cet effet des schémas qu’elle exécute à la parade.
En faisant le point avant la fin de l’année en cours, laquelle aurait dû être marquée par l’organisation des élections locales, municipales, urbaines et législatives provinciales, on note que la famille politique du Chef de l’Etat a réussi à démembrer le pays en 26 provincettes, à faire nommer des Commissaires Spéciaux en lieu et place des gouverneurs à élire, à décapiter le Bureau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), à faire de celle-ci une coquille vide par la privation de financement, à rendre le Dialogue incontournable.
            Le constat que le commun des Congolais fait à ce stade du processus électoral est que la majorité au pouvoir s’est ouverte un « boulevard » dans son épopée vers le « glissement », sans rencontrer la moindre résistance de la part de l’Opposition institutionnelle, présente au Sénat, à l’Assemblée Nationale et à la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). En dépit de la multiplication de « Conclaves », « Conventions », « Congrès », « Séminaires », « Ateliers », déclarations politiques et ultimatums de toutes sortes, elle accompagne allègrement le pouvoir en place dans son option de ne pas respecter les échéances de 2015 ou 2016.
Le « go » avec le démembrement
Après les journées folles du 19 au 21 janvier 2015, où le pouvoir en place semblait ébranlé par la révolte populaire contre la révision de la loi électorale et partant à toute velléité de « glissement », l’on a cru que l’Opposition institutionnelle allait capitaliser cette « victoire d’étape » pour barrer définitivement la route aux architectes de la prolongation automatique des mandats des animateurs des institutions de la République.
            Curieusement, lorsque le gouvernement a décidé de porter le nombre de provinces de 11 à 26, rien n’a pu l’arrêter. L’opposition, en dépit des vociférations de certains de ses leaders dans les médias privés et périphériques, a assisté, impuissante, au morcellement du Bandundu en trois nouvelles entités (Kwango, Kwilu, Maindombe), de l’Equateur en cinq (Equateur, Tshuapa, Mongala, Nord-Ubangi et Sud-Ubangi), de la Province Orientale en quatre (Tshopo, Bas-Uéle, Haut-Uéle et Ituri), du Kasaï Occidental en deux (Kasaï et Kasaï Central), du Kasaï Oriental en trois (Kasaï Oriental, Sankuru et Lomami), et du Katanga en quatre (Haut-Lomami, Haut-Katanga, Lualaba et Tanganyika).
Tout en sachant que ce démembrement territorial était porteur des germes d’une longue parenthèse administrative, compte tenu du caractère non viable de ces nouvelles provinces et du manque des moyens pour les faire fonctionner, l’Opposition a encaissé le coup. Et comme pour lui démontrer qu’elle n’avait nullement l’intention de reculer, la Majorité au pouvoir est allée jusqu’au bout de son plan de « glissement » sans frais, en formalisant la nomination des Commissaires Spéciaux et Commissaires Spéciaux adjoints chargés d’administrer les nouvelles provinces nées du découpage territorial, mettant du coup une croix sur l’élection des gouverneurs de ces entités, pour laquelle les fonds promis à la CENI n’ont jamais été décaissés.
La CENI déstabilisée
 
            Privée de moyens financiers pour exécuter son calendrier électoral global, la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), qui tentait de vouloir réaménager le chronogramme des élections, en vue de le soumettre à la sanction des participants au Dialogue, a été stoppé dans son élan par les démissions en chaîne de son président, l’Abbé Apollinaire Malumalu (10 octobre 2015), de son vice-président André Mpungwe ( 30 octobre 2015) et de sa Questeur (09 novembre 2015).
            Il a été constaté, après la publication du communiqué de la Majorité présidentielle sommant les membres de cette institution occupant illégalement ses « postes » de les libérer que la déstabilisation de la CENI était planifiée. Dans cette phase de recomposition, la machine électorale s’est complètement arrêtée. Bien qu’elle ait décidé de maintenir ses membres au sein du staff, la centrale électorale nationale est paralysée. Sa remise en service ne peut être espérée avant la fin de l’année. Et cela fait plusieurs mois perdus pour les opérations préélectorales.
Pas d’argent pour les élections
            Depuis que la CENI avait évalué le coût du processus électoral à un milliard deux cents millions de dollars, le gouvernement se réfugie derrière la basse conjoncture économique, notamment la chute des cours des matières premières, notamment les minerais dont est exportatrice la République Démocratique du Congo, pour étouffer financièrement la CENI. Bien que présente dans les deux chambres du Parlement, l’Opposition n’a aucun moyen de pression sur l’exécutif national pour l’obliger à libérer les fonds votés pour le financement du processus électoral. Elle constate, comme tout le monde, que l’étau de la disette est en train de se resserrer sur le « pouvoir organisateur » des élections, ce qui préfigure, le cas échéant un « glissement » de fait, pour cause de manque de fonds pour la tenue des élections.
Trop tard…
            Pour avoir légitimé le pouvoir en place, depuis qu’elle siège au Parlement ainsi que dans certaines institutions d’appui à la démocratie, l’Opposition n’a plus d’autre choix que de continuer à l’accompagner dans la spirale du « glissement ». Au rythme où le calendrier électoral est en train d’imploser, il ne lui reste que le Dialogue pour tenter de sauver les meubles, à condition qu’elle fasse corps contre la Majorité présidentielle pour limiter les dégâts du « glissement ».
            En dehors de la possibilité de dégager un calendrier électoral consensuel, de cibler des élections prioritaires (présidentielle et législatives nationales par exemple) à organiser dans les délais constitutionnels, de convaincre le pouvoir en place de la nécessité d’enrôler les nouveaux majeurs et de nettoyer le fichier électoral, d’obtenir la libération des prisonniers politiques et d’opinions ainsi que l’ouverture des médias publics à tous les courants politiques, l’Opposition, tant parlementaire qu’extraparlementaire dispose d’une maigre marger de manœuvre pour empêcher le « glissement ». Quoiqu’elle dise et fasse, plusieurs scrutins devraient être ajournés. Et, si elle négocie mal au Dialogue, le « glissement » risque d’être intégral.
                                     Kimp