Les ghettos de Kinshasa sous la botte des marginaux

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Non répertoriés sur la nouvelle cartographie de la criminalité de la police de Kinshasa, les nouveaux ghettos tout comme les anciennes termitières des marginaux, repeuplés dernièrement par les évadés de Makala et de Matete, et autres rescapés des traques policières, affichent désormais complet. Ces fiefs de délinquants ivres, dangereux
et menaçants, ont encore fait parler d’eux. En effet, la semaine passée, c’est dans un cratère creusé dans le sol sablonneux de Kindele par des érosions, que des policiers ont pu mettre la main sur une colonie des malfaiteurs habitant le lieu et surpris en plein sommeil.

Comme pièces à conviction, les agents de l’ordre ont saisi un lot des machettes qui démontrent, si besoin en était, qu’avec ces malfaiteurs en liberté, les Kinois continueront à connaître des nuits d’insomnie.

D’où les habitants de coins les plus chauds de la ville ne cessent de réclamer des autorités urbaines, la fin de ces cauchemars de violences. Dans plusieurs zones, un seul refrain prédomine : il faut en finir définitivement avec cette pègre. Et si la police n’y parvient
pas, la population promet de se prendre en charge en réglant les comptes à ces monstres de nos quartiers mal famés.

A Kingabwa, le célèbre site de Pakadjuma demeure tristement célèbre et hautement criminogène. Entassés dans des abris précaires construits avec de vieilles tôles rouillées et quelques épaves de véhicules désossés, des bandes de marginaux mènent aux abords de cette décharge publique, une existence perturbée dès l’arrivée des patrouilles de la
police.

Dans les parages de Pakadjuma, hommes et femmes sont agressés souvent la nuit, et rarement le jour pour ne pas être aussitôt identifiés et dénoncés aux postes de police. Ils restent néanmoins reconnaissables
par leur cruauté et le timbre de leur voix menaçante proférant des
ordres aux victimes. Ngandu wa Ngandu, fonctionnaire de l’Etat, garde
de sa rencontre avec ces malfrats, un très mauvais souvenir.  Avec son
épouse, ils revenaient du Port privé Baramoto où ils sont allés
s’approvisionner en sac de fufu, un demi-sac de maïs et des paniers de
poissons fumés en provenance de Bandundu. La bande à un certain Pekos
interpellait des piétons. Ngandu wa Ngandu et sa femme ont été sommés
de remettre de l’argent à ces délinquants qui en réclamaient
davantage. Devant une incompréhension, les marginaux ont passé à tabac
leurs victimes, leur causant de blessures à l’aide des objets
contondants. Pour butin, les paniers de poissons fumés ont fait
l’affaire des bandits.
A l’ombre des bambous géants bordant la rivière Makelele, quartier Ja
maïque à Kintambo, une meute de malfaiteurs assis les uns à côté des
autres, dans une sorte de réunion des caïds redoutables, partage des
tiges de chanvre allumées, pendant que des flacons d’alcool frelaté
circulent dans une sorte de confrérie criminelle. L’ambiance est bon
enfant. Un petit groupe va se détacher de la bande pour accueillir les
personnes qui sont passés au quartier Jamaïque. Scènes d’intimidation.
Actes de brutalité. Téléphones et billets de banque sont arrachés.
Cette nuit, les victimes traumatisées à outrance, rentrent
tremblotantes, les jambes molles, le cœur battant à une grande
vitesse.
Une des victimes a laissé entendre plus tard que l’un de ses
agresseurs se réjouissait de s’être évadé de la Prison centrale de
Makala. Car, là-bas, c’est la disette. Pas de moments de liberté. Pas
la moindre occasion d’agresser les promeneurs solitaires. Il jurait
donc de venger cette période où il était sous les verrous.
N’empruntent plus ce passage que des colonnes de vendeuses de fruits
et le bataillon de vendeurs ambulants qui sont rassurés que dans une
grande masse, les marginaux n’osent pas les attaquer.
Depuis des mois, des plaintes fusent de la plupart de communes à la
suite du regain de banditisme dans la ville de Kinshasa. Et la police
doit redessiner sa carte des patrouilles en inversant chaque fois, les
itinéraires que doivent emprunter les policiers.

J.R.T.