Gertrude Mulopo : « La prise en charge des personnes de troisième âge pose problème»

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Dans certaines familles congolaises, les personnes de troisième âge sont souvent délaissées à leur triste sort. Quelques uns parmi eux sont taxés de sorciers et d’autres deviennent une charge désagréable compte tenu de leur état très exigeant et capricieux. Pour s’acquitter de cette charge, beaucoup les éloignent de leur environnement en les abandonnant soit dans la rue, soit dans les homes de vieillards sans se soucier de leur sort. C’est ce que nous explique Gertrude Mulopo, directrice du Home des vieillards/Kabinda du ministère des Affaires Sociales, situé dans la commune de Lingwala (en face de la RTNC1), que Le Phare a rencontré le 19 février 2014 à son bureau.  

Le Phare : Depuis combien de temps  êtes-vous à la tête de ce Home de vieillards ?

Mme  Gertrude Mulopo : Je suis directrice de ce home depuis le 23 octobre 2013.  Toujours entant que fonctionnaire de l’Etat au ministère des Affaires Sociales, j’ai travaillé pendant plusieurs années comme directrice aux écoles maternelles, ensuite comme chef de division chargée de la formation et aujourd’hui je me retrouve à ce poste comme directrice du home des vieillards de Kabinda à la Direction Nationale des Personnes de Troisième Age (DEPTA), l’une des directions des Affaires Sociales.

A partir de quel âge accueillez-vous ces personnes de troisième âge et à quelles conditions ?

Nous hébergeons les personnes de troisième âge à partir de 65 ans. Bon nombre d’entre eux n’ont aucune famille. Nous ramassons certains dans la rue  après qu’ils aient été tout simplement abandonnés par leur famille en les traitant de sorciers ou de plusieurs autres maux. Mais bien entendu, leur arrivé ici chez nous ne se fait pas d’une manière informelle puisqu’il y a un certains nombre de procédures à remplir. Sur ce, il faut chercher des documents à la commune, puis à la division urbaine des affaires sociales et enfin ici. Même au Home, nous vérifions si réellement le vieillard qui arrive manque bel et bien d’abris et si vraiment sa présence au foyer social est bel et bien justifiée.

La famille  a-t- elle un rôle à jouer  dans la prise en charge des siens ?

En principe oui. Mais ce n’est pas le cas dans notre hospice parce que la majorité de ceux qui viennent faire interner leur membre de famille, ont souvent l’habitude de les abandonner à la totale charge du centre sans même se soucier de leur état de santé. Pourtant ils ont aussi besoin de l’affection de leur membre de famille de peur qu’ils se sentent délaissés. Et lorsque certains d’entre eux meurent, personne de leur famille ne se présente pour le recueillement parce qu’ils sont introuvables.

A combien revient l’effectif total des vieillards dans votre centre ?

Nous avons au total 41 personnes (9 hommes et 32 femmes) repartis en 6 dortoirs, dont 2 pour les hommes et 4 pour les femmes. Et chaque dortoir comprend en son sein 4 à 5 lits. Mais en dehors des internes, il y a aussi des externes à qui nous songeons certaines fois, en leur remettant des vivres alimentaires, lorsque nous recevons des dons.

Comment s’effectue la prise en charge alimentaire et sanitaire des ces vieillards dans votre hospice ?

S’agissant de la ration alimentaire, nos internes vivent essentiellement des dons, du moins, depuis que je suis  à la tête du Home. Nous nous débrouillions avec le peu que nous amènent les gens de bonne volonté pour parvenir ne fusse qu’à les nourrir. Mais du coté de la santé, les conditions sont vraiment déplorables. A leur âge, ils sont constamment malades, malheureusement, ils ne sont pas soignés par manque des médicaments. Il y a même l’hôpital dans l’enclot du centre mais puisque les médicaments font défaut, le centre hospitalier sert maintenant  beaucoup plus des gens qui viennent de l’extérieur. Et nous avons d’ailleurs enregistré au total cinq cas de décès entre les mois de décembre 2013 et de janvier 2014, dus dans la majeure partie aux mauvaises conditions sanitaires.

Dans ce cas, quel est l’apport de votre ministère de tutelle ?

Comme je l’ai signifié ci-haut, pendant les trois mois depuis que j’exerce les fonctions de directrice du Home des vieillards de Kabinda, je n’ai pas encore reçu de subside venant des autorités pour le fonctionnement de l’hospice. C’est ainsi qu’ensemble avec la direction national DEPTA, nous nous efforçons de nous en sortir.  Cette dernière contribue souvent avec quelques produits alimentaires tels que de l’huile végétale, des légumes, etc.  Cela nous épargne certaines dépenses quotidiennes, sinon, on ne serait pas en mesure de les nourrir de nous même. Mais nous devons souligner que lors des festivités de fin d’année, le ministère des Affaires Sociales nous a fait don des sacs de riz, des cartons de poulet, de l’huile, etc.

En tant qu’hospice des vieillards, avez- vous l’appui des partenaires?

Il y en a quelques uns qui nous apportent leur soutien. Tels qu’Orgaman, INSS, SONAS, etc. Hormis cela, nous avons reçu, au mois d’octobre, la visite de la première dame, Olive Lembe Kabila, qui nous a fait don d’un véhicule pour faciliter le déplacement des internes. Mais cela s’avère toujours insuffisant face aux divers besoins que nous avons.

Combien d’agents sont-ils affectés  au Home des vieillards ?

Nous disposons d’environs 70 agents avec une sélection d’au moins quatre agents par chambre. Et ce sont les filles et garçons de salles qui s’occupent de la propreté des chambres et des occupants. Ce sont eux qui  les lavent, nettoient leurs habits et préparent pour eux. Mais étant donné qu’il n’y a pas assez de motivation, certains d’entre eux ne sont plus réguliers à leur poste de travail.

Les personnels du Home sont-ils  formés pour assumer convenablement leur tâche ?

Bien sûre.  Récemment, l’Autrichienne Hermine Rose en collaboration avec le centre Caritas, a donné  quelques formations pendant cinq jours, en interaction dans les soins gériatriques, à nos filles de salle. Cela veut simplement dire que les filles de salles sont recyclées pour s’assurer qu’elles sont en mesures de s’occuper comme il se doit à leur milieu de travail.

Quel est le message fort que vous pouvez lancer aux autorités et aussi aux hommes de bonne volonté ?

Aux autorités, je leur demande de prendre en charge convenablement ces personnes de troisième âge car ils sont partie prenante de la société congolaise. Ils ont le droit de bénéficier du soutient intégrale de leur pays comme cela se passe sous d’autres cieux. La famille à son tour doit savoir qu’elle a un grand rôle à jouer. Celle-ci est appelée à bien prendre soins de ces personnes de troisième âge en les protégeant des situations tragiques qui les précipitent à l’isolement ou tout simplement à la mort. La famille doit se rendre compte de l’importance et de l’intérêt qu’il y a à garder les vieillards à leur côté du fait qu’elle peut beaucoup bénéficier de leur expérience. Enfin, je demande à toutes les personnes de bonne volonté de nous venir en aide afin de nous permettre de remplir notre tâche et de réconforter cette catégorie de personnes.

Perside Diawaku et

Myriam Iragi          

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