Gérard Kamanda a tiré sa révérence

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kamandaC’est dans la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 janvier 2016 qu’il s’est éteint à la suite d’un vaillant combat de plusieurs mois contre une subite maladie.

S’il laisse une famille médusée et désemparée,  Maître Kamanda est l’un des rares acteurs politiques congolais à laisser également dans l’histoire de la Nation congolaise un sillon de haute facture patriotique, nationaliste, vertueuse et internationalement élogieuse.

C’est au niveau international en effet qu’il reste, jusqu’à ce jour, le Congolais qui a atteint le plus haut grade dans les institutions internationales pour avoir été le Secrétaire général adjoint de ce qui restera à jamais la plus prestigieuse des institutions interétatiques dont l’Afrique peut s’enorgueillir : l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Toujours au chapitre de ses prestations internationales, Maître Kamanda a laissé une empreinte indélébile au Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations-Unies pour avoir présidé lui-même, en tant qu’Ambassadeur de la République du Zaïre, cette illustre institution à l’un des moments cruciaux de l’histoire de notre temps, notamment lorsqu’on frôla une troisième guerre mondiale avec la Guerre des Malouines ou guerre de l’Atlantique Sud en 1982…

Son sillon dans l’histoire politique congolaise restera marqué du sceau de la rigueur d’un technocrate de haut vol et d’un patriotisme aussi bien exubérant qu’exigeant. Il fit ainsi infléchir le régime de Mobutu à réhabiliter Patrice-Emery Lumumba pour lui consacrer le culte de Héros national qui lui est désormais réservé. Mais, acteur politique vertueux, opposé au favoritisme et au clientélisme dans un système où ces antivaleurs font plutôt partie des codes et des facteurs de survie, Maître Kamanda mènera la carrière politique d’un homme plutôt seul pour finir presque dans la marginalisation politique. Néanmoins, les éclats de ses compétences intellectuelles et politiques exceptionnelles resteront à jamais impérissables. Qu’on se souvienne des subtilités de ses prestations aux côtés de Nelson Mandela Madiba sur le navire sud-africain Outenika le 4 mai 1997 ou du panache intellectuel avec lequel il conduisit à Bruxelles, le 11 décembre 1988, l’inoubliable « Mission de clarification » zaïroise qui laissa les Belges médusés devant leurs écrans…

Orateur hors-pair

à la CNS

            C’est aussi lors des travaux de la Conférence Nationale Souveraine que Me Gérard Kamanda a émerveillé l’assistance par son discours de politique générale qui provoqua des applaudissements nourris pendant près de vingt minutes. Par son éloquence hors-pair et la richesse de ses propos sur le plan politique, historique et sociologique. De l’avis de nombreux observateurs, ce discours aura été le plus déterminant, car Me Gérard Kamanda fut désigné par ses pairs de l’Union Sacrée de l’Opposition Radical comme l’un des leurs délégués aux négociations avec la famille proche du Maréchal Mobutu aux pourparlers de la Nsele pour rédiger le projet de l’acte constitutionnel de la transition. Aux côtés d’autres leaders de l’opposition dont particulièrement le député national élu en 1987 à Kinshasa, l’honorable Jean-Marie Kabemba Mbale, secrétaire général du Parti Démocratie Chrétienne Fédéraliste fondé le 25 juin 1991 par le monument universitaire congolais, entendez le professeur Ferdinand Ngoma Ngabu.

            Car, c’est dans le bureau de l’honorable Jean-Marie Kabemba où furent rédigés de nombreux documents politiques qui ont marqué tant les travaux de la CNS que d’autres négociations politiques. Il fit ainsi partie de toutes les négociations politiques de ce forum qui en feront l’un des pions majeurs pour la mise en place du troisième gouvernement de Léon Kengo dit celui de la troisième voie où il occupa pendant tout son mandat le poste de vice-Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères. C’est ainsi qu’il va se retrouver sur le Bateau Outeniqua lors des pourparlers avec les délégués de l’AFDL de feu L.D. Kabila.

            De son retour d’Addis Abeba, au lendemain de ses démêlés avec la camerounais William Eteki-Mboumoua, secrétaire général de l’OUA, Me Gérard Kamanda fut nommé tour à tour ambassadeur à Washington et aux Nations-Unies. Il rejoigna après le pays natal pour être nommé secrétaire général adjoint du MPR aux côtés de feu Alphonse-Roger Kithima Bin Ramazani jusqu’au discours historique de Nsele du 24 avril 1990 qui sonna le glas au régime  du MPR-parti-Etat. Il va alors se retrouver aux côtés d’autres anciens barons du régime, tels feu Mandungu Bula Nyati, Paul-Henri Kabayidi, Yezu Kitenge au sein du Front Commun des Nationalistes. Qui dura l’espace d’un matin à la suite des divergences majeures et de la lutte de leadership entre ses dirigeants.

            A la suite des tripatouillages sur les listes des délégués des partis politiques et associations de la société civile à l’ouverture de la Conférence Nationale Souveraine opérés par la commission de la validation des mandats dirigée par le tandem feu Kabimbi Ngoyi et Me Otoko, le Procureur Général près la Cour d’Appel de la Gombe, M. Emmanuel Lusamba Panda Lusambo et Me Gérard Kamanda prirent le relais pour corriger les erreurs commises par leurs prédécesseurs.

            L’Editeur du Journal le Phare et tous les membres de la rédaction, des services administratifs, techniques et commerciaux présentent leurs condoléances attristées à la famille de l’illustre disparu. Que la terre de nos ancêtres lui soit légère et douce !

                        F.M.