Génocide au Congo : le Livre Blanc de She Okitundu

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La révélation du Premier ministre belge, Yves Leterme, relative à une « réaction commune » au « Mapping Report » des Nations Unies actuellement en préparation à Kinshasa, Kigali, Kampala et trois autres capitales des Etats d’Afrique Centrale, n’en finit pas de soulever des vagues au sein de l’opinion congolaise. La préoccupation majeure des filles et fils de notre pays consiste à savoir si notre gouvernement va se permettre de cracher sur la mémoire de plus de 5 millions de nos compatriotes ayant quitté cette terre des hommes à cause de la barbarie de certains de nos voisins agresseurs.

Pourtant, l’histoire nous renseigne qu’en son temps, la République Démocratique du Congo avait dû s’investir dans un lobbying fort pour faire accréditer, auprès de la communauté internationale, la thèse de l’agression dont elle était victime à partir du mois d’août 1998 de la part de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi. 

Entre autres pièces à conviction brandie à l’occasion, il y avait le « Livre Blanc » élaboré et diffusé par le ministère des Droits Humains, sous le mandat de Léonard She Okitundu, présentement Sénateur de son état. « Les paroles s’envolent, les écrits restent » (Verba volant, scripta manent) disaient les locuteurs du latin. 

            Dans ce document très fouillé, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi étaient nommément épinglés comme pays « agresseurs » de la République Démocratique du Congo. Une description exhaustive des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire (massacres, violences sexuelles, destructions méchantes d’infrastructures, exécutions sommaires, traitements inhumains et dégradants, etc) enregistrées en 1998 y était faite. L’horreur et la méchanceté humaine y apparaissaient en gros plan.

            Après avoir longtemps fait la sourde oreille, la communauté internationale n’a pris la pleine mesure de la tragédie qui se déroulait au Congo démocratique qu’en 1999. D’où la décision de la mise en place d’une force d’interposition appelée « Monuc » (Mission des Nations Unies au Congo). Et comme la vérité est têtue, l’Ouganda et le Rwanda ont été trahis, dans leur stratégie de dénégation de leur présence militaire chez nous, par la guerre de « 6 jours » entre leurs armées à Kisangani, en juin 2000.

L’effort déployé alors par les gouvernants congolais était de convaincre la communauté internationale de la véracité des atrocités inadmissibles commises sur notre sol par des soldats ougandais, rwandais et burundais ainsi que des membres des mouvements rebelles congolais opérant sous leur parrainage. Le « Livre Blanc » de Léonard She Okitundu se voulait un espace de vérité sur tous les torts faits aux populations civiles congolaises par des éléments armés venus des trois pays précités.

            En apprenant aujourd’hui que la RDC serait partie prenante à une coalition visant à démentir ce qu’elle présentait hier à l’opinion internationale comme la « vérité » sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire sur son territoire par des pays clairement identifiés, l’on a du mal à croire à l’émergence d’un front commun entre « l’agressé » et ses « agresseurs ».

            Si Kinshasa tombe dans le piège de Kigali, Kampala et Bujumbura, son message en direction de la communauté internationale voudrait dire que le « Livre Blanc » du ministère des Droits Humains ainsi que les différents rapports des organisations non gouvernementales tant nationales qu’internationales sur les méfaits mis jadis sur le dos des soldats rwandais, ougandais et burundais ne seraient que des tissus de mensonges. Dans ce cas, le gouvernement congolais devrait expliquer à ses citoyens le sens de ses plaintes contre l’Ouganda et le Rwandais devant la Cour Internationale de Justice de La Haye, pour cause d’agression, de tueries, de tortures, de viols et de pillage de ses ressources naturelles.

            D’ici le 1er octobre 2010, date annoncée pour la publication du rapport du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, le gouvernement congolais est appelé à choisir son camp : celui de la vérité ou des mensonges. Mais, pour des faits avérés, dont de nombreuses victimes directes et indirectes sont encore vivantes, ce serait une regrettable démission de sa part de faire comme si les cinq millions de morts, des milliers d’hommes, de femmes, de filles et de garçons violés n’avaient jamais existé.

            Comme dit et redit dans nos livraisons antérieures, Congolaises et Congolais espèrent que leur gouvernement va éviter le piège de la contestation du génocide commis sur le sol de leurs ancêtres, en présence des témoins vivants qu’ils sont.

            Nous proposons à nos lecteurs, dans les pages ci-contre, un des feuilletons sombres de notre histoire récente relaté dans le « Livre Blanc » du ministère des Droits Humains.                                   Kimp.

 

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