Gbadolite : les kits électoraux sèment le doute

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Ceni_1Apparemment bien lancée le dimanche 31 juillet 2016 à Gbadolite, l’opération d’enrôlement des électeurs connaît à présent de sérieux couacs. La carte d’électeur, qui était délivrée en trois minutes au requérant, après la saisie des données relatives à son identité et le captage de son portrait, prend désormais une heure, sinon plus. Selon des agents de la CENI (Commission Electorale Indépendante) qui se sont confiés à Radio Okapi, les kits électoraux ne résistent pas à la chaleur équatoriale.

Prenant le cas des scanners par exemple, ils sont obligés de les fermer à chaque heure, afin de les laisser se refroidir pendant une heure. D’où, au lieu de huit heures de travail d’enregistrement des électeurs, ils ne sont opérationnels que pendant quatre heures par
jour.

En outre, ont indiqué les mêmes agents électoraux à Radio Okapi, les kits destinés au captage des portraits des demandeurs des cartes d’électeurs posent problème. Il faut plusieurs séances de captage pour obtenir des images plus ou moins nettes.

Par ailleurs, plusieurs kits électoraux commencent à tomber en panne, ce qui perturbe sérieusement l’opération d’enrôlement à Gbadolite où, en sept jours, moins de 500 personnes seulement en âge de voter ont pu être enregistrées. Avec une moyenne prévisible de 2000 enrôlés par mois, il est pratiquement impossible d’atteindre la barre de 850.000
personnes que la CENI compte enrôler dans la province du Nord-Ubangui d’ici la fin du mois d’octobre 2016, échéance retenue pour la clôture de l’opération d’enrôlement.

Coup fourré de la CENI contre le Nord-Ubangui ?
Des voix commencent à s’élever au Nord-Ubangui face à la qualité
douteuse des kits électoraux déployés à Gbadolite, chef-lieu, où le
taux d’enrôlement des électeurs devrait être le plus élevé par rapport
au reste de la province. Si la CENI est créditée d’une moyenne de 500
personnes enrôlées par semaine dans une ville où les mouvements des
personnes sont plus ou moins faciles, il faut s’attendre au pire au
niveau des territoires, secteurs et villages totalement enclavés, où
les routes n’existent plus depuis des décennies.
Les autochtones soupçonnent cette institution d’appui à la démocratie
d’avoir déployés dans leur province des kits électoraux défectueux,
afin de les empêcher de s’enrôler massivement et de voter contre des
candidats du pouvoir en place en cas d’élections locales,
provinciales, nationales et autres. Ils pensent aussi qu’il s’agit
d’une stratégie mise en place pour minorer le quota de leurs députés
nationaux, le nombre de ceux-ci étant déterminé au prorata des
personnes enrôlées.
Il se raconte, dans les cercles des originaires de cette nouvelle
province issue du dernier découpage territorial, que celle-ci serait
fichée comme anti-pouvoir, à cause de son passé historique. L’ombre de
feu le Maréchal Mobutu Sese Seko ferait peur aux architectes des
tripatouillages des résultats électoraux. On pense que ce serait un
risque d’enrôler jusqu’à 850.000 électeurs, sans savoir à quoi ils
devraient servir dans les compétitions électorales à venir.

Logique du « glissement »

Au regard du rythme de tortue imposée par la CENI elle-même au
processus d’enrôlement des électeurs dans le Nord-Ubangui, considéré
comme une province expérimentale en la matière, nombre d’observateurs
pensent qu’il s’agit d’une stratégie adoptée pour retarder le plus
possible la tenue des élections. Ainsi, au lieu de trois mois
calendrier, l’enrôlement pourrait s’étaler sur cinq à six mois. Il n’y
a pas meilleur moyen de repousser les élections au-delà de l’année
2016 et de placer, devant le fait accompli, les forces politiques et
sociales qui soutiennent que techniquement, il est possible
d’organiser la présidentielle avant fin 2016. Sans forcer la noter, la
CENI est en train d’apporter aux tenants du « glissement »
l’explication technique qu’ils attendent impatiemment pour se
dédouaner devant l’opinion tant nationale qu’internationale.                    Kimp