Des garages pour le « recyclage » de voitures et des motos volées

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On ne connaît pas le nombre exact, ni la composition des membres de chaque réseau, ni même le palmarès de tous les coups perpétrés depuis qu’ils ont versé dans la délinquance d’abord, avant de rejoindre les caïds pour commettre des actes de banditisme. Des fragments de leur passé, montrent que Kinshasa est devenu la plaque tournante de vols de
voitures japonaises et des motocyclettes. Presque chaque jour, un vol voire plus sont commis le jour et la nuit.

Organisés en bandes, les malfaiteurs recourent à plusieurs modes opératoires pour s’emparer de ces voitures ou de ces motos. La bande à Isekolongo use de l’astuce classique : la course express. Le premier contact a lieu aux parkings des taxis ou des motos-taxis : Rond-point Victoire, Kintambo Magasins, Station d’essence Ozone, Delvaux, Terminus UPN, Marché Selembao, Rond-Point Ngaba, Mont Ngafula, avenue Kianza, Rond-Point Mandela, Assanef, Rond-Point Huileries, Hôtel Phénix, 1ère rue T.P. Limete et Kingabwa Uzam. D’autres terminus bien connus de la ville de Kinshasa servent aussi de postes d’observation
pour des membres de la pègre. C’est là qu’ils pointent les véhicules
et motos en bon état ciblés pour le vol.
Premier mode opératoire : il est 22 H. Tout commence par un entretien
avec le conducteur au sujet d’une course express. Après discussion du
montant à payer, et l’accord, le client embarque dans la voiturette et
fixe la destination. L’engin effectuera des courses dictées par ce
client, jusqu’à atteindre une avenue obstruée sans issue de sortie.
Bloqué, le chauffeur tente alors de rentrer en marche arrière. Quelque
part des troncs d’arbres. Une barrière infranchissable. Il descend et
va les déplacer un à un. C’est en ce moment que des bandits surgissent
de l’ombre et le braquent. L’engin arraché, le chauffeur est abandonné
sur le lieu. Les brigands disparaîtront vers une destination inconnue.
Deuxième mode opératoire. : assis dans une terrasse, un groupe
d’hommes, trois ou quatre, hèle un taximan pour des courses à
effectuer dans quelques communes. Un jeune conducteur, cheveux lox,
boucle d’oreilles, pantalon jean’s style fashion, s’approche du groupe
et s’attable à la demande d’un membre de la bande. «Que prends-tu ? Un
sucré ? Oui ! Parce que je suis encore au boulot», répond le gars.
Un barman apporte une bouteille et la décapsule, avant de servir le
chauffeur. Sur commande d’un autre membre de la bande très usé, un
paquet de «cabri» est déballé sur la table. Il manque des rondelles
d’oignons, du piment, de la mayonnaise et des chikwangues. Ntoya, le
taximan, accepte d’aller exiger ces ingrédients. A peine qu’il s’est
déplacé, deux comprimés de somnifères sont déversés dans son verre. A
son retour, le régal débute. Pendant que ses clients sont réservés,
lui dévoile sa gourmandise en avalant des tranches de viande de
chèvre. Le repas terminé, il ingurgite le reste de la boisson gazeuse.
Des minutes passent. Ses yeux deviennent lourds. Un sommeil profond
s’empare de lui. Le groupe disparaît. Les malfaiteurs ont emporté non
seulement la petite voiture pour une destination inconnue, mais
également toutes les recettes de la journée. Le conducteur est
neutralisé à partir de la consommation d’une boisson gazeuse où ont
été glissés des comprimés de somnifères.
Les vols ainsi commis, les bandits s’organisent pour aller cacher les
butins, dans de garages pour leur «  nettoyage ». Par ce travail, les
mécaniciens vont effacer les traces de l’ancien propriétaire,
notamment les plaques minéralogiques, la peinture et les sièges, ainsi
que les pare-chocs.

Aujourd’hui, les réseaux écoulent des voitures et motos volées
presque partout à Kinshasa. Arrachés à Ngaliema, les engins sont
revendus à Maluku, Kinkole et Ndjili, tandis que ceux emportés à
Bandalungwa, Kasa-Vubu, Lingwala, pour ne citer que ces coins-là, sont
écoulés à Mont Ngafula, Matadi Kibala ou Mokali, Mikondo, Bibwa,
Menkao, et Mpasa.

Les receleurs qui sont alimentés par les différents réseaux de
malfaiteurs, s’abstiennent d’exploiter ces engins pendant la journée,
préférant faire le taxi la nuit. Ainsi, on ne les aperçoit pas sur les
principales artères du centre-ville. D’autres membres de ces gangs ont
de connexions avec des réseaux de vente basés à Matadi, Kasangulu,
Mbanza-Ngungu, Kimpese et Boma pour le Kongo central. Quelques
filières, comme a indiqué une source policière, ont trouvé à Kikwit,
un point de vente qui éloigne les véhicules volés de Kinshasa, afin
d’éviter des recherches de la police.
Comme on le voit, les services d’enquête de la police feraient mieux
de traquer les engins volés dans tous ces centres et villes, en
partageant les renseignements sur leur vente et leur circulation.
Voilà des pistes de recherche intéressantes qui échappaient souvent à
leur attention.

J.R.T