François Mwamba : «il faut démanteler le gouvernement parallèle en RD Congo»

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Le rapport de l’ONG «International Crisis Group» au sujet des ratés qu’accuse de plus en plus la démocratie congolaise, trois ans après la mise en place des institutions de la 3ème République et de leurs animateurs, continue de secouer fortement le microcosme politique national. Les politiques congolais de tous les bords participent à leur manière au débat. La réaction la plus musclée est venue du ministre de la Communication et des Médias, d’abord sur Radio Okapi et ensuite dans les colonnes du «Phare». Mende Omalanga a rejeté en bloc les accusations portées contre le Chef de l’Etat, présenté comme le centre d’impulsion d’un pouvoir autoritaire en gestation. Arguments à l’appui, il a démontré que Joseph Kabila agit conformément aux prérogatives lui reconnues par la Constitution, aussi bien en tant que membre de l’Exécutif, qu’en sa qualité de magistrat et commandant suprême des forces armées. Quant à François Mwamba, député national et Secrétaire général du Mouvement de Libération du Congo (MLC), l’un des partis phare de l’Opposition parlementaire, il apporte de l’eau au moulin d’International Crisis Group. Dans une interview exclusive à notre journal, il persiste et signe que le pays se trouve sous la coupe d’un pouvoir parallèle qui l’éloigne terriblement de l’Etat de droit.

Pour cet ancien ministre du Budget dans le gouvernement de  transition « nous sortons d’une longue guerre civile, pénible, meurtrière avec un bilan de la taille d’un génocide de près de 6 millions de morts. Comme personne n’a gagné la guerre, il a fallu par la volonté de tous les belligérants et des forces sociopolitiques internes que l’on en arrive à un accord d’un cessez-le-feu en vue d’instaurer une paix durable et laisser la question de la légitimité politique qui a empoisonné la vie politique nationale depuis l’assassinat de P-E-LUMUMBA à l’arbitrage du souverain primaire. Pour matérialiser cela, on s’est accordé sur un texte constitutionnel contenant les équilibres nécessaires. En ayant en esprit que plus rien ne nous ramènera en arrière. Ce sont ces équilibres qui constituent le verrou inscrit à l’article 220 de la constitution du 18 février 2006. Que l’on ne compte pas sur nous pour s’attaquer à l’article 220. Dans la pratique, depuis 2006, qu’il s’agisse des pouvoirs dévolus au premier ministre, au pouvoir législatif, à l’indépendance de la magistrature, l’on observe que tout cela est battu en brèche par des mécanismes d’un gouvernement. Pour l’opposition, il faut démanteler ce gouvernement parallèle afin que nos institutions retrouvent une position conforme au texte fondamental ». Concernant la violation des libertés individuelles, le secrétaire général du MLC n’a pas mâché ses mots : « Dans notre pays, les libertés individuelles sont sacrées tel que libellé dans le même article 220. Mais hélas, dans la pratique, ces libertés sont quotidiennement violées comme par exemple la liberté d’informer et d’être informé, dont l’exercice effectif se butte non seulement au monopole attribué à la RTNC mais aussi son instrumentalisation au bénéfice de la seule famille du chef de l’Etat. Une autre forme d’instrumentalisation des libertés individuelles concerne les services de sécurité et de la police. Il me souvient que lorsqu’en 2008 j’avais conduit une délégation du MLC dans le Bas Congo, on avait constaté qu’après le meeting organisé à Matadi que les éléments de la police nationale commis à notre sécurité avaient disparu. L’explication qui m’avait été fournie avait été claire : « puisque vous critiquez le gouvernement dans votre meeting, n’espérez pas que la police va continuer à vous protéger».

International Crisis Group a indiqué que les élections locales et nationales ont très peu de chances d’être organisées en 2011. François MWAMBA va plus loin : « l’organisation des élections locales et générales constitue une exigence car notre pays ne pourrait vivre qu’à condition qu’il respire par elles dans les délais constitutionnels. Toute idée consistant à créer une situation pour que les gagnants de 2006 deviennent les gagnants définitifs et qu’à contrario, les perdants de 2006 n’aient pas l’occasion de s’adresser au souverain primaire va poser un sérieux problème de la recherche des moyens autres qu’électoraux pour parvenir à la nécessaire alternance politique par ailleurs consacrée dans l’exposé des motifs de la constitution du 18 février 2006. A mon humble avis, peu importe si le même groupe a la chance de gagner tout le temps, mais il faut que cela le soit à l’issue des élections libres et transparentes et organisées selon un calendrier convenu de commun accord et conformément à la Constitution de la République. C’est la seule possibilité pour que le perdant continue de faire confiance au processus électoral comme moyen de lui permettre un jour d’accéder au pouvoir d’Etat. Du point de vue constitutionnel, ne pas organiser les élections est une trahison, mieux une forfaiture et du point de vue politique, ce sera une menace par rapport à la cohésion et à la paix. Le MLC demande à tous les intervenants dont la communauté internationale de prendre conscience pour que les élections telles que prévues par la constitution soient organisées dans les délais ».

S’agissant du phénomène de la corruption qui a atteint des proportions inégalées selon ce rapport, le secrétaire général du MLC est d’avis : «qu’en RDC la corruption est érigée en une méthode de gouvernance. Nous ne sommes plus dans une pratique marginale mais bien dans une institutionnalisation de cette méthode comme moyen d’accéder et de demeurer au pouvoir mais aussi de régler des problèmes politiques au quotidien. Tel que l’opinion l’a vécu lors des élections des gouverneurs à Kinshasa, au Bas-Congo, au Kasaï Occidental et récemment à l’Equateur. Cette pratique ignoble est devenue systématique au niveau des mandataires publics au sens général du terme, y compris pour les membres du gouvernement parallèle. Il ne se passe pas un jour sans que l’on apprenne qu’un contrat commercial n’a pas abouti parce que les mandataires ou conseillers à la Présidence  ont exigé des commissions ou qu’il a été conclu parce que ces commissions ont été versées et en monnaie forte. C’est à se demander ce qu’est devenu le mot d’ordre du chef de l’Etat à savoir la tolérance Zéro. Si l’on continue sur cette lancée, il n’y a aucune possibilité pour développer notre pays car aucun opérateur économique sérieux ne viendra dans un pays où, pour signer un contrat, des malins exigent des commissions faramineuses». 

Au sujet de la mauvaise gouvernance, François MWAMBA rappelle : « qu’en allant aux élections en 2006, l’un des objectifs recherchés consistait à considérer que l’efficacité de la gestion de la chose publique est par principe tributaire de la légitimité puisque cela supposait de faire bouger la société en prenant des réformes courageuses. Or, ce à quoi l’on assiste depuis Gizenga I et II et Muzito I et II n’a rien à voir avec cela. L’enrichissement illicite est devenu la règle.

Il suffit de voir le nombre effréné des immeubles en construction ou déjà construits dans les quartiers les plus huppés de la capitale, à Goma, Lubumbashi, etc. ! Pendant ce temps, le niveau de vie du Congolais moyen ne cesse de baisser et cela à la totale indifférence du gouvernement central. L’on se contente d’annoncer avec fracas des performances en rapport avec les institutions de Breton Woods en oubliant que le véritable baromètre de gouvernance est dans la capacité  du gouvernement à satisfaire les besoins des populations : écoles, eau potable, électricité, hôpitaux, routes, travail, etc. Dans tous ces domaines, les Congolais qui habitent en ville ou dans les localités de l’arrière-pays sont de moins en moins lotis, ce qui signifie que la gouvernance est en recul en RDC».

Concernant les promesses électorales du candidat Joseph KABILA, le secrétaire général du MLC s’est déclaré déçu et amer : « Tout ce qui est bon pour le Congo doit l’être pour tout Congolais, soit-il opposant. Malheureusement, que ça soit la promesse de l’instauration de la paix à l’Est du pays ou celle de la reconstruction par le fait de doter le pays des infrastructures telles que des écoles, des hôpitaux, des usines de traitement de l’eau potable et  de l’électricité, à douze mois de fin de mandat, je constate que  rien de significatif n’a été entrepris dans ce domaine. Pour la paix, l’élément le plus significatif, c’est la mise en place d’une armée républicaine et véritablement nationale et d’un corps de Police attaché à la protection des personnes et de leurs biens. Mais hélas, notre pays a toujours besoin des troupes étrangères en dépit du discours officiel qui crie à tous ceux qui veulent l’entendre que la MONUC doit partir. Comment se passer de cette présence dès lors que la construction d’une armée nationale n’est toujours pas à l’ordre du jour ? »

Quant au projet de la révision constitutionnelle, le secrétaire général du MLC ne met pas des gants : « Pour le MLC,  il y a deux choses essentielles : premièrement le verrou constitutionnel contenu dans l’article 220 doit être scrupuleusement respecté. Deuxièmement, à nos yeux, la seule matière urgente concerne la révisitation de l’article 226 non pas pour changer le nombre de provinces qui doit rester 26 mais puisqu’on en est là car à quelques semaines de l’échéance quant à la mise en œuvre de ces 26 provinces, la révision signifierait alors la définition d’un nouveau calendrier de la mise en œuvre de cette disposition constitutionnelle ». 

Quid de l’indépendance du pouvoir judiciaire ? Pour François MWAMBA: «le principe consacré dans notre Constitution de l’indépendance de ce pouvoir est un leurre. Nos magistrats reçoivent des injonctions émanant de l’exécutif, voire des personnes sans qualité, entendez les membres de ce fameux gouvernement parallèle.  Tout récemment, l’opinion a assisté médusée à la présence à la réunion inter institutionnelle des plus hautes autorités du pouvoir judiciaire, notamment le premier président de la Cour Suprême de Justice, le Procureur général de la République, le premier président de la Haute Cour Militaire et l’Auditeur général près cette juridiction. Ces hautes personnalités ont pris part à cette réunion et semblent avoir cautionné le compte-rendu de cette rencontre censée n’être qu’une structure informelle. Comment imaginer qu’en impliquant en amont le pouvoir judiciaire dans des discussions à caractère politique l’on puisse espérer que ces hauts magistrats vont jouer le rôle d’arbitre qui est le leur ?»

En ce qui concerne la mise en place d’une véritable armée républicaine et nationale, le secrétaire général du MLC est remonté au Dialogue inter congolais : « à Sun City, il a été entendu que pour mettre fin à la guerre, il fallait passer par une période de transition apaisée pour permettre d’organiser des élections libres et transparentes. C’est ainsi qu’après ces élections, toutes les troupes des forces hier rebelles dont l’ex-Armée de Libération du Congo avec un effectif de 20.000 hommes ont été mis à la disposition des FARDC. Or, le porte-parole du gouvernement continue à parler des ex-Faz, des ex-militaires de Jean-Pierre Bemba et autres. Cela signifie qu’en dépit de la mise à la disposition de ces éléments venus de différentes forces au seul commandement des FARDC, le gouvernement n’arrive toujours pas à former une seule armée nationale et républicaine, conformément aux résolutions pertinentes du Dialogue inter congolais. Mon sentiment est que le gouvernement devrait cesser de chercher des boucs émissaires et de reconnaître tout simplement son échec qui est patent dans ce domaine».

L’Opposition est-elle incapable de se choisir un porte-parole ? «Non» a répondu le Secrétaire général du MLC : « les bonnes âmes qui sont si promptes à manifester leur sollicitude à l’égard de l’opposition pour regretter que celle-ci n’arrive pas à se choisir un porte-parole devraient d’abord s’interroger sur leur propre attitude à l’égard de cette opposition lorsqu’il s’est agi de voter la loi portant financement des partis politiques. Je rappelle que cette loi existe car elle a été votée par les deux chambres et promulguée par le chef de l’Etat. Pourquoi n’y a-t-l pas de financement public et officiel des partis politiques dont ceux de l’opposition de notre pays ? La réponse est simple : par la seule volonté de la majorité, la loi dont question ne sera d’application qu’après 2011. Ce qui signifie en clair qu’en cas d’alternance politique au pouvoir, la majorité aura à bénéficier du financement public et officiel. Mais en attendant, puisque la majorité a accès au trésor public, ce sont donc les partis de l’opposition qui sont ainsi privés de toute possibilité d’un financement public et officiel. Pour d’autres raisons internes à l’opposition, il est vrai que la mise en place de cette loi pose problème dès lors que pour le MLC, ce poste est réservé à Jean-Pierre BEMBA,  en sa qualité de président national du parti  et qui, à ce jour, n’est ni décédé, ni condamné ». 

Ce rapport fustige les contrats chinois. « En réalité, ces contrats sont léonins car au cas où sur les  marchés  l’on revalorise les minerais gagés par la RDC en contrepartie des 6 milliards Us, l’on arrive à des sommes astronomiques de l’ordre de 85 milliards Us au bénéfice de la partie chinoise. En son temps, non seulement je m’en étais ému mais, en plus  j’avais parlé du holdup up du siècle ».  

Fidèle Musangu

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