François Lumumba et le discours de Kabila : «La RD Congo devra être subdivisée en 3 zones de défense»

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1-1295490384-lumumba_arrestationAprès des longs mois de silence, François Lumumba vient de donner de la voix. C’était au lendemain de son retour d’Allemagne où il a assisté à l’inauguration des monuments et avenue en hommage à son père, feu le Premier Ministre, Chef de l’Exécutif, Patrice-Emery Lumumba, dans les villes de Berlin et de Leipzig et aussi de la Namibie où il a été décerné à Lumumba un  titre posthume.

Le président du MNC/L s’est confié à la rédaction du site lumumba.org et la page Facebook Patrice Emery LUMUMBA.

Au menu de cette interview, la situation de l’heure caractérisée par le discours du président Joseph Kabila devant le Congrès pour donner suite aux recommandations des Concertations nationales dont il a été délégué à la thématique « désarmement ».

Chantre du rétablissement de l’autorité de l’Etat et connaisseur des questions militaires formé dans des centres de formation au Moyen-Orient, M. Lumumba maîtrise son sujet. Comme tout lumumbiste, il défend mordicus l’intégrité nationale qui, selon lui, passe forcément par la formation d’une armée forte, république et dissuasive. Avec une réelle agilité intellectuelle, il a donné sa vision de la réforme des forces armées, qui est l’un des socles de l’intégrité territoriale.

Ci-dessous l’interview de François Lumumba, Président National du Mouvement National Congolais/LUMUMBA (MNC/L). 

Le mercredi dernier, le président de la République s’est exprimé devant le Congrès. Quelle lecture faites-vous de ce discours ?

C’est un pas important dans la bonne direction. Les Concertations nationales ont posé le vrai diagnostic sur maints problèmes qui se posent à notre pays. Mais comme le président l’a dit lui-même, les recommandations ne valent que si elles sont appliquées. C’est pour permettre leur mise en œuvre qu’il a annoncé une série de mesures pratiques. Donc, j’encourage sa démarche, et espère éventuellement  contribuer avec des réflexions pratiques à l’action de cohésion nationale qui est ainsi lancée, car c’est un devoir patriotique, indépendamment de toute considération d’ordre politique.

Le Chef de l’Etat a dit qu’il était déterminé à éradiquer les groupes armés congolais ainsi que les forces négatives étrangers qui sèment la terreur dans l’Est du Congo. Quelle est votre réaction à ce sujet ?

Je salue cet engagement. En effet, il est inadmissible que nos compatriotes du Kivu puissent croupir aussi longtemps sous le joug des groupes sans foi ni loi. Il faut éradiquer tous ces groupes afin de restaurer la paix, la sécurité et le développement dans cette partie du pays. Cela passe impérativement par la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. Or, pour y parvenir, l’Etat doit justement se doter des forces armées capables d’assurer l’ordre intérieur, garantir la sécurité du territoire et protéger les frontières nationales contre toute sorte d’agression d’où qu’elle vienne.

Depuis près de deux décennies, la RDC est le théâtre des guerres incessantes qui la déstabilisent particulièrement dans sa partie orientale. La toute récente, est celle du M23 qui est soutenu par le Rwanda et l’Ouganda. Que pensez-vous de cette situation ?

J’en profite pour saluer nos populations du KIVU, ainsi nos Forces Armées pour leur bravoure et leur détermination à restaurer la dignité du peuple congolais ; plus précisément à nos mamans, femmes et enfants, victimes de toutes sortes violences sexuelles abominables.  Cette situation malheureuse est la conséquence de l’état dans lequel se trouvait notre armée. Cette dernière est un assemblage des combattants de plusieurs ex-mouvements rebelles et milices. Dans ces conditions, il n’était pas facile de leur donner un esprit de corps. Cependant, cette situation n’est pas une fatalité, car nous pouvons la surmonter. Vous voyez comment l’entame de la réorganisation de notre armée a permis une série de succès sur le terrain des opérations dans le Nord-Kivu. Mais ce travail doit être approfondi afin d’accompagner le vœu du peuple congolais.

Comment faudra-t-il procéder alors pour réaliser cette réforme que tout patriote congolais appelle de ses vœux ?

La première chose consiste à faire d’abord le diagnostic, l’état des lieux de notre armée. Déjà, à l’issue de la Table ronde sur la réforme du secteur de sécurité tenue à Kinshasa du 25 au 26 février 2008, le Ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants, en étroite collaboration avec l’Etat-major général, avait énoncé un diagnostic très sévère de notre système de défense. En effet, notre système de défense fait face à des problèmes qui se situent à quatre niveaux. D’abord, sur le plan juridique, les textes légaux qui régissaient les Forces armées jusqu’à un passé récent se sont avérés inadaptés. Malgré cette lacune, nous sommes restés pendant plusieurs années sous la Loi n°04/023 du 12 novembre 2004 portant Organisation générale de la Défense et des Forces armées élaborée sous l’empire de la Constitution de la Transition 1+4, et qui n’était pas conforme à l’actuelle Constitution du 18 février 2006. Heureusement, on a rectifié le tir avec la Loi n° 13/005 du 15 janvier 2013 portant statut du militaire des Forces armées de la RDC. Ensuite, sur le plan morphologique, l’armée nationale présente une image composite avec des approches et doctrines contradictoires en son sein, portées par des éléments issus des forces armées sous les anciens régimes, des rébellions, des milices et des groupes armés, …. Il s’agit en l’occurrence des soldats des Forces armées zaïroises (FAZ, 1971-1997), des Forces armées congolaises (FAC, 1997-2003), des branches armées du Mouvement de Libération du Congo (MLC 1998-2003), du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD 1998-2003), du Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani–Mouvement de Libération (RCD/KML), du Rassemblement Congolais pour la Démocratie/National (RCD/N), des ex-Maï-Maï et des ex-Tigres (anciens gendarmes katangais venus d’Angola en 1997). Une telle combinaison des forces d’origine éparse ne peut favoriser une cohésion au sein de l’armée. En sus, elle a créé un déséquilibre géographique et ethnique dans la composition des effectifs des FARDC ; surtout au niveau des officiers supérieur, en violation des dispositions pertinentes de la Constitution y relatives.

Ensuite, sur le plan de l’équipement, le long embargo dont notre pays a été victime a lourdement désavantagé la RDC par rapport aux pays voisins. Heureusement, nous notons aujourd’hui une amorce dans la volonté  de l’Etat major à rééquiper nos Forces armées. Cette volonté doit être accompagnée par la définition d’une politique efficace d’acquisition, de gestion et de maintenance des équipements. Sur le plan des infrastructures, les unités n’ont pas de garnisons attitrées où leurs familles peuvent attendre en toute sécurité, sans peur d’être déguerpies en l’absence du chef de famille ; les infrastructures de base sont donc insuffisantes et délabrées parfois même inexistantes à certains endroits. Les militaires se construisent eux-mêmes leurs logis. Voilà un chantier auquel nous devons nous attaquer le plus vite possible. Sur le plan de l’opérationnalité, les unités ont une très faible capacité opérationnelle et éprouvent d’énormes difficultés pour la projection à cause de l’insuffisance des moyens logistiques conséquents. D’où la nécessité d’un large consensus pour allouer un budget adéquat au secteur de sécurité ; cela sous-entend la performance de notre économie nationale, pour qu’elle soit en mesure de répondre à ces besoins. Enfin, sur le plan de l’organisation, la situation actuelle de l’armée n’est pas adaptée aux menaces et aux défis auxquels le pays est confronté. Cette organisation est calquée sur la subdivision politico-administrative actuelle consacrant la coïncidence des régions militaires avec les provinces en tant que démembrements de l’Etat. Il importe donc de s’attaquer à tous ces problèmes qui rendent son fonctionnement plus lourd, selon plusieurs experts en la matière.

Avant d’arriver à la réforme des Forces armées proprement dite, quels sont les objectifs précis que le gouvernement doit se fixer au préalable ?

En peu de mots, la réforme de l’armée doit viser la création d’une armée républicaine, professionnelle, moderne, crédible et dissuasive. Les FARDC doivent être en mesure d’assurer efficacement la défense de la RDC conformément aux impératifs nationaux. En tant qu’armée professionnelle, l’armée congolaise devra avoir un personnel bien formé et dévoué ; avoir un équipement adéquat en quantité et en qualité ; une armée où règne la discipline militaire ; dispose d’un budget et des finances suffisants ; avoir une bonne doctrine militaire, être une armée dissuasive, crédible et respectée ; une armée avec un leadership et avec des structures impersonnelles, fiables et stables dans la durée.

Quels sont les principes à prendre en compte pour réussir cette réforme de l’armée le plus vite que possible, étant donné que notre pays est en guerre?

Cette question est véritablement complexe et stratégique, mais je vous dirai tout de suite, qu’à travers l’histoire récente, nous ne sommes pas les seuls à faire face à telle situation où, à la fois nous sommes en guerre et devons restructurer notre armée. Par exemple, les soviétiques ont fait face aux mêmes défis pendant la deuxième guerre mondiale face aux Nazis ; La Chine face à l’occupation japonaise, l’Egypte après la défaite de 1967 face à Israël, et tout récemment l’Angola face à l’UNITA.

Et notre armée étant la clé de voûte de la stabilité des institutions républicaines et de la sécurité du territoire, nous devons lever les options et définir les principes de base, pour sa restructuration et sa réhabilitation, afin qu’elle ne soit pas un instrument au service des intérêts privés et des groupes d’intérêts de différents pouvoirs ; comme cela s’observe souvent à travers notre continent.

Les options à lever sont, entre autres, les suivantes :

1.         Une Armée nationale républicaine : car intégrant les diversités culturelles et ethniques de toute la nation, et respectueuses des lois de la république, avec l’obligation de protéger les institutions légalement et démocratiquement établies, et de respecter les droits et libertés de la personne humaine ;

2.         Une Armée apolitique : parce qu’elle devra, être à l’abri de toute influence politico-idéologique ;

3.         Une Armée de métier : qui est soumise à un programme de formation et d’éducation civique à définir.

Pour ce faire et dans le souci d’efficacité de celle-ci, nous devons dégager un certain nombre de principes :

–           Premier principe : la définition des missions de cette armée, qui seront d’assurer la sécurité intérieure et extérieure du territoire, et de participer aux activités de développement et à caractère humanitaires ;

–           Deuxième principe : la subordination des institutions militaires à l’autorité civile démocratiquement et légalement investie ;

–           Troisième principe : le respect et la protection de la propriété publique et privée sur tout le territoire national, tant pour les nationaux que pour les étrangers ;

–           Quatrième principe : le mode de recrutement, qui  devra établi sur base des critères objectifs et qui s’effectuera dans toutes les provinces du pays, selon des règles de proportionnalité garantissant la représentativité, et l’équilibre aussi  larges que possible, à partir de l’échelon du district et du territoire, en tenant compte des conditions physiques, mentales, éducationnelles, morales et juridiques universellement reconnues ;

–           Cinquième principe : la définition des mécanismes et dispositions pratiques d’évolution en grades ; selon des règles impartiales ;

–           Sixième principe : établir un calendrier (annuel, biennal, etc…) et une thématique de formation et d’évaluation de performance de notre armée, en vue de détecter les dysfonctionnements à temps et renforcer les dispositifs techniques et organisationnelles ;

–           Septième principe : l’amélioration de la condition sociale et professionnelle du militaire et de sa famille, des bonnes conditions de retraite, conformément à la loi en vigueur sur les forces armées en RDC.

Monsieur LUMUMBA, voyez-vous que cette restructuration exige des moyens financiers importants à réaliser toutes ces réformes ?

La grave crise socioéconomique que connait le monde, et notre pays en particulier place notre peuple dans des conditions de vie très dure. Certes, il y a une croissance et une stabilité macroéconomique, mais celles-ci n’ont pas encore généré des emplois substantiels au point d’améliorer le pouvoir d’achat de nos compatriotes, pour nos enfants grandissent dans des conditions décentes.

Il est intéressant que les autorités compétentes prennent en compte les recommandations des concertations relatives à la thématique « économie ». Sans oublier le document soumis par la Fédération des Entreprises du CONGO (FEC) ; quand bien même je ne partage pas certains point, mais globalement c’est clair et cohérent que l’Etat et le privé doivent travailler ensemble.

Cette crise, traduite par la désarticulation économique, est liées à des causes qui sont essentiellement structurelles avec des effets conjoncturels importants.

Ces causes structurelles portent essentiellement sur :

Primo, un système économique hérité de la colonisation qui n’a jamais été adapté aux réalités actuelles de marché intérieur et mondial ;

Secundo, la mauvaise gouvernance qui a privé l’Etat du fonctionnement classique du fonctionnement des organes classiques de régulation et de contrôle.

Face à cette situation, une alternative s’impose, car nous avons la conviction que notre pays dispose des atouts lui permettant de relancer son économie.

Pour ce faire, nous devons continuer les réformes en profondeur de notre économie nationale.

Concrètement, qu’est-ce qu’il faudra faire pour qu’un tel discours ne reste pas un catalogue de vœux pieux ?

Il faudra se fixer une série de principes directeurs qui vont permettre d’atteindre les objectifs ainsi fixés. Le premier de ces principes directeurs est le rajeunissement de l’armée. Ce rajeunissement passe nécessairement par la planification de la mise en retraite des militaires ayant atteint la limite d’âge et le recrutement des nouveaux éléments appelés à assurer la relève. Il faudra, à court terme, envoyer en retraite tous les militaires ayant atteint 60 ans et plus. Ensuite, il faudra assurer une formation et des entraînements continus. Pour cela, il est important de rouvrir les Ecoles militaires, les Centres d’entraînement et d’instruction pour la formation des jeunes éléments ainsi que le renouvellement des spécialistes. Cette réouverture passe nécessairement par la réhabilitation des infrastructures existantes, l’acquisition des matériels didactiques et la formation des formateurs. Cependant, comme nos soldats sont souvent formés par des instructeurs issus de différents pays (USA, France, Belgique, Israël, Afrique du Sud etc), il faudra harmoniser les programmes d’instruction et d’entraînement, par la création d’un commandement général des écoles militaires, structure relevant de l’Etat-Major général.

Il faudra également penser à l’équipement, surtout lorsqu’on sait que le long embargo dont la RDC a été victime a défavorisé notre pays pendant longtemps. Comment dès lors penser le rééquipement des Forces armées ?

Cela ressort, justement du troisième principe directeur. Il faut d’abord préciser que cet embargo a été levé depuis 2008. Mais équiper une armée doit suivre des lignes directrices en fonction des objectifs poursuivis. Pour ma part, je pense que pour que les Unités soient opérationnelles, il est important de respecter les tableaux d’organisation (TO) et les tableaux de dotation (TD). Cela passe par l’acquisition des équipements individuels et collectifs, du charroi automobile, des aéronefs pour le transport des troupes et pour le combat, les matériels flottants, les matériels de transmissions adaptés ainsi que les matériels de génie pour le service (construction) et pour le combat. D’où l’importance d’une loi de programmation militaire.

Et que proposez-vous pour l’amélioration des conditions sociales des soldats ?

La réforme de l’armée doit placer l’homme au centre de toutes les préoccupations par l’amélioration de ses conditions sociales et professionnelles. Il en est de même de revoir la prise en charge médicale et prévoir des frais funéraires. L’amélioration requiert l’application de tous les prescrits de la Loi n° 13/005 du 15 janvier 2013, bien entendu, le budget national devra bien en tenir compte pour l’intérêt du moral des troupes.

Sur quelles bases faudra-t-il repenser la nouvelle organisation territoriale de la Défense nationale, étant donné que présentement les régions militaires se confondent aux provinces administratives du pays ?

C’est une question très importante. Je le dis avec insistance : il faudra éviter de continuer de faire coïncider les structures militaires avec les subdivisions politico-administratives. Selon des experts reconnus, aussi bien nationaux qu’étrangers, la RDC devra être subdivisée en trois zones de défense (Zdef). Une zone de défense est une entité territoriale inter-force dans laquelle des Unités terrestres, aériennes et navales opèrent sous un commandement unique. La première zone de Défense engloberait la Ville de Kinshasa et les actuelles provinces de Bandundu, de Bas-Congo et de l’Equateur. La deuxième zone de Défense comprendrait les provinces du Kasaï-Occidental, du Kasaï-Oriental et du Katanga. La troisième zone de Défense couvrirait les provinces de Maniema, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Province Orientale. Cette subdivision en zones de Défense trouve sa motivation sur le plan historique, stratégique, économique, politique et permettra aussi la récupération de tous les cadres en faisant disparaitre le phénomène « dispo » et des unités cadres. Les raisons historiques justifiant la subdivision du pays en trois zones de Défense tiennent au fait que de la Force publique à l’ANC, les Unités de l’Armée étaient articulées autour de trois groupements. Le Commandant Groupement avait une responsabilité du territoire sur l’engagement des troupes ; ce qui réduisait les délais de transmission des ordres, d’intervention et de ravitaillement. Sur le plan stratégique, chacune de ces zones présente pratiquement les mêmes menaces : des éléments hostiles au régime peuvent nous attaquer instrumentalisés par des pays limitrophes ou avec leurs appuis. Pour la première zone de défense, la menace redoutée proviendrait de l’Angola et du Congo-Brazzaville. Pour la deuxième zone de défense, elle est due à la convoitise de ressources naturelles et minières et peut provenir de l’Angola, de la Zambie et de la Tanzanie. Pour la troisième zone de défense, elle proviendrait de l’Est avec le Rwanda, l’Ouganda et du Nord et du Nord-Est avec le Soudan du Sud et la Centrafrique. Sur le plan de résorption des effectifs, il y a possibilité d’affecter 16 généraux, 204 officiers supérieurs et 1. 639 officiers subalternes par zone de défense. Sur le plan politique, la Constitution du 18 février 2006 a prévu le passage de 11 provinces à 25 plus la Ville de Kinshasa. Pour éviter les velléités sécessionnistes de certains politiciens qui pourraient trouver de répondant dans un petit ensemble, il est nécessaire d’organiser de grands ensembles dans lesquels on trouverait plusieurs réalités culturelles et ethniques. Ceci permet au militaire de transcender le clivage ethnique.

Comment faudra-t-il organiser le commandement de l’armée afin d’éviter toute politisation d’une institution appelée à servir la République ?

La réorganisation du commandement de l’armée passe par la responsabilité dans la chaîne de « Mise en œuvre » et de « Mise en condition ». En termes plus simples, la chaine de commandement de « Mise en oeuvre » trouve sa justification dans la Constitution. En effet, le chef de l’Etat est le commandant suprême des FARDC. A ce titre, il est le seul responsable de leur mise en œuvre. Il est assisté par le chef d’état-major qui coordonne des activités du Commandant suprême sur le plan stratégique et technique. A l’échelon opératif, le commandant Zdef assume le commandement opérationnel de toutes les unités engagées dans la zone d’action sous la responsabilité du chef EMG sur ordre du Commandant suprême. En temps de paix, il assure l’entraînement des unités à travers la base militaire. A l’échelon tactique, il est représenté par les unités de base (région militaire Force terrestre, Unités aériennes et navales équivalentes) avec leurs appuis et soutiens, et dont la responsabilité consiste à mettre en oeuvre les unités d’une même force ou d’un même service sur le terrain. Quant à la chaîne de commandement de « Mise en condition », elle exige qu’avant l’engagement des Unités au sein de la chaîne de commandement opérationnel, leur personnel soit recruté, administré, formé, nourri, logé et entrainé. Cette tâche est confiée aux Etats-Majors des forces ainsi que des corps inter-forces pour la mise en condition, sans aucune immixtion dans le domaine du commandement des opérations. En sa qualité de responsable de la politique de défense, le ministre de la Défense est responsabilisé dans la mobilisation des ressources nécessaires au développement de l’ensemble des forces armées et aux infrastructures indispensables à la défense.

Bien entendu, pour réussir pareille mission, il faudra également redéfinir la doctrine des forces armées et reconstruire les infrastructures nécessaires. Que proposez-vous à ce sujet ?

Effectivement. De travaux de nombreux experts, notamment Joseph Cihunda Hengelela, ont proposé des pistes particulièrement intéressantes. Selon ce dernier, la doctrine d’emploi des forces est la Défense graduelle à trois échelons d’intervention. Il s’agit au premier niveau des Unités de couverture, au deuxième niveau des Unités de réaction rapide et au troisième niveau des Unités de défense principale. Les Unités de couverture sont des Unités de premier échelon, chargées d’observation, de surveillance et d’alerte. Elles sont constituées des Brigades d’infanterie, des Unités navales et aériennes situées dans la zone capables d’engager tout ennemi dans les limites, avant tout renfort éventuel. Je propose que le personnel des Unités de couverture soit composé de 217 officiers, de 780 sous-officiers et de 2. 503 hommes de troupes par unité, soit au total 3. 000. Les Unités de réaction rapide interviennent en deuxième échelon. Ce sont des Unités d’infanterie aéromobiles, projetables par des moyens navals et aériens. Elles doivent être capables d’intervenir dans les délais courts dans un secteur engagé. Elles sont caractérisées par une grande mobilité, une puissance de feu, une autonomie d’action, un entraînement spécifique permanent et la durée de service limité. Le personnel de ces Unités devrait être de 177 officiers, de 597 sous-officiers et 1. 932 hommes de troupes par unité (au total 2. 706 hommes au total). Les Unités de défense principale interviennent en troisième échelon pour faire la décision. Elles sont composées des Unités blindées, d’artillerie lourde et d’infanterie mécanisée. Elles sont caractérisées par une grande puissance de feu, par une faible vulnérabilité et par la possession de matériel performant. Le personnel de chaque Unité devrait se situer à 310 officiers, 1. 342 sous-officiers et 3. 021 hommes de troupes (au total 4. 673 hommes). Quant à la réhabilitation et construction des infrastructures militaires, il y a une urgence pour la construction des camps militaires en commençant par les garnisons de l’Est où sont concentrés les 2/3 des FARDC. En outre, les bases militaires de Kitona et de Kamina sont à réhabiliter tandis que celles de Walikale et Gombari à construire pour la troisième Zone de Défense. Les infrastructures des écoles militaires, des Centres d’instructions et des Centres d’entraînements sont également à réhabiliter.

Interview réalisé par la rédaction de Lumumba.org et Facebook.com/Patrice Emery LUMUMBA.                                                                     

Fait à Kinshasa, le 25 Octobre 2013

2 COMMENTS

  1. Un regard très méticuleux sur la situation actuelle des Forces Armées de la RDC (FARDC), les maux qui les rongent, et la voie de sortie.
    C’est encore possible !!!

  2. J’estime seulement que quelque soient les intimidations et la tendance au muselement, la voix de la famille du hero national devrait se faire entendre.

    ca donne la joie et l’optimisme a ce people qui a du mal a trouver ou donner de la tete.

    Monsieur Tolenga ensemble avec Roland et Julienne, vous constituez une authorite morale sans conteste.

    Vous avor lu fait enormement de bien.

    Jules Kitoy

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