Fosse commune de Maluku : l’Opposition accuse et décrète un deuil national de 3 jours

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oppositionLa dernière réaction en date est celle de l’opposition politique dont les acteurs viennent de monter sur leurs grands chevaux pour condamner la banalisation par les institutions du pays de cette affaire de plus de 400 Congolais inhumés  dans un charnier  dans des conditions qui méritent d’être élucidées en dépit de la version du gouvernement, via le vice-premier ministre en charge de l’intérieur.

Réunis hier à Notre Dame de Fatima, les caciques de l’opposition, Kamerhe, Fayulu, Mwenze Kongolo, Fidel Babala …  ont décrété un deuil national de trois jours à partir d’aujourd’hui vendredi 10 avril 2015 pour exprimer leur compassion  aux familles éprouvées.

Ils ont annoncé la mise en place des structures au siège de leurs partis pour accueillir  la population qu’elle encourage à venir donner des informations aussi bien sur les membres de leurs familles portés disparus que sur d’autres possibles charniers sur toute l’étendue du territoire national.

L’opposition soutient les initiatives des députés qui usent de leurs prérogatives de contrôle parlementaire  pour faire venir le vice-premier ministre à l’hémicycle fournir des explications sur ces 420 congolais enterrés sans dignité  de façon indécente dans un cimetière dénommé Fulafula
C’est dans ce cadre que le député Alonga a déposé au bureau de l’Assemblée nationale  une question orale avec débat adressé au patron de l’intérieur,  Evariste Boshab après les coups de gueule de Fayulu et Makila à la plénière de la chambre basse.

Nous, partis politiques, regroupements politiques et groupes parlementaires de l’Opposition ainsi que les organisations de la Société civile et de la Diaspora, réunis ce jeudi 09 avril 2015 à la Paroisse Notre-Dame de Fatima à la Gombe aux fins d’examiner la situation née de la découverte macabre, bouleversante et alarmante d’un charnier à Maluku, observons ce qui suit :

A la suite de la découverte par la population de l’existence d’un charnier à Maluku, le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité a rendu publiques les statistiques de la Direction de la Morgue Centrale de Kinshasa du 03 avril 2015 sur les inhumations effectuées dans les sites de Mikonga et de Maluku pour la période allant du 02 avril 2014 au 19 mars 2015. Le document renseigne qu’au total 945 corps repartis en 4 catégories ont été inhumés. D’après le document, il s’agit des corps abandonnés, des indigents, des corps non-identifiés ainsi que des mort-nés et fœtus.

Ainsi, deux mois jour pour jour après le 19 janvier 2015 c.à.d. le 19 mars 2015, ironie du sort, un autre 19, on a jeté, comme des rats, 421 corps dans un charnier dont 23 corps abandonnés, 34 indigents, 64 corps non-identifiés et 300 mort-nés et fœtus !
Pourtant, il est de notoriété publique que les inhumations de toutes les catégories mentionnées dans le document surchargé et raturé de la Morgue Centrale de Kinshasa obéissent chacune à des procédures légales rigides qui manifestement n’ont pas été respectées, donc piétinées sans états d’âmes.
Pour preuve, la réglementation en la matière prévoit que l’inhumation s’effectue pendant la journée par la Croix-Rouge dans les cercueils fournis par l’Hôtel de Ville, devant les délégués de la Santé, de la Justice et de l’Hôtel de Ville. La loi recommande aussi que chaque corps soit enterré dans des sépultures séparées dont la distance en site urbain est de 30 cm entre deux sépultures et d’un mètre en milieu rural. Par ailleurs, les statistiques publiées le 03 avril dernier ne permettent pas d’établir qu’il y a un délai légal à partir duquel l’autorité compétente, dans le cadre de son pouvoir de police des funérailles et des lieux de sépulture, est autorisée à pourvoir à l’inhumation de toutes ces catégories. Car, en l’espèce, d’après ces statistiques, la deuxième opération d’inhumation de ces corps est intervenue après deux mois, la troisième après six mois et la dernière enfin après quatre
mois.
S’agissant par exemple de l’indigence, qui ne se présume pas, le régime de Monsieur Kabila devra, dans le cadre d’une enquête internationale d’établissement des faits et responsabilités que nous exigeons, démontrer qu’elle a été constatée par l’autorité compétente après enquête sociale et attestée par un certificat délivré. Pour les fœtus, ce régime devra également indiquer, dans chaque cas répertorié, la limite légale de viabilité de la grossesse qui les distingue des mort-nés ;
Par ailleurs, au-delà des questions d’ordre moral liées à ces inhumations c.à.d. le fait d’inhumer des êtres humains dans un charnier comme des rats, sans aucun respect dû aux morts, leur privant ainsi le droit à un enterrement digne et décent, ces inhumations posent également de sérieuses questions environnementales et de santé publique pour la population ;
Outre les éléments développés ci-dessus, la suspicion légitime qui entoure ces opérations apparaît lorsque l’on sait que ces inhumations clandestines ont eu lieu à des heures indues soit entre 2h00 et 4h00 du matin et réalisées par la Garde Présidentielle qui, l’on s’en souvienne, enlevait les morts par balles lors des évènements de la semaine du 19 au 25 janvier 2015 et refusait de remettre les corps aux familles des victimes ;
C’est le lieu pour l’Opposition politique congolaise, les organisations de la Société civile ainsi que la Diaspora de s’interroger s’il ne s’agit pas là des victimes des massacres perpétrés par le régime de Monsieur Kabila lors des évènements de la semaine du 19 au 25 janvier 2015 et probablement aussi d’autres opérations musclées menées par la Police nationale dans le cadre par exemple de la répression barbare des adeptes de Mukungubila et des Opérations ‘’Likofi’’ de triste mémoire ;
A n’en point douter, nous sommes devant un cas de crime contre l’humanité, du reste imprescriptible, dont les commanditaires et les auteurs doivent être démasqués et poursuivis ;
De ce qui précède, nous  déclarons ce qui suit :
Nous annonçons à partir de demain vendredi 10 avril 2015 un deuil national de 3 jours pour exprimer notre compassion vis-à-vis des familles éprouvées;
Nous appuyant sur la Résolution 2211 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 26 mars 2015 en ce qu’elle repousse l’impunité au pays, particulièrement au sein de tous les rangs des FARDC et de la Police Nationale, nous exigeons une enquête mixte interne et internationale, la sanctuarisation du site et l’autopsie de chaque corps.
Un courrier dans ce sens sera incessamment envoyé au Secrétaire Général des Nations-Unies et à la Commission des droits de l’Homme des Nations-Unies à Genève ;
Nous annonçons ainsi à la population congolaise qu’au niveau des sièges de nos différents partis et regroupements politiques de l’opposition comme au niveau de ceux des organisations de la Société civile, nous avons mis en place des structures pour accueillir les compatriotes que nous encourageons à venir nous donner des informations aussi bien sur les membres de leurs familles portés disparus que sur d’autres possibles charniers sur toute l’étendue de la République ;
Nous soutenons fermement les initiatives prises par les députés de l’Opposition  au niveau de l’Assemblée nationale et les encourageons à les poursuivre avec tous les autres députés épris de paix et de justice pour recueillir dans les meilleurs délais auprès du Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité des réponses appropriées aux multiples questions que soulève la découverte de ces charniers ;
A défaut de recevoir des éclaircissements souhaités dans les meilleurs délais, nous allons, dans une série d’actions, mobiliser tout notre peuple comme un seul homme pour dire Y EN A MARRE afin de nous libérer de la cruauté de ce régime et sauver la démocratie dans notre pays, conformément à l’article 64 de la Constitution ;
Nous dénonçons les enlèvements, arrestations, harcèlements, tortures, viols, procès politiques, intimidations et autres menaces sérieuses de mort dont font l’objet les leaders et tous les membres de l’Opposition, de la Société civile, les étudiants ainsi que la jeunesse congolaise sur toute l’étendue de la République ;
Nous exigeons la libération immédiate et sans condition de tous les détenus politiques et d’opinion qui croupissent injustement en prison, y compris les membres de FILIMBI, encore détenus dans les geôles de l’ANR en violation flagrante de toute procédure judiciaire classique, sans aucune possibilité d’entrer en contact ni avec leurs familles, ni avec leurs conseils ;
10. Enfin, au nom de la solidarité africaine, nous exprimons notre compassion auprès du peuple frère du Kenya pour les 148 étudiants victimes d’attaques terroristes et de nombreux otages à Garissa. Nous nous indignons que ce drame n’ait soulevé suffisamment d’indignation en Afrique et dans le monde comme ce fut le cas des attentats en France contre ‘’Charlie Hebdo’’. L’Afrique doit se réveiller et faire entendre sa voix.
La liberté s’arrache !
Que Dieu bénisse la RDC et le peuple congolais !
Fait à Kinshasa,
le 09 avril 2015
LES SIGNATAIRES