Formations sanitaires publiques de la RDC : priorité : réorganiser le système médical et redonner confiance aux malades

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san1Depuis le dimanche 8 juin 2014, sur quelques réseaux sociaux, les internautes ont partagé la photo du corps d’un homme frisant la quarantaine, torse nue et recouvert de sa chemise blanche. L’infortuné non identifié étalé par terre non loin du pavillon 20 de l’Hôpital général de référence de Kinshasa, suscitait certes la compassion. Ce spectacle insupportable pour les âmes sensibles, a provoqué aussi une vague d’indignation générale. Quelques témoins ultra sensibles de passage ce jour-là à l’HGRK, ont même laissé couler des larmes, s’interrogeant sur la valeur humaine quand l’âme se sépare du corps.

Au-delà de ces sentiments d’émotion, ce que beaucoup des gens ignorent est le fait que la présence d’un cadavre en dehors de la chaîne de l’administration des soins médicaux dans un centre médical, dans une autre entreprise, dans la rue ou dans un marché, devient automatiquement une affaire judiciaire. Première recommandation, personne ne peut toucher ni déplacer le corps, de peur de «  polluer la scène du crime ». Même les infirmiers ou les brancardiers ne sont pas autorisés de leur propre initiative à transférer le macchabée à la morgue.

Il faudrait que des OPJ de la police fassent d’abord le constat. Après une description des lieux et du corps de la victime, le traçage du croquis et la prise des photographies des lieux, ils vont interroger les premiers témoins trouvés sur le lieu pour recueillir quelques indices. Ce sont les OPJ spécialisés dans les enquêtes criminelles, relevant de la police technique et scientifique qui sont les seuls habilités à manipuler le cadavre pour rechercher les points de blessures, de fractures, les pièces d’identité, tout document ou tout objet pouvant orienter les enquêtes.

Par la suite, un magistrat descend sur le lieu pour ordonner la levée du corps pour la morgue, en prescrivant des devoirs à l’OPJ pour poursuivre les investigations. Au médecin-légiste, le magistrat va le requérir aux fins d’autopsie, afin qu’il puisse déterminer les causes exactes de la mort de la victime. Et ce n’est qu’à l’issue de cette enquête que l’on pourra se faire une version de la mort de la personne.

Toutes ces considérations judiciaires ainsi évoquées, il y a un problème crucial lié au fonctionnement de nos établissements de santé sur l’ensemble du territoire. Nos hôpitaux et nos centres de santé font toujours figure de parent pauvre. Ils ne sont plus approvisionnés régulièrement comme à l’époque, en produits pharmaceutiques et en intrants pour les laboratoires et les services de radiographie. Les malades sont donc obligés de se prendre en charge du début du traitement à la fin de soins médicaux.  A la sortie de chaque ordonnance médicale, la famille du malade doit courir chercher dans les pharmacies des environs, les médicaments exigés pour la suite des soins.

 

Une nouvelle vision du système médical  s’impose

 

Et combien sont-ils les malades capables de supporter  tous les frais que requiert le traitement de la maladie, de soins médicaux à la facture de l’hospitalisation ?

Dans un pays où l’on n’a pas encore franchi la première étape de la lutte contre la pauvreté pour la majorité de notre population, l’on comprend quelquefois les raisons qui poussent certains infirmiers à demander aux malades indigents de regagner leurs domiciles.

Et combien des malades incapables de payer la facture de leur hospitalisation, n’ont pas apporté leurs appareils électroménagers, tels que les postes téléviseurs et de radios pour les revendre au plus offrant ? N’oublions pas le cas des nouveaux-nés et leurs mères enfermés dans « des pavillons-prisons » !

En son temps, le gouvernement Muzito avait même conclu des contrats de performances avec les formations médicales publiques, en leur recommandant une gestion basée sur l’autofinancement, afin de rentabiliser  tous les départements.

Tous les médecins-directeurs s’y sont essayés, mais devant une population vivant en dessous du seuil du tolérable, tenant le coup grâce à la solidarité familiale, nos hôpitaux ont sombré dans une sorte de faillite. On a vu des formations  médicales à la toiture endommagée, aux murs délavés, des lits dépourvus de matelas et de coussins, sans draps, ni couvertures. Les pharmacies n’existaient que de nom. Le matériel médical étant tombé en panne, il n’était plus renouvelé. La banque de sang avait épuisé tout son stock, au point que pour procéder à la transfusion sanguine, il fallait recourir sur le champ au service d’un donneur bénévole, en passant par les examens requis.

La cuisine ne fonctionne plus depuis des décennies, au point que ce sont les familles qui apportent à manger aux malades sans respecter les recommandations d’une alimentation appropriée. La buanderie a fermé ses portes. Aujourd’hui, faute de lessiveuses et des fers à repasser industriels, les travailleurs nettoyent les draps, les essuies-mains et autres couvertures dans des bassins.

Aujourd’hui, c’est tout cela qu’il faudrait remettre en état. Redonner à tous les départements et tous les services, leur fonctionnalité. Car, si un hôpital ne peut être en mesure de prendre totalement en charge les malades, c’est ce déficit qu’il faudrait combler.

Dans le cadre d’une réorganisation générale des formations médicales, il faudrait faire tourner la chaîne d’approvisionnement des produits pharmaceutiques, et procéder au renouvellement du matériel et de certains équipements médicaux. Il faut remettre en marche la cuisine, la buanderie, les laboratoires et les services de l’imagerie médicale.

Ce n’est pas tout. Les hôpitaux ne deviendront fréquentables que lorsqu’ils offriront sur place tout ce dont les malades ont besoin pour leur guérison et leur prompt rétablissement, sans avoir à ailleurs le rechercher ailleurs.

Il faudrait relancer le système d’assurance-maladie, la carte d’ayant-droit aux soins médicaux et pharmaceutiques. Ainsi l’on aura retrouvé la situation de l’époque coloniale où les malades sortaient d’une longue période d’hospitalisation, gros et gras, comme s’ils revenaient des vacances.

Aujourd’hui, toute la population s’attend à ces changements majeurs qui vont recréer une autre ambiance et restaurer leur confiance envers les établissements de santé.

J.R.T.

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