Force neutre en RDC : les réserves du Rwanda

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Le Sommet de Kampala II, tenu dans la capitale ougandaise le samedi 08 septembre 2012, avec la participation des chefs d’Etat et de Gouvernement membres de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), est diversement commenté à Kinshasa comme à Kigali. Si du côté congolais, l’on se réjouit de la décision de placer, sous la tutelle de l’ONU et l’Union Africaine, la Force Internationale neutre à déployer, dans trois mois, à la frontière congolo-rwandaise, c’est plutôt le doute chez les autorités rwandaises.
Se confiant à l’AFP (Agence France Presse) hier lundi 10 septembre 2012, la ministre des Affaires Etrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, a été tranchante : « on ne peut pas mettre une force en place en quelques semaines ». Pourquoi ? Elle n’a fourni aucune indication. Mais l’on croit savoir qu’elle s’est fondée sur les incertitudes qui planent au sujet du financement et des pays contributeurs en troupes pour manifester publiquement son pessimisme.
Sans pour autant partager l’opinion de la cheftaine de la diplomatie rwandaise, nombre d’observateurs pensent qu’elle doit être prise très au sérieux. Car, si le Rwanda ne croit pas en la matérialisation du projet de déploiement d’une force neutre au Nord-Kivu, c’est là un sérieux indice que le régime de Kigali se trouve engagé dans un schéma que les officiels congolais n’ignorent pas : le dialogue avec le M23.
A ce sujet, les autorités rwandaises se félicitent, à leur manière, de ce qu’elles considèrent comme une grande « avancée » dans la voie de la résolution de la « crise congolo-congolaise », à savoir le mandat confié au président en exercice de la CIRGL, Yoweri Museveni, de « continuer les pourparlers » avec les parties en conflit, dont le M23. Selon le pouvoir en place à Kigali, c’est l’unique alternative pour parvenir à une solution politique et pacifique.
Bref, pendant qu’à Kinshasa, l’on fonde beaucoup d’espoirs sur la Force Internationale neutre pour neutraliser les mutins du M23, les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) ainsi que d’autres forces négatives présentes au Nord et Sud-Kivu, la situation est perçue autrement à Kigali. Les réserves émises par Louise Mushikiwabo indiquent clairement que le Rwanda a déjà tourné la page de cette Force Internationale Neutre, avant qu’elle ne se mette effectivement en place.
 
Des partenaires dans la logique de Kigali ?
 
Des partenaires du Rwanda seraient-ils finalement convaincus que ce pays ne serait pas impliqué dans la rébellion du Mouvement du 23 Mars 2009 ? On est tenté de le croire. D’ores et déjà, la Grande-Bretagne a donné le ton en révoquant sa décision de lui couper l’aide au développement, pourtant annoncée bruyamment après les révélations du panel des experts des Nations Unies sur le soutien militaire et financier du régime de Kigali aux rebelles du M23. Cette volte-face devrait sortir les gouvernants congolais de leurs illusions relatives à l’isolement diplomatique de Paul Kagame par ses amis occidentaux.
A partir de là, il y a lieu que les délégués congolais, qui croient avoir mis KO l’homme fort de Kigali à Addis-Abeba, New York, Goma et Kampala, analysent avec lucidité les signes de temps qui sont loin de plaider en faveur du retour de la paix au Nord-Kivu. Le décor en passe d’être planté par la CIRGL pourrait se révéler, à plus ou moins brève échéance, comme celui de l’accompagnement, par les Nations Unies et l’Union Africaine, du processus d’émergence d’un Etat autonome au Nord-Kivu, sous la poussée des mutins du M23, ouvertement soutenus par le Rwanda. Le fait que ce pays continue de nier des évidences et de trouver des oreilles attentives à son plaidoyer constitue un message interpellateur pour des millions de Congolaises et Congolais, qui devraient maintenant ou jamais faire preuve d’un sursaut patriotique pour ne pas finir comme les dindons de la farce.
 
Kimp

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