Fichier électoral et élections de 2011-2013 : quatre provinces défient Malumalu

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Alors que la Commission Electorale Indépendante, forte de l’appui financier du gouvernement et logistique de la Monusco ainsi que d’autres bailleurs de fonds, s’active autour des opérations de révision du fichier électoral, les mauvaises nouvelles sur l’insécurité à l’Est du pays n’en finissent pas de s’accumuler. Comme s’ils étaient boostés par la publication du calendrier électoral, dont le chronogramme s’étale sur deux ans (2011-2013), les groupes armés nationaux et étrangers ont repris leur travail de sape de la paix en Province Orientale, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et maintenant au Maniema. 

            Les « déplacés de guerre » internes se comptent désormais par milliers. La question que d’aucuns se posent est celle de savoir comment l’abbé Apollinaire Malumalu et sa CEI vont s’y prendre pour l’identification et l’enrôlement des Congolais dans des contrées où ils sont contraints de bouger à tout moment, pour fuir l’insécurité. Il y a lieu de se demander si ces concitoyens obligés de changer de village chaque jour et chaque nuit, de trimbaler leurs effets à travers monts et vallées, rivières et lacs, forêts et savanes, détiennent encore des papiers pouvant attester de leur appartenance à la communauté congolaise.

            Au moment où s’annoncent les mouvements des kits électoraux vers le centre et le sud du pays, le doute reste total quant à la réussite d’une telle opération dans des districts et territoires de la Province Orientale, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema entièrement sous le contrôle des rebelles ougandais de la LRA, rwandais des FDLR, des miliciens Lendu et Hunde ainsi que des groupes armés Mai-Mai. 

Elections sans des millions de Congolais de l’Est?

            La pacification de l’Est de la République Démocratique du Congo, d’ici 2013, paraît utopique. Les « forces négatives », internes comme externes, contrôlent des espaces si larges que la paix ne fait que s’éloigner au fil des jours, des semaines et des mois. En l’état actuel de la situation sécuritaire dans les quatre provinces précitées, la Commission Electorale Indépendante ne saurait ni y déployer ses kits, ni installer des centres d’enrôlement, ni recruter et former des agents chargés des opérations de révision du fichier électoral.

            En clair, des millions de Congolais en âge de voter ne sauraient remplir leur devoir civique d’électeurs ou de candidats éligibles, en raison du cas de force majeure que représente l’insécurité. La RDC va-t-elle accepter de se doter d’un Chef de l’Etat, des députés nationaux et provinciaux, des sénateurs et des gouverneurs en qui ne se reconnaîtraient pas plusieurs millions de ses citoyens ? La question, fort pertinente, reste posée. 

Qui tirent les ficelles ?

            Le CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple), l’un des derniers mouvements rebelles à intégrer les FARDC (Forces de la République Démocratique du Congo) et à accepter la main tendue du gouvernement dans la voie de la paix et de la réconciliation nationale, vient de faire une curieuse observation au sujet de l’insécurité qui prévaut à l’Est du pays. Selon des responsables de son état-major politique, les bruits de botte sont présents partout. Et le CNDP affirme ne pas être lié, de loin ou de près, au climat trouble qui touche le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema. A son avis, le manque de paix serait imputable aux tireurs de ficelle.

            Qui sont-ils ? Aucune réponse n’a été donnée. Mais, la position de cet ex-mouvement rebelle n’en constitue pas moins une indication sur les enjeux cachés du climat de ni guerre et ni paix qui secoue la partie Est de la République. La guerre serait-elle un business rentable pour toutes les parties qui la gèrent, comme l’insinue cette formule anglaise bien connue sur la place de Goma : « no Nkunda, no money » ? Que faut-il aux gouvernements congolais, rwandais, ougandais et à la Monusco pour neutraliser tous les seigneurs de guerre, nationaux et étrangers, ainsi que leurs combattants, qui troublent la paix en Province Orientale, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et au Maniema ? Entre 1996 et 2003, l’on se plaignait de la prise en otage du pays par des agresseurs et leurs relais locaux. Après une relative accalmie, le temps de la parenthèse de la Transition du régime 1+4, les compatriotes de l’Est sont redevenus les otages d’ennemis de la paix bien connus, qui semblent jouir des complicités internes et externes, pour pérenniser un non Etat ou un Etat de non droit, incapable de s’engager franchement dans un nouveau processus électoral.

Kimp

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