Fichier électoral : combien de millions de faussaires ?

0
152

Les experts de l’OIF viennent de rendre publiques les conclusions tirées de l’audit du fichier électoral congolais. La question que les observateurs se posent, au vu de leurs observations chiffrées, est de savoir combien de faussaires hébergent le serveur de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Il y a deux mois, au terme de son travail de nettoyage du même fichier électoral, cette institution d’appui à la démocratie avait reconnu la présence de 6.837.526 doublons et mineurs, sur les 46.862.423. D’où le corps électoral, sans les Congolais de l’étranger, était rabattu à 40.024.897 électeurs.

En dépit de ce travail de toilettage du fichier électoral, l’OIF nous apprend qu’il persiste encore des doublons, dans l’ordre de 0,34 %. Aucun élément chiffré n’est donné pour les mineurs. S’agissant des mineurs enrôlés qui vont atteindre 18 ans entre le 24 et le 31 décembre 2018, cette institution internationale recommande à la CENI de les cloisonner, de manière à ce qu’ils ne prennent pas part aux élections présidentielle, législatives nationales et provinciales du 23 décembre 2018. Comment va-t-on les empêcher de prendre part aux scrutins, dans ce pays où les bureaux et centres de vote sont souvent sous le contrôle d’agents véreux de la CENI et des hommes en uniforme, plus prompts à se faire du beurre sur les dos des électeurs, qu’à contribuer à la vérité des urnes ?

            Le doute est largement permis au sujet de la non participation des « mineurs-majeurs » porteurs des cartes d’électeurs. La suspicion est renforcée par le constat surprenant fait par l’OIF à propos de 16,6 % d’électeurs enrôlés sans empreintes digitales. Concrètement, la CENI a laissé passer, sous ses mailles, pour des raisons obscures, environ 1/5 du corps électoral, ce qui représente 7 à 8 millions d’électeurs douteux. En plus, il y a plus de 2 millions de cartes d’électeurs qui flottent dans la nature, pour n’avoir pas été récupérées par les agents de la CENI. La situation est difficile à justifier, d’autant qu’avant de fermer définitivement ses portes, chaque centre d’enrôlement était censé avoir établi un procès-verbal de clôture des opérations électorales. Quoi de plus de plus simple que d’interpeller chaque « gestionnaire » de centre pour se justifier sur le stock de cartes d’électeurs « détournées » !

            On peut se demander, dans le même registre, pourquoi la CENI n’avait pas signalé, dans son rapport d’audit interne, la disparition de ces deux millions de cartes d’électeurs.

            Si l’on peut se permettre une sommation sommaire, on constate que le fichier électoral comprend un nombre d’électeurs douteux supérieur à dix millions. Car, lorsqu’on prend en compte plus de six millions de doublons et mineurs présumés élagués des listes de la CENI, qu’on ajoute 7 à 8 millions de détenteurs de cartes d’électeurs sans empreintes ainsi que 0,34 % de doublons non radiés et 2 millions de cartes d’électeurs ayant pris une destination inconnue, on est au-delà de 15 millions d’électeurs dont la présence, dans le fichier électoral, pose problème, soit presque le tiers de l’électorat. A qui devraient profiter les millions d’électeurs incontrôlables et incontrôlés qu’héberge le fichier électoral ? Combien de millions de faussaires compte le fichier électoral ?

            Par devoir de réserve, les experts de l’OIF n’ont sans doute pas voulu dramatiser la situation en concluant que l’audit du fichier électoral était globalement satisfaisant. Mais les initiés ont compris, en lisant entre les lignes, que les choses ne sont pas claires. D’où leurs recommandations allant dans le sens de la poursuite du travail de nettoyage des listes électorales et de recherche des 2 millions de cartes d’électeurs portées disparues. Avec des statistiques aussi élevées de faussaires confirmés et présumés, l’on ne peut pas affirmer que le fichier électoral est transparent. Car 200.000 électeurs incontrôlés, voire moins, peuvent décider du sort des candidats à la présidentielle. Quant aux élections législatives nationales et provinciales, 20.000 électeurs voire moins peuvent assurer une victoire à un candidat. D’où la nécessité de voir clair dans les millions d’électeurs flottants que la CENI a rendu incontrôlables dans le fichier électoral.

                                                                                                            Kimp