Feuille de route de la CENI : lettre aux parlementaires congolais

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Martin Fayulu. Radio Okapi/ Ph. John BompengoMesdames et Messieurs les parlementaires et chers collègues,
 Humblement, je vous adresse cette lettre pour partager une réflexion qui me taraude l’esprit en ce moment où nous analysons le budget de l’Etat.
 En effet, il s’agit de trois niveaux d’élections que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) tient, à tout prix, à organiser en 2014/2015. Elle programme, hors cycle électoral, les élections urbaines (pour élire les conseillers urbains et les maires), les élections municipales (pour élire les conseillers municipaux et les bourgmestres)  et les élections locales (pour élire les conseillers de secteur ou de chefferie).
Il ne suffit pas de demander aux citoyens de voter à n’importe quel prix pour décréter la démocratie. La démocratie n’est pas une action instantanée mais un processus qui nécessite la volonté, la discipline et le savoir-faire. Il y a deux ans, nous avons vécu des élections chaotiques qui ont jeté le discrédit sur les élus et sur les institutions de la République.
Si mon arithmétique est correcte, ces trois niveaux d’élections vont produire plus de 23.700 élus. Ce n’est pas assez pour la taille de la RDC, me diriez-vous. Cependant, il faudra budgétiser leurs indemnités et les frais de fonctionnement. En prenant l’hypothèse que l’Etat dépensera en moyenne pour chaque élu un minimum de 1.000 dollars (indemnités et autres frais compris) par mois, le coût  à la Nation s’élèvera à plus de 285.000.000 de dollars par an.
Chers collègues, pouvons-nous nous poser une question très simple : est-ce que la RDC avec un budget annuel de 8 milliards de dollars peut-elle supporter des dépenses supplémentaires de cet ordre ?
Nous pouvons aussi nous attarder sur les détails en nous posant d’autres questions subsidiaires.
1. Est-ce que l’Etat dispose de moyens matériels et financiers pour organiser les élections locales crédibles ?
2. Connaissant nos chefferies, est-il possible d’organiser les élections locales sans attiser les conflits ethniques, claniques et même familiaux ?
3. L’état de fragilité de nos institutions pourrait-il supporter certains discours séparatistes actuels visiblement impunis ?
4. Quel est l’objectif poursuivi en organisant les élections locales?
5. Est-ce qu’en l’état actuel de notre pays, les conseillers municipaux et de chefferie peuvent-ils apporter un plus dans la consolidation de la démocratie ?
6. Est-ce que nous cherchons l’implosion du pays ou sommes-nous en train de monter une pièce de théâtre dont on ne sait pas distinguer la tragédie de la comédie ?
            Nous pourrons continuer la série de questions en nous demandant, est-ce que nous avons évalué l’efficacité de nos assemblées provinciales, de nos gouvernements provinciaux et même de notre Assemblée nationale et de notre Sénat ? Ne faudrait-il pas consolider d’abord ces institutions pour les rendre efficaces avant de se lancer dans une aventure dont on ne connait pas les résultats. Il ne faut pas tromper la population avec des arguments péremptoires du type, « il faut instaurer la démocratie à la base ». Oui la démocratie à la base, mais sans briser l’harmonie au sein de nos communautés.
            Chers collègues, rappelons-nous le poids que portent aujourd’hui les parlementaires de l’ancienne législature sur la révision constitutionnelle intempestive du 11 janvier 2011. Et nous devons avoir constamment à l’esprit que notre pays est en train de lutter contre un projet maléfique de son implosion et de sa balkanisation.
            Ainsi donc, je vous prie de réfléchir sérieusement sur la feuille de route de la CENI qui risque de conduire notre pays dans l’abîme ou même dans l’abysse.
            Ma position est que la question des élections locales doit être résolue par le gouvernement qui sera issu des élections de 2016.
            Tout en vous rappelant que nous n’avons qu’un seul pays et que personne d’autre que nous-mêmes ne l’amènera au développement, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2014.
Fait à Kinshasa, le 20 janvier 2014
Martin Fayulu,
Député national

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