Fête de l’indépendance nationale : construisons une nouvelle identité de la RDC !

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Independance-30-Juin-1960La célébration du 55ème anniversaire de l’accession de la RDC à l’indépendance nationale et de la reconnaissance de sa souveraineté internationale intervient dans un contexte politique maussade, sur fond des mésententes entre Congolais sur la question électorale. La morosité du climat politique ne conforte pas la pertinence du thème sous lequel étaient placées les manifestations du 54ème anniversaire : « Tous pour la cohésion nationale et la paix retrouvée ». La preuve que l’Etat semble marcher à reculons pendant que le « temps mondial » convie à relever de nombreux défis, à gérer et à anticiper de multiples menaces. Ceci est d’autant plus inquiétant que la confusion nationale tend de en plus à faire ombrage à la « cohésion nationale », et le spectre du chaos troubler silencieusement la « quiétude » des citoyens. Il s’agit d’un moment de méditation sur ce que nous avons fait et faisons de cet Etat. Ce en vue non pas de garder indéfiniment nos yeux rivés sur le passé mais plutôt de nous employer à projeter effectivement notre pays dans le futur.

Je pars du postulat que le temps n’est pas l’allié du progrès, de l’originalité, de la conservation, du développement. Puis-je me permettre, concernant les Etats, d’ajouter sur cette liste l’indépendance et la souveraineté ? La révolution de la conception du temps s’impose ainsi en Afrique, particulièrement en RDC, d’autant que le monde ne nous laisse pas si « souverains » que nous l’aurions souhaité. Ceci est d’autant plus légitime que la souveraineté s’inscrit dans une relation bi ou multilatérale, et est fonction du rapport des forces. C’est par rapport à autrui que l’on jauge la portée de sa souveraineté. Ce 55ème anniversaire est donc une heureuse opportunité pour la société congolaise de questionner le sens de sa souveraineté tournée souvent en dérision. Je n’ai pas la prétention de préconiser le souverainisme. Loin s’en faut. Il s’agit au contraire de rappeler, si besoin est, le risque de « désouverenéisation » qui pèse sur les entités souveraines. Car, dans la logique bivalente inhérente à la nature existentielle, tout ce qui est fait peut être défait.

Ceci me tenaille d’autant plus fort que je constate avec amertume que le débat politique reste dominé par la problématique de l’accès ou du maintien au pouvoir politique.  Plutôt que d’inventer sans cesse le futur, la classe politique congolaise se spécialise manifestement à refaire l’histoire dont les incidences sont pourtant un secret de polichinelle. N’aurions-nous pas assez compris que « l’erreur est humaine mais persister dans l’erreur est diabolique » ? Je crains que le pays aille droit dans le mur si nos opérateurs politiques ne réussissent pas à relever le défi de la réconciliation nationale, un engagement auquel la RDC a souscrit au titre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et une obligation prescrite par les Résolutions 2098, 2147 et 2211 du Conseil de sécurité de l’ONU. Le bras de fer se corsant, la crise de confiance ne cessera d’empirer, au risque de légitimer une action internationale du genre à imposer la facilitation ou la médiation. La majorité et l’opposition sont astreintes à mettre un peu d’eau dans leur vin et à se faire mutuellement des concessions pour éviter de sombrer l’avenir. Je suis fondé à croire que les uns et les autres savent pertinemment bien ce qu’ils doivent faire. Plus ils tardent à agir utilement, plus le temps s’écoule et notre destin pourrait nous échapper.

Les consultations présidentielles pourraient rassurer plus qu’elles n’ont donné l’impression d’inquiéter certains esprits – à cause de leur tournure – si elles accouchent de l’élan de rassemblement. Le « temps régional » offrant une nouvelle occasion aux Etats de témoigner de leur capacité d’adaptation à la logique mondiale post-guerre froide à dominance libérale, la RDC ferait œuvre utile de construire une nouvelle identité et, de la sorte, espérer tirer profit de l’usure des discours et politiques d’ailleurs dont la légitimité a longtemps reposé sur sa faible volonté de répondre exigences du nouveau temps. A la suite de la triste expérience de l’indifférence des « Grands » dont nous souffrons, il est temps que nous nous ressaisissions pour ne pas nous condamner. Même Patrice Emery Lumumba nous condamnerait de ne pas assez tirer les leçons du passé. Ce qui importe n’est pas simplement de proclamer haut et fort sa souveraineté, mais bien plus de l’incarner effectivement. Ceci implique le soutien de ceux-là même qui ont accepté de reconnaitre cette souveraineté que nous clamons. Plutôt que de travailler pour eux, travaillons avec eux pour affirmer notre utilité. Ceci requiert une nette vision de ce que nous entendons faire de la souveraineté que nous célébrons, non seulement pour nous mais aussi en faveur de ceux avec lesquels nous devons cohabiter.

Martin ZIAKWAU L.

Internationaliste/CT IFASIC