Fermeture de la « Maison Schengen » : et si les 17 Etats de l’UE se fâchaient contre Kinshasa…

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La querelle de ménage entre Kinshasa et Bruxelles est en train de
prendre une tournure difficiles à imaginer. Après la décision des
autorités belges de suspendre la coopération structurelle et de
saucissonner une partie de l’aide humanitaire estimée à 25 millions
d’Euros au profit des ONG locales ainsi que la cinglante réplique
congolaise matérialisée par la double fermeture de l’Agence belge de
développement et de la Maison Schengen, le dernier épisode en date est
le rappel en consultation, par la Belgique, de son ambassadeur à
Kinshasa.

On croit savoir que c’est pour examiner les modalités d’adoption
d’une position commune de l’UE en guise de riposte à apporter à la
partie congolaise. En effet, la cessation des activités de la Maison
Schengen, chargée du traitement des dossiers des demandeurs de visas,
concerne 17 Etats membres de l’Union Européenne ( République Chèque,
Allemagne, Estonie, Luxembourg, France, Italie, Lituanie, Lettonie,
Hongrie, Pays-Bas, Autriche, Portugal, Finlande, Suède, Slovénie,
Slovaquie et Belgique).
Il est à espérer que ces partenaires de l’Etat congolais ne vont pas
franchir le Rubicon, en décidant par exemple de délocaliser les
formalités de visa en dehors de Kinshasa. Si tel était le cas, il
faudrait craindre que les Congolais soient obligés d’aller chercher
les visas de séjour dans l’espace Schengen dans une des capitales
africaines, par exemple Brazzaville, Libreville, Yaoundé, Abidjan,
Dakar ou Casablanca. Ce serait la galère pour des millions de
compatriotes, obligés de mettre la main à la poche, en termes de frais
de voyage et de séjour, sans être sûrs de la suite à réserver à leurs
dossiers. Pourtant la Maison Schengen, située sur l’Avenue Pierre
Mulele et implantée à Kinshasa depuis 2010, jouait un rôle clé dans la
facilitation des formalités de voyage vers les 17 pays membres de
l’Union Européenne cités plus haut.
Ce serait d’autant malheureux qu’un peu partout à travers le monde,
l’heure est à la simplification des conditions de circulation des
personnes et des biens à travers les Etats, sous réserve des contrôles
spécifiques en rapport avec la lutte contre le terrorisme
international. On rappelle qu’il y a environ une décennie, les
Congolais se plaignaient de la restriction des visas au niveau de
certaines ambassades installées à Kinshasa, notamment celles des USA
et de la Grande-Bretagne, qui obligeaient les demandeurs, après avoir
rempli et déposé les formulaires ad hoc à Kinshasa, d’aller passer des
interviews à Nairobi pour connaître l’option finale levée par leur
pays d’accueil. Les visas américain et britannique étant devenus fort
coûteux en amont, les gagne-petit n’avaient d’autre alternative que
d’y renoncer. En prenant l’initiative de la fermeture de la Maison
Schengen, c’est comme si la RDC cherche délibérément à compliquer les
mouvements de ses citoyens vers l’espace européen.
On rappelle que la suspension de la coopération structurelle entre la
Belgique et la RDC découlait du mécontentement de Bruxelles suite à
l’usage disproportionné des armes par des éléments des forces de
sécurité contre es manifestants pacifiques durant la journée du 31
décembre dernier. Des organisations de défense des droits de l’homme,
la Monusco et les partis politiques de l’opposition avaient fait état
de dizaines de morts, de plus d’une centaine de personnes arrêtées,
sans oublier les milliers de blessés, dont certains avaient finalement
rendu l’âme dans les formations sanitaires de la capitale et  d’autres
villes et localités de l’intérieur du pays.
Signalons que depuis plus de deux années, Bruxelles et certaines
capitales occidentales et américaine avaient pris des sanctions contre
des personnalités politiques et militaires congolaises, allant de
l’interdiction de séjour au gel de leurs avoirs. La grande question
reste de savoir si Kinshasa n’est pas allé trop vite en besogne dans
sa décision de procéder à la fermeture imminente de la Maison
Schengen. Au lieu de frapper uniquement la Belgique, la mesure touche
les 17 Etats membres de l’’espace Schengen.
Dès que des Congolais, toutes tendances confondues, se verront
obligés d’aller chercher leurs visas d’entrée dans ces Etats loin de
Kinshasa, il est à parier que des protestations vont fuser de toutes
parts, même du camp de ceux de nos compatriotes se réclamant proches
du pouvoir en place.

Castro