Femmes violentées : «Se taire, c’est se laisser faire»

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photo6Dénoncer le mari qui vous brutalise ou l’homme qui vous a violé, reste encore difficile pour beaucoup de femmes en RDC, même pour celles vivant dans la capitale Kinshasa. Des Ong les encouragent à parler et lutter contre l’impunité pour faire condamner les responsables de ces violences. Certaines femmes, des mariées pour la plupart, craignent de perdre leur mariage, préférant souffrir dans le silence…

Pierrette Malundu, 33 ans, couturière, mariée et mère de 4 enfants dit en voir de toutes les couleurs avec son mari.  « J’ai vécu des moments de stress et de traumatisme dans mon foyer à cause des coups et cris. Nos disputes se terminaient souvent soit par des coups, soit par des menaces de me renvoyer chez mes parents. Au bout,  ce sont nos enfants qui en souffrent plus et ne font pas de bonnes notes à l’école. Mais jamais je n’ai eu le courage de le dénoncer auprès des institutions compétentes », confie-t-elle.  Pierrette  préfère faire rapport  à sa famille plutôt  que  dénoncer le mari au risque d’amplifier le problème en lieu et place de le  faire en famille.

Violence au quotidien

Si pour Pierrette les  violences subies sont physiques, celles de Laure Moke, ménagère, sont verbales. « J’avoue que mon mari n’a jamais levé la main sur moi mais quant aux paroles ! J’en ai entendu des plus blessantes que des coups. Pour un malentendu, il m’insulte et dénigre ma famille en mettant sa pauvreté à nu. Il m’arrive aussi d’être privée d’argent pour un caprice… » Les cas de violences contre les femmes, comme ceux-ci, auparavant passés sous silence, sont de plus en plus dénoncés par les Ong. Leur fréquence et leur gravité apparaissent ainsi au grand jour. Selon Jeanine Gabrielle Ngungu Kwate, Coordonnatrice de « Nous pouvons » RDC (un mouvement de la lutte contre les violences faites à la femme avec un accent particulier sur les violences domestiques), il y a des violations dont sont victimes les femmes qui sont banalisées. Jeanine Mbungu parle même de l’acceptation sociale de la violence faite à la femme.  « Il y a un silence social qui pèse sur la situation de la femme. Collectivement, il est admis que la femme a moins de valeur que l’homme ». Citant une étude de « de démographie et santé », menée en 2007, Jeanine indique qu’en « RDC, 7 femmes sur 10 souffrent de la violence au quotidien. »

Changer de mentalité

La solution, estime Jeanine Ngungu, il faut changer de comportement, de mentalité. « Il faut amener l’individu à prendre conscience de la situation et à inscrire la question de la justice genre dans son mental. Car il y a un coût exorbitant sur la situation communautaire.  La violence se passe dans le foyer, entre un homme et une femme, mais le coût reste social. Notamment sur la santé, l’éducation, l’économie… »

Mme Sylvie Luyindula, la quarantaine révolue, mariée et mère de trois enfants, affirme que la violence domestique a rongé l’harmonie dans son foyer. « J’ai subi cette violence pendant plus de vingt ans dans mon foyer, au début c’était difficile mais avec les conseils d’amis, je supportais tous ces coups, insultes et humiliations car à l’époque il n’y avait pas de structures qui pouvaient m’accompagner et me protéger, et si j’allais porter plainte, rien ne me garantissait que je serais remise dans mes droits.  Donc j’ai souffert en me taisant. Même ma famille n’avait aucune idée de violence que je subissais, question de préserver la bonne image de mon mari ». Luyindula confie qu’elle pensait que ce comportement violent de son mari s’estomperait  avec l’âge mais hélas non ! «  Même en présence de nos enfants déjà à l’université, il continuait à m’insulter et à m’humilier. C’est à lors que je me suis décidée de le dénoncer auprès du tribunal afin que je sois remise dans mes droits. »

Pour le Pr Bernard Lututala, «se taire, c’est se laisser faire», « ces droits de la femmes sont bien garantis par la Constitution ».  « Si les femmes dénoncent et que leurs bourreaux sont arrêtés, nous pouvons nous attendre à des résultats beaucoup moins frustrants», ose espérer Me Maka Lombombe, militant des droits de la femme.  Le silence des femmes qui ont peur de les dénoncer surtout si elles sont le fait de l’homme au foyer encourage ces violences.

            Plusieurs études menées dans la RDC sur la violence domestique ont révélé que les coutumes et la culture jouent un rôle important dans les foyers. Les femmes surtout mariées ne sont pas en mesure d’exiger un respect ou une considération devant leurs maris. De plus, la pauvreté frappant plus les femmes que les hommes, celles-ci manquent souvent de connaissances en ce qui concerne leurs droits  et ne savent pas que la violation des droits de la femme est l’une des violations

            des droits humains. Ces violences à l’égard des femmes sont aussi dues à l’impunité dont jouissent la plupart des auteurs de ces actes.

Pour Michel Mbuyi, informa     ticien dans un cyber café à Matete, la violence est relative d’autant plus que certaines femmes aiment se faire tabassées par leurs maris car pour elles c’est une preuve d’amour de la part de leurs maris. « Il m’est déjà arrivé de frapper une petite amie mais en fin de compte je me suis résolu à traiter les différends autrement que par des coups et des insultes. Ma femme est ma partenaire, je la respecte comme je respecte mes amis hommes. Si je peux régler mes différends avec mes amis sans coups ni cris, alors je le devrais aussi avec ma femme ». Car, poursuit-il, « la violence entraine la violence ». Il faut plutôt se mettre ensemble, conjuguer les efforts pour mettre fin ou réduire sensiblement les violences dans les foyers.

Cette production a été réalisée par Petronelle Lusamba, Tina Limeli, Sylvestre Saidi Nyota et Didier Kebongo, avec l’appui de l’IRC à travers son programme Protection et Autonomisation de la Femme (PAF) en partenariat avec Ucofem