Fardc-Enyele : jeu de ping-pong ?

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La localité de Makanza récupérée…mais ça ne suffit pas !

Donnée pour occupée par des insurgés Enyele dans la journée de lundi 1er mars 2010, la localité de Makanza, à 200 Km de Mbandaka, en amont du fleuve Congo, dans la province de l’Equateur, a été récupérée par les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) aux petites heures de la matinée de mardi 02 mars 2010. Cette occupation éclair, «sans combat», suivie d’une contre-offensive tout aussi brève de l’armée nationale dans le processus de récupération fait penser à un jeu de ping-pong.

On se rappelle qu’entre octobre et décembre 2010, un scénario presque identique était observé entre les deux parties « belligérantes ». En effet, délogés plus d’une fois de la localité de Dongo, dans le territoire Gemena, District du Sud-Ubangui, les mêmes Enyele s’étaient signalés par plusieurs raids pour s’y réinstaller, avant de semer l’insécurité dans la périphérie de Gemena et d’autres localités de la contrée. Le mythe « Udjani » était né, au point de faire croire à plus d’un compatriote qu’une rébellion classique venait de prendre pied dans cette partie de la République.

Après deux mois d’accalmie, la réapparition des Enyele à Makanza aujourd’hui donne matière à réflexion. Elle donne à penser qu’il y a nécessité de revisiter la chaîne de commandement des FARDC dans cette « zone opérationnelle » ainsi que le comportement de la troupe. A en croire des sources indépendantes, dont celles des Ong humanitaires, certains éléments égarés de l’armée régulière seraient passés maîtres dans les pillages, les exactions, les viols et autres antivaleurs dans les villages de l’Equateur libérés de l’emprise des Enyele.

A l’insécurité causée par les insurgés semble avoir succédé la terreur exercée par les hommes en uniforme censés pourtant rétablir la paix et l’autorité de l’Etat. Ainsi, au lieu de comporter en alliés naturels des populations locales, les officiers et soldats de l’armée loyalistes donnent l’impression d’être venus se faire du beurre sur leur dos. Pareille attitude est d’autant négative qu’elle renvoie dans la forêt des milliers des « déplacés de guerre » ayant répondu à l’appel au retour des autorités provinciales et nationales d’une part ; et d’autre part, installe le sentiment de la peur du retour au bercail dans les rangs de plus de 100.000 compatriotes exilés au Congo/Brazzaville.

Pour des signaux du type AFDL !

Les populations de l’Equateur, dont beaucoup avaient vécu les affres de la guerre de « libération-agression » entre 1998 et 2003, n’aimeraient certainement pas retomber dans le théâtre des bombardements aveugles des villages, des pillages, des massacres, des viols, des incendies de maisons et de champs, du sabotage des ponts, des barrières routières et fluviales, de la famine, de la rupture des stocks des produits manufacturés, etc. Elles souhaiteraient, qu’à l’image des troupes de l’AFDL de feu Laurent Désiré Kabila en 1997, les FARDC actuelles leur apportent effectivement la paix, l’ordre, la quiétude, la fraternité, l’amitié, la solidarité.

Si les soldats loyalistes ne se démarquent pas rapidement des Enyele tueurs, violeurs, voleurs, pilleurs, revanchards, leurs actes inciviques vont naturellement faire le lit d’autres mouvements insurrectionnels, avec la bénédiction des populations civiles martyrisées. C’est en effet à cause de la fracture qui semble persister entre l’armée nationale et les populations civiles dans la province de l’Equateur que les Enyele suscitent des supporters dans les contrées où ils se permettent encore de frapper au nez et à la barbe des troupes régulières.

C’est aux FARDC et à leur hiérarchie de capitaliser leurs victoires militaires sur les insurgés dans le sens d’une communion de cœurs et d’intérêts avec les civils. Au besoin, les chefs militaires présents à l’Equateur ne devraient pas hésiter à sanctionner les dérapages des éléments sous leur commandement. Il est également du devoir des autorités provinciales de se manifester effectivement dans l’administration des contrées « libérées ». La nature, dit-on, a horreur du vide.

                                                                                    Jacques Kimpozo.

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