Face à l’amnésie de l’Etat : Après la Gécamines, mort programmée de la Miba

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mibaLe spectacle qu’offre cette entreprise minière d’économie mixte depuis plus de vingt-cinq ans est fort désolant et humiliant. Le travail est à l’arrêt, les journaliers, cadres, agents et ceux qui sont régis par le régime de contrat à temps partiel sont invisibles tant sur les lieux de travail que dans les divers camps d’habitation. Tout est à l’arrêt dans les usines et les autres chantiers miniers au niveau du fameux «Polygone» tout comme sur les sites d’exploitation situés en dehors des espaces réservés à la société.

 Tout compte fait, la Minière de Bakwanga est devenue l’ombre d’elle-même et il est difficile à ceux qui sont nés il y a vint-cinq ans d’admettre qu’elle était la première productrice du diamant industriel au monde. Les maisons d’habitation ont perdu leur éclat, car non seulement les briques n’ont plus jamais reçu une couche de peinture depuis belle lurette mais certaines se trouvent dans un état de délabrement avancé.

Les cadres autant que les agents d’exécution qui ont eu la chance de bénéficier des logements dans les habitations de la société connaissent plusieurs années de non paiement de leurs salaires et autres avantages sociaux. L’hôpital principal de la société se trouve dans un état de délabrement déplorable par manque d’infrastructures adéquates, des médicaments et du personnel compétent. Les cantines ne sont plus approvisionnées ni en vivres, ni en d’autres produits nutritifs. Bref, c’est le visage de la mort que présente cette société minière qui était jadis citée en exemple sur toutes les places boursières de la planète.

La descente aux enfers  

Selon bon nombre de spécialistes en mines, la MIBA est en train de subir le sort d’un citron pressé que l’on va dépécer en moult morceaux au profit d’un groupe d’initiés qui connaissent la vraie valeur marchande des gisements enfouis dans les sous-sols de divers sites de cette société. En clair, la MIBA va connaître bientôt le sort peu enviable de la Gécamines. Celle-ci avait été laissée mourir à petit feu pendant plus de quinze années et un bon matin, des initiés sont venus d’on ne sait où, munis des plans mirobolants de sa restructuration, moyennant rétribution en termes de cession d’importants sites miniers dans l’immense concession de la Gécamines, ancienne formule. Voilà comment l’on a procédé au morcellement de ce géant minier dont le nom a traversé océans, mers et autres cours d’eau à travers la planète Terre. Des carrés miniers vendus à vil prix à des groupes maffieux dont certains les ont revendus dix fois plus au niveau des places boursières peu recommandables. On a réalisé, sur le tard, que des milliards «dormaient» dans le sous-sol du Katanga.

L’amnésie de l’Etat congolais

 C’est un secret de polichinelle que durant toute la période des vaches maigres qu’avait traversée la Gécamines, tout l’effort de guerre de 1998 à 2003 avait été soutenu par la seule MIBA. Une véritable vache à lait qui, grâce au système de Shipment, avait été saignée à blanc sans que l’on songe au renouvellement des outils de production et à l’exploration d’autres gisements miniers dans l’immense concession lui appartenant. Cela, pour financer les achats des armes et munitions de guerre ayant permis de stopper l’avancée fulgurante des troupes régulières rwandaises et ougandaises.

Qu’on le veuille ou pas, c’est la MIBA qui a sauvé le régime de l’AFDL-CPP face aux armées régulières rwando-ougandaises déguisées en RDC et MLC. Mais hélas ! Comme l’ingratitude fait partie de la nouvelle philosophie politique du moment, l’Etat congolais s’est fait remarquer par des promesses répétitives de financement non réalisées de cette société minière qu’il a pourtant saignée à blanc sans contrepartie.

         Parmi ces promesses de financement, l’on note celles provenant des plus hauts responsables politico-administratifs allant de l’ordre de vingt millions des dollars Us qui sont restées lettres mortes. Le plus choquant, c’est que des investisseurs étrangers animés de bonne foi se sont présentés au portillon de l’Etat congolais avec des projets solides de partenariat pour renouveler les outils de production en vue de sauver cet ancien fleuron de l’industrie du diamant mondial. Non seulement, on les a éconduits sans ménagement, condamnant ainsi des millions des Congolais dans la misère la plus totale, mais en plus, on a fait appel à des sociétés écran pour exploiter certains sites en violation du Code Minier en vigueur.

         D’aucuns sont d’avis que l’objectif visé est de laisser pourrir la situation pour revenir avec des plans de morcellement de l’immense concession de cette société minière au profit de certains groupes maffieux. A l’instar de ce qui est arrivé à la Gécamines.

                      F.M.